RACONTE MOI DES HISTOIRES

Pour bien raconter les histoires, il faut aussi savoir les écouter

Ecrire une simple histoire d’amour ? Pourquoi faire ?

Allez, on poursuit ma série sur les histoires d’amour qui devrait compter… Je sais pas deux ou trois articles, en vérité. En vrai, au moment où je tape ces lignes, je ne sais pas si cet article dira tout ce que j’ai encore à dire où si je vais splitter. Très mise en abyme cette intro. Bref, l’amour est souvent un ingrédient assez indispensable d’un roman. J’ai déjà réfléchi à ce point. J’oriente cet article sur un autre point qui interroge plus mon écriture : est-ce que j’ai envie de seulement raconter une histoire d’amour ? Clairement non. Raconter l’histoire de Jacques et Adeline dans un petit drame bourgeois de l’amour, bof. J’aime pas lire ça alors l’écrire. Par contre, ce qui m’intéresse, c’est l’amour comme un rouage.

Une simple histoire d'amour

L’amour comme un moteur bien pratique

J’utilise souvent les sentiments comme un moteur. Dans Green !, ce sont les attirances de Maja qui la plongent dans la lutte. C’est la meuf la moins survoltée du monde à la base. Ce sera sans doute la même dans mon roman qui n’a pas de titre et qui va se passer au Québec. C’est le coup de foudre que l’héroïne a pour Albert qui va lui faire découvrir “la résistance”. D’ailleurs, quand je parle de sentiments, ce n’est pas qu’amoureux. Dans Augura, Iris agit au début en tant qu’amoureuse d’Ulysse mais dans la deuxième partie du roman, c’est l’amour maternel, instinctif, qui la guide. 

Une histoire d'amour maternel

Attention à la facilité scénaristique

C’est pratique les sentiments. Ca fait agir les personnages. C’est souvent difficile de trouver les motivations à tel ou tel acte. Pourquoi machin fait ça ? Les réponses à base de “parce qu’il est con” ou “parce que sinon, y a pas d’histoire”, ce n’est pas possible. J’ai arrêté l’écriture d’un manuscrit de 340 pages parce que j’ai réalisé que le Méchant n’avait pas de réel but. Tu peux pas être méchant juste parce que t’es méchant. Et je m’agace souvent de ça dans les fictions. Ou des personnages qui agissent n’importe comment par amour. Certes, l’amour rend irrationnel et parfois franchement con mais faut pas que ça devienne une facilité scénaristique. Déjà parce que l’amour a beau être plus fort que tout et autres phrases creuses du genre, faut être sacrément mordu.e pour dépasser certaines limites par amour. Surtout quand le dit amour a trois jours. Il faut construire la relation, la rendre crédible. On a tous eu de très belles premières nuits avec une personne que l’on désirait depuis des lustres ou  juste pour qui on a eu un coup de coeur, on va pas renier nos valeurs pour autant dès le lendemain.

Tueurs nés

L’élan du coeur du lapin blanc

En fait, une histoire d’amour sans toile de fond n’intéresse pas. Même s’il y a de chouettes histoires d’amour mais ce sont des histoires que j’aime bien que l’on me raconte dans un café ou dans une soirée en bonne compagnie. Pas pendant un film d’au moins 1h30. Mes personnages s’aiment et ça peut être moteur mais il y a une toile de fond dense. Limite mon histoire d’amour me permet surtout d’avoir un personnage narrateur qui sert de lapin blanc. Maja et Luka dans Green !, par exemple. L’amoureuse d’Albert, très certainement. Violetta Sirkis dans un autre genre… Il faut que je fasse des articles pour présenter chacun de mes projets d’écriture, on va pas s’en sortir, sinon. Dans feu Technopolis V2, j’ai eu cette intuition, d’ailleurs. Je raconte un peu la prise de conscience d’Oceany et comment elle rentre dans la révolte. En rencontrant Juan mais il ne se passe rien entre eux. Et pourtant, ça me paraissait logique. Parce que quand on a un élan du coeur pour une personne, on a envie de découvrir son univers, de partager des choses avec elle. Et franchement, l’activisme quel qu’il soit, c’est quand même très fort comme lien. 

The Lobster, une étrange histoire d'amour

L’amour est un sujet sociétal

Mais les histoires d’amour, c’est quelque chose de sociétal, aussi. Surtout au sein des relations hétérosexuelles. Les relations homosexuelles sont sociétales de par leur existence puisque ce n’est pas encore quelque chose d’accepté par tous. Oser s’afficher en public en tant que couple homosexuel, c’est pas toujours aisé. Entre railleries, remarques déplacées, micro-agressions… voire franches agressions. Le couple hétérosexuel, lui, est plus un objet sociologique dans ses interactions. Autant les comédies romantiques m’intéressent peu, autant les histoires d’emprise réalistes nous racontent des choses. Genre le film “Jusqu’à la garde” ou “Mon Roi”… des films que je n’ai pas vu et que je ne peux pas voir car je ne supporte pas les histoires d’emprise. Les histoires de catfishes aussi qui m’interrogent beaucoup car cela dit beaucoup de choses sur la société dans laquelle on vit.

Amour virtuel

L’amour comme reflet de son temps

En fait, les histoires d’amour dans les fictions sont un reflet de leur temps. On ne flirte pas pareil au XIXe qu’au XXIe siècle. Les liaisons dangereuses se joueraient aujourd’hui à coup de sms, snap, messages whatsapp ou vidéos Tiktok, qu’en sais-je ? Ou de BeReal, la nouvelle appli qui fait fureur chez les millenials. Merci mon alternante de 22 ans pour le tip. Les histoires d’amour sont aussi un marqueur social fort. Entre les mariages bourgeois de bons partis avec infidélités à la pelle. Au XIXe siècle, par exemple, la parade amoureuse bourgeoise était strictement codifiée alors que les couples ouvriers choisissaient en majorité le concubinage. L’adultère féminin était une hérésie et lourdement punie alors qu’il était naturel que l’Homme aille se vider à l’égoût séminal… charmant surnom pour les prostituées. D’où les romans comme Emma Bovary ou le Rouge et le Noir où l’infidélité féminine est une folie qui amène celle qui succombe aux pires tourments.

Madame Bovary

Comme une envie de sociologie amoureuse

En vérité, cet article me donne une envie, une envie folle. Une envie que je n’assouvirai sans doute pas, faute de temps mais… oui. La vie amoureuse est un objet sociologique passionnant. J’ai un peu fait d’histoire de la vie privée au XIXe siècle, d’où mes quelques connaissances sur le sujet. Et encore, je vous ai pas parlé des amitiés saphiques des jeunes bourgeoises. Et ça me titille, ça me titille. De quoi ? De faire de la sociologie amoureuse. Mais il va me manquer sans doute quelques outils. On s’en reparle dans un troisième article sur les histoires d’amour fictionnelles. Yay.

Nina

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