Raconte moi des histoires

Pour bien raconter les histoires, il faut aussi savoir les écouter

Fictionner la sociologie amoureuse

Je rêve souvent ma vie. Genre j’aurais des journées de 29h. 8h de boulot, 8h de dodo, 1h de sport, 4h de détente (y compris manger)… et 8h de recherche. De recherche ? Oui, des recherches sur les sujets que j’aime. Analyse des dystopies, approfondir un sujet d’actualité ou de société pour avoir un vrai avis éclairé et… faire une sociologie amoureuse. De che ? Oui, traquer les histoires d’amour en ligne pour esquisser de grandes tendances, comprendre le monde amoureux tel qu’il est aujourd’hui. Comprendre la sociologie en dessous et confirmer ou infirmer certains pressentiments. Sauf que j’ai pas trop le temps en vrai… et surtout, il me manque quelques sources.

Je voulais faire de la sociologie amoureuse fictionnée

Il y a quelques années, j’avais un projet, le projet Audrey. Une sorte de Sex & the city djeuns où une pré-trentenaire se retrouve célibataire du jour au lendemain et doit apprendre les nouveaux codes amoureux. C’est un peu mon histoire quand je me suis retrouvée célibataire à 24 ans, que je trouvais que s’inscrire sur les sites de rencontre était d’une tristesse sans nom et que je savais plus draguer. Enfin, je ne savais plus draguer… j’ai jamais vraiment su, en vérité. Autour d’Audrey, il y avait trois amies qui incarnaient trois archétypes amoureux : la libérée qui ne veut pas se caser, la célibataire romantique qui cherche l’amour et la meuf maquée depuis des années. Chacune avait son arc narratif et je m’arrête quelques secondes sur la dernière que j’avais nommée Elisabeth. Maquée depuis longtemps mais elle allait connaître les atermoiements de la tentation jusqu’à céder. En fait, Elisabeth était une sorte de patchwork entre deux histoires vraies qui se sont déroulées dans mon entourage et que je trouvais suffisamment intéressantes à raconter. Surtout que la tentation et l’interdit, niveau tension érotique, ça se pose là. Si c’est bien écrit, évidemment. 

Une histoire d'infidélité dans We don't live here anymore

Enquêter sur l’infidélité amoureuse… mais comment ?

Et justement, pour écrire juste, j’ai voulu un peu me renseigner, creuser. J’ai une intuition : l’infidélité féminine est plus lourde de sens, plus “péché”. La femme me paraît culpabiliser plus, ce qui peut générer des pages et des pages de doutes. Céder ou ne pas céder ? Je parlais dans mon dernier article sur le sujet d’Emma Bovary, on est en plein dedans. Sauf que sur ce sujet, je manque de matière concrète. Je ne suis moi-même pas infidèle et je ne suis pas allée interroger  les deux personnes qui me servent d’inspiration pour Elisabeth. Qu’à cela ne tienne, je vais faire des recherches sur les Internets et là… bah plus grand chose. Car c’est fini le temps de l’extime sans limite. Et oui, les blogs sont morts. Y a que moi qui m’y accroche ou à peu près. Les forums sont désormais vides et en plus, je ne veux céder ni mes cookies ni payer 2 euros pour aller fureter sur les forums Doctissimo ou Aufeminin alors… Et dans les podcasts qui racontent des histoires, j’ai pas trop d’infidélités féminines, en fait. Masculines, plein mais féminines, non. Parce que ça n’existe pas ? Non, bien sûr que non. J’ai mes deux histoires d’inspiration pour Elisabeth mais il n’y a pas que ça… Mais on raconte plus facilement les infidélités masculines (surtout racontées par les femmes, d’ailleurs) que féminines. 

Une histoire d'infidélité

Creuser les histoires d’amour ou de passion

Alors voilà, j’ai ce sujet à creuser. Même si je suis assez intriguée par les catfishes aussi, je vous mets quelques références qui peuvent vous intéresser : une histoire sur Transfert, une sur Les pieds sur Terre et un reportage de Blast. Y avait un docu MTV aussi mais j’ai pas vu. Mais comment je creuse si les gens ne se confient plus en ligne ? Je peux compiler les sources fictionnelles. Je peux me toquer de ce sujet et mater tous les films, téléfilms, séries qui parlent de ça. Dans les soaps, il y en a, des femmes infidèles. Même s’il me semble qu’elles le sont toujours par amour. Elles tombent amoureuse de leur amant, je veux dire. C’est pas juste pour tirer un bon coup, merci, au revoir. Contrairement aux hommes qui le font par pure pulsion. Non mais c’est tellement un sujet passionnant en fait. Et je ne sais pas si c’est une image d’Epinal, cette infidélité féminine qui se base sur des élans très forts et ont des conséquences lourdes ou si c’est un pur délire fictionnel. Je sais qu’il existe des femmes maquées mais qui ont une sexualité active ailleurs. Sans l’accord de leur conjoint, on parle pas de couple libre ici. J’en ai connues. Mais quelle est la norme de l’exception ? Et surtout : si la femme infidèle est rongée par le doute et la culpabilité, ce n’est pas précisément parce que la fiction lui a appris que sa propre infidélité est grave ? Parfois même mortelle ?

Anna Karenine, une infidélité mortelle

Ecrire l’amour en vrai, c’est passionnant

J’ai toujours trouvé qu’écrire une histoire d’amour était nul et creux… Mais j’étais à côté de la plaque ! Regardez-moi toutes ces questions sous-jacentes. Parce que le coeur est là : la sexualité féminine hétérosexuelle est-elle si libre que ça ? Est-ce qu’en 2022, on oscille toujours entre la pute et la vierge ? Et finalement, fictionner toutes ces questions, créer des personnages qui ont une vie sexualo-amoureuse différente les unes des autres, ce n’est pas une tentative de faire de la sociologie amoureuse l’air de rien ? Parce que dans mon projet Audrey, il y avait un antagonisme entre Isa, la célibataire romantique et Souria, la libérée. Il y avait du jugement de l’une et de l’autre sur les choix de son amie. Entre celle qui ne veut pas se soumettre à un homme et choisit la liberté et celle qui ne rêve que d’être la copine de. 

Atermoiements amoureux des filles d'aujourd'hui

On revient à l’ère de l’extime ?

Bon bah voilà, j’ai envie de me lancer dans cette sociologie amoureuse dans la fiction parce que ça m’interroge beaucoup et j’aimerais comparer ça à des faits. Mais j’ai deux soucis majeurs : mes journées ne font pas 30h et surtout… plus personne ne raconte sa vie en ligne. Vivement que les blogs et les forums retrouvent leur âge d’or ! En espérant que je puisse lire tout ça sans confier ma donnée pour être spammée de pubs ou devoir payer 2 euros…  

Nina

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