Raconte moi des histoires

Pour bien raconter les histoires, il faut aussi savoir les écouter

La fiction pétage de plomb

Il y a ces moments, dans la vie, où vous êtes sur le fil. Ca ne va plus. Une rupture, un boulot toxique, une amitié qui part en vrille, un corps qui se déglingue. Stop, c’est trop. Ces moments où vous marchez dans le couloir du métro, dans la rue, occupés à vivre votre vie. Quand soudain, l’absurdité de la situation vous frappe. Vous avez juste envie de vous arrêter et de vous mettre à hurler tellement ça prend toute la place en vous. Un pétage de plomb dans les règles, c’est ce dont vous avez besoin. Sauf que le pétage de plomb est relativement peu admis. Surtout si vous vous arrêtez de marcher en pleine heure de pointe dans des couloirs saturés, on va pas avoir beaucoup d’empathie pour vous. Heureusement, la fiction est là pour vous aider.

Le métro boulot dodo qui entraîne un pétage de plomb

Il y a une scène qui m’a marquée dans une série que je trouvais sympa, Medium. Avec Patricia Arquette. L’héroïne a des dons de voyance qui s’expriment normalement dans ses rêves. Mais de temps en temps, elle perçoit des choses des gens un peu gratos, histoire de faire avancer l’intrigue ou de montrer qu’elle est vraiment puissante. A un moment, on voit une femme à l’hôpital, en visite à une personne mourante. Cette femme est soudain prise d’une colère immense et commence à tout détruire dans la chambre. Puis cut et on découvre la même femme assise sur une chaise, discrète, immobile. Dans la même chambre d’hôpital parfaitement rangée. Le pétage de plomb est dans sa tête. C’est aussi le stéréotype du personnage qui prend un bain ou plonge la tête dans la mer, une piscine… pour hurler sans qu’on l’entende. Et ça, moi, ça me parle. Car parfois, dans ma tête, il y a une Nina furieuse qui hurle.

Crier sous l'eau

Sauf que mon éducation m’ayant poussée à respecter une certaine discrétion, je ne hurle pas gratos dans la vie. Sauf si je suis seule mais ça m’arrive finalement assez peu souvent. Et crier me fatigue physiquement, aussi. Heureusement, je peux me défouler en regardant des séries ou films où les personnages disent merde à leur vie un peu nulle et deviennent d’autres personnes. En (relativement) positif, je peux citer I don’t feel at home in this world anymore. Un truc assez barré où Ruth, l’héroïne est une classique du genre : un personnage sur qui tout le monde chie. Littéralement, même, puisque sa pelouse est régulièrement recouverte de crottes de chien malgré un panneau indiquant que le lieu n’est pas fait pour ça. Elle se fait doubler à la caisse, un mec lui spoile un roman qu’elle est en train de lire dans un roman. Bref, ces moments dans la vie où tu as du mal à voir les arcs-en-ciel. Et puis Ruth se fait cambrioler et c’est la goutte d’eau. Excédée par l’inaction de la police, elle va reprendre vie peu à peu en décidant de régler l’affaire elle-même.

I don’t feel at home in this world anymore

Dans la même veine, on a Beef. Série que j’ai d’abord lancée car y a Steven Yeun dedans que j’ai aimé dans Nope et évidemment, j’ai jamais fait le deuil de Glenn dans The Walking dead. Ici, on est à des années lumières du gentil coursier qui tombe amoureux de la belle fermière. La série commence par une altercation anodine entre deux automobilistes. Sauf qu’ils sont tous deux déjà sur le fil, proches de la dépression, et vont se lancer dans une escalade de la violence assez délirante. Quand je le dis que l’automobilisme est un problème de santé publique. C’est une série furieuse et normalement, j’ai du mal avec ce genre de trip. Mais là, c’est bien écrit et en plus, y a un passage avec All is full of love de Björk donc point bonus. On peut aussi citer Crazy ex girlfriend avec une héroïne qui pète constamment les plombs. Souvent c’est comique mais il y a aussi un passage très sombre.

Beef _ Acharnés

La fiction pétage de plomb reste compliquée à gérer. Déjà rien que pour l’écriture des personnages. La fiction pétage de plomb suppose des personnages en rupture par définition. Et si y a bien une catégorie de personnages que je déteste, ce sont ceux qui prennent systématiquement de mauvaises décisions en sachant que c’est une mauvaise décision. Vous savez, ce moment dans les films ou les séries où on dit à un personnage “Il faut à tout prix que tu sois à cet endroit à ce moment-là, c’est la chose la plus importante en ce moment”. Tu sais, en entendant cette phrase, que le personnage va se foirer. Et souvent pour une raison de merde genre une panne de réveil ou aller baiser avec une personne de peu de valeur. L’auto-sabotage est un ingrédient assez récurrent des fictions pétage de plomb. Pourquoi pas. Sauf quand ça sert juste à faire avancer l’intrigue, indépendamment de la psychologie du personnage. 

Wild tales

Le pétage de plomb, c’est littéralement de la dynamite. Il faut le manier avec précaution pour permettre à l’audience de s’identifier et de créer une empathie avec le personnage. Même si, sur certaines séries, je suppose qu’on regarde avec un fond de méchanceté en espérant que les personnages vont bien se ramasser la gueule. Je suis à peu près persuadée que c’est pour ça que sur la série Succession, ça a marché mais que moi, j’ai pas compris le délire. Je n’aime pas la méchanceté. Ce que je veux voir, c’est un personnage qui s’autorise le pétage de plomb que je m’interdis et à la fin, même s’il n’y a pas de réelle happy end, il y a une paix intérieure, une sorte de réconciliation. Encore une fois, je cite Crazy ex girlfriend car la fin de la série est tout à fait parfaite. Un juste équilibre. 

Crazy ex girlfriend

Et en vrai, dans ma vie, parfois, je crie dans ma tête en écoutant de la musique et je décide que telle chanson sera ma musique pétage de plomb. Même qu’une fois, c’était Wrecking ball de Miley Cyrus. Je trouve que le refrain va bien avec un côté “je me lève et je me casse de ma vie”. Mais comme à l’arrivée, je reste toujours sage, peu importe la bande-son finalement. 

Nina

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