RACONTE MOI DES HISTOIRES

Pour bien raconter les histoires, il faut aussi savoir les écouter

Jouons avec la temporalité

Parce que le strict ordre chronologique n’est pas toujours la meilleure façon de raconter une histoire. Quand j’étais étudiante en maîtrise d’histoire et qu’il était temps de commencer à rédiger, mon directeur de maîtrise me donna le conseil suivant : si vous ne savez pas quel plan adopter, pensez à la chronologie. Bon conseil dans l’absolu car jouer avec la temporalité, c’est parfois un peu casse-gueule. Mais cela peut aussi donner naissance à un pur chef d’oeuvre.

La temporalité dans la fiction

Your name, le twist temporel

Souvent, on essaie de regarder des films avec mon adoré. Parce qu’on a une culture ciné par géniale. Dans mon cas, c’est franchement catastrophique. L’autre jour, on lance donc Your Name de Makoto Shinkai. Un pur bijou, ça m’a bien émue. Sans spoiler quoi que ce soit parce que vous devez regarder ce film, une grande partie de l’histoire joue sur un décalage temporel qui révèle une toute autre histoire. Autre exemple avec une temporalité un peu circulaire, Arrival, un film que j’ai adoré pour le twist final lié justement à la temporalité. Et sur lequel nous avons un différend irréconciliable avec mon cher et tendre : j’ai vraiment trouvé ça génial, il est sorti du film. 

Your Name, une histoire de temporalité

Un exercice délicat

Mais il y a d’autres cas un peu foiré. Genre Eisenhower, avec Leonardo di Caprio, qui fait des allers-retours entre différentes périodes de vie du bonhomme et… je n’ai pas compris ce parti pris. Cela rendait juste le récit confus un peu pour rien. La chronologie, des fois, c’est bien. Parfois, le mélange entre passé et présent est utilisé précisément pour perdre le spectateur comme le célébrissime Mulholland drive où il faut observer le moindre détail pour savoir dans quelle temporalité on se situe. D’ailleurs, ce coup du détail qui permet de se situer dans le temps est régulièrement utilisé dans les séries… grâce notamment à la coiffure des héroïnes. Genre dans Supergirl où l’on comprend qu’une scène se déroule dans le passé car Alex a les cheveux plus longs. Pourquoi pas. C’est peu ou prou la même dans Eternal sunshine of the spotless mind avec les cheveux de Clémentine.

Clémentine dans the Eternal sunshine of the spotless mind

Une scène clé en guise de mise en bouche

Mais pourquoi jouer avec la temporalité, me direz-vous ? J’y vois à ça deux raisons essentielles. La première est de débuter directement par une scène cruciale qui va capter l’attention. Technique assez basique de téléfilm qui peut montrer la scène clé du meurtre qui va nous préoccuper avant que l’on navigue entre enquête au présent et souvenirs au passé que l’on va collecter telles des pièces de puzzle pour comprendre qui a tué et pourquoi. Comme dans L’enfer au Paradis ou Meurtre à la une. Ou l’un des rebondissements comme dans Péchés de jeunesse. Mais ne croyez pas que ce soit l’apanage des téléfilms. C’est également une astuce utilisée par Victoria Hislop qui prend un bout de scène clé et le recopie en début de roman. On ne sait pas de qui on parle, aucun prénom ne transparaît mais sachez qu’il s’agit d’un moment important de l’intrigue. Tiens, je devrais peut-être faire ça pour l’envoi n°2 du roman de Maja…

Victoria Hislop
Je l’ai pas lu, celui-là…

Troubler les lignes

Mais évidemment, le jeu de la temporalité, c’est de troubler les lignes. Mélanger le passé et le présent, éventuellement le futur même si aucun exemple ne me vient. Comme Your Name, Arrival ou Mulholland Drive en bien. Eisenhower en moins bien. Parce que là encore, faut un peu penser son histoire. Dans Mulholland Drive et Eisenhower, la rupture de chronologie n’est que purement esthétique, si j’ose dire, des effets de manche qui n’apportent rien au récit en soi. Mais dans le premier cas, cela crée une atmosphère malaisante, cette sortie de salle où ta première réaction est “mais quoi ? ». Alors qu’Eisenhower m’avait vraiment laissé un goût de “ça servait à quoi, l’aller-retour temporel, là.” Jouer avec le temps doit servir un but pas juste “raconter une histoire différemment pour le style”. La chronologie reste une façon simple et sûre de raconter l’histoire. Mais la casser peut permettre de créer une histoire surprenante.

Arrival

A utiliser si ça a du sens

En vérité, c’est toujours pareil : si vous avez envie d’utiliser un effet, faites-le pour une bonne raison. Si ça ne sert pas le récit, c’est pas forcément la peine d’y avoir recours.

Nina

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