RACONTE MOI DES HISTOIRES

Pour bien raconter les histoires, il faut aussi savoir les écouter

Jouer avec les timelines, le gros défi

J’ai déjà parlé chronologie par ici parce que c’est un procédé narratif que j’aime vraiment bien… même si c’est hautement casse-gueule. Mais cet article est aussi l’occasion de vous conseiller un roman qui sera bien pour vos vacances, si vous partez fin août. Le roman, c’est D’une vie à l’autre de Kate Adkinson dont j’avais déjà parlé. Aujourd’hui, nous allons donc voir comment on peut jouer avec les timelines et fabriquer une grosse pelote d’histoires parallèles pour faire naître toute une histoire.

Un empilement de timelines

Présentation des oeuvres étudiées

Alors pour parler de ça, je vais me pencher sur deux ou trois fictions. La troisième, je suis pas sûre, elle s’est intégrée d’elle-même dans ce tableau car je l’ai vue entre le moment où j’ai eu l’idée de cet article et son écriture. Nous allons donc nous pencher sur :

  • D’une vie à l’autre de Kate Adkinson
  • L’effet papillon, film d’Eric Bress et J. Mackye Gruber, avec Ashton Kutcher que je vous conseille assez.
  • The umbrella academy saison 02 que je vous recommande absolument.

Retour à la case départ

Oui, aujourd’hui, c’est un article où je ne râle pas. Alors on va résumer très grosso modo. D’une vie à l’autre raconte la vie d’Ursula, jeune anglaise du XXe siècle qui meurt assez régulièrement, reprenant sa vie au départ en échappant peu à peu à la mort grâce à ses intuitions. Dans certaines de ses vies, elle va mourir jeune, victime d’un cordon ombilical noué autour de son cou, d’une noyade, d’une chute du toit, de la grippe espagnole… Dans une de ses vies, elle va même tuer Hitler. Curieusement, alors que l’on sait qu’Ursula va mourir tôt ou tard pour repartir à la naissance, cassant pas mal l’enjeu du roman, je me suis vraiment prise au jeu.

Nothern abbey

Modifier le passé pour rentre tout le monde heureux… ?

Concernant l’Effet papillon, c’est l’histoire d’Evan, un jeune garçon qui souffre d’étranges amnésies durant lesquelles il va avoir un comportement étrange comme se planter un crayon dans la main. Pour soigner son trouble, il se met à écrire un journal intime. Devenu adulte, Evan recroise la route de Kayleigh, sa voisine quand il était petit et dont il était amoureux. Celle-ci est tombée dans la drogue, un truc lié à leur enfance mais dont il se souvient pas. Quelques jours plus tard, il apprend le suicide de Kayleigh et découvre qu’il peut remonter dans le passé grâce à son journal pour la sauver. Durant le film, Evan va donc détricoter son passé petit à petit pour tenter de sauver Kayleigh. Chacune de ses actions va nous proposer un présent alternatif et chacune de ses absences, enfant, sera expliqué par une intervention d’Evan adulte.

L'effet papillon

Superhéros vs apocalypse

Quant à Umbrella Academy, la fratrie de superhéros se retrouve à chaque saison à devoir éviter une apocalypse terrible dont l’un d’entre eux sait la date mais ne connaît pas le déclencheur. Dans la saison 02, ils ont apporté l’apocalypse en 1963. Pendant les trois-quarts de la saison, on va donc se demander lequel a eu trop d’impact sur la temporalité, au point de déclencher l’ultime guerre entre Russie et Etats-Unis.

The umbrella academy

Passion uchronie

Pour la dernière, on est peu ou prou dans l’uchronie que j’aime assez. L’exemple le plus fameux d’uchronie selon moi reste The man in the high castle de K. Dick où l’Allemagne et le Japon ont gagné la seconde guerre mondiale. Ils en ont tiré une série que j’ai pas aimée, j’ai arrêté au 3e épisode. Mais dans cet univers-là, il existe un livre interdit qui raconte la victoire américaine et européenne. Une uchronie dans l’uchronie. C’est toujours exaltant, quand on a un peu d’imagination, de jouer avec les si. Reprendre la même histoire en modifiant un élément, touche par touche. Et s’il était allé à droite plutôt qu’à gauche. Si elle était sortie au lieu de rester chez elle, dans cet immeuble qui allait être rasé par un bombardement. Et si Evan avait dit blanc au lieu de dire noir, non au lieu de dire oui… Raconter la même histoire à un détail près. Un détail qui fait que si on parle des mêmes personnes, ils ne vivent plus du tout la même histoire.

The man in the high castle

Jongler avec les « et si »

C’est plaisant comme expérience pour le lecteur. Parce que ça flatte un ressort ancré en chacun de nous, le fameux « et si ». Je sais pas vous mais parfois, je me demande si j’ai pas eu tort dans mes décisions. Surtout dans ma vie pro parce que ma vie perso, elle est très chouette comme elle est donc accumuler les si ne m’apporterait pas grand chose. Eventuellement me raconter que si j’étais pas avec Victor, je serais sans doute une éternelle célibataire en goguette. Pas très intéressant. Par contre, niveau pro, j’ai toujours eu un doute. Un très précis : est-ce que je n’ai pas quitté TGGP trop tôt ? Comprenez moi : je n’y étais pas épanouie et je doute que j’aurais pu avoir une quelconque évolution. Mais le job suivant m’a marquée très fortement et m’a traumatisée longtemps. Aujourd’hui, ça va mieux mais je me demande quelle aurait été ma vie sans ce traumatisme qui me pousse certainement dans le burn-out, persuadée que je n’en fais jamais assez. Et nous avons tous au moins un « et si » qui nous hante. On développe toujours des histoires de cette vie que l’on aurait pu vivre mais qui n’existera jamais. Que ferais-tu si tu pouvais revenir en arrière, que dirais-tu à ton toi d’avant ? Même, il m’arrive de rêver que je retourne dans le passé. Ca virait presque au cauchemar quand j’ai rêvé que ma conscience actuelle revenait en CE1 et que je réalisais que j’allais devoir suivre tous ces cours de primaire à nouveau alors que je savais déjà faire une soustraction et que ça allait être long.

Apprendre les mathématiques

Attention aux paradoxes temporels

Cependant, c’est potentiellement compliqué, de jouer avec les timelines. Evidemment, il y a les paradoxes temporels qui peuvent faire s’effondrer l’histoire. On peut être sympa et se détendre sur la suspension consentie de l’incrédulité et ne pas trop traquer les illogismes. Comme dans Retour vers le futur ou Terminator où tout ne coïncide pas toujours. Et c’est là que la maestria de la narration entre en jeu. Je veux dire si je m’agace des couacs du scénario, c’est que j’ai pas été prise assez dans l’histoire. Il y a pour moi une question essentielle à se poser quand on joue avec le temps : est-ce vraiment utile ? Dans Une vie après l’autre, certains éléments du récit sur lequel on insistait pas mal à un moment sont carrément expurgés du récit par la suite. Pourquoi l’avoir intégré, souligné, pour le mettre de côté ensuite ? Pour le coup, l’effet papillon ne nous perd dans aucune circonvolution, chaque élément sera exploité. Mais un film n’a jamais de temps à perdre. Il va pas nous narrer une péripétie qui ne changera rien.

Détricoter les choix pour créer de nouvelles histoires

Quand j’étais plus jeune, j’avais un peu rêvé à écrire une sorte de série sur le « et si ». Ca aurait été un peu comme un Sliders qui cumule les uchronies en changeant un élément de notre réalité. Sauf que ça n’aurait pas été à l’échelle du monde, juste à l’échelle d’une personne. Et puis j’avais réalisé à quel point cela pouvait vite devenir vertigineux. On commence à faire des choix si tôt dans nos vies. Et si le fait qu’à trois ans, j’ai préféré porter une salopette bleue plutôt qu’une salopette rouge n’a eu aucune incidence sur ma vie, peut-être que le fait de m’être assise à côté de Caroline plutôt que Joséphine en CE1 m’a entraîné dans un réseau amical qui a modelé ma vie bien plus que je ne l’aurais cru. Voyez le genre. Et pourtant, c’est si exaltant quand on y pense. Parce que dans les cas susnommés, Evan et Ursula ne vivent pas grand chose. Certes, dans une vie, Ursula tue Hitler mais c’est un mauvais passage d’un bon roman puisqu’on n’a aucune idée des aléas de la vie qui l’ont menée là. La fratrie Umbrella sauve le monde par contre. Un peu à chaque saison et j’ai très hâte de découvrir la troisième. J’ai déjà intégré cet élément dans Uchronia où le roman se termine sur deux timelines différentes de Madeleine. Peut-être que j’écrirai un jour les multiples vie de Charlotte Tartempion ou je ne sais qui. Le tout, c’est de ne pas lasser le lecteur en racontant la même histoire… à quelques nuances près. 

Nina

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