RACONTE MOI DES HISTOIRES

Pour bien raconter les histoires, il faut aussi savoir les écouter

Créer de l’enjeu : le grand défi de l’écriture

Je vous parlais il y a quelques temps de ce livre que j’ai abandonné en cours de route avec, entre autres raisons, le manque d’enjeu. Pourtant, sur le papier, le héros devait sauver le monde, ce n’est pas rien… sauf qu’on savait très bien qu’il y arriverait et sans froisser sa chemise, s’il vous plait. Du coup, sacrifier des heures de lecture pour savoir ça, non merci.

Une lecture ennuyeuse car y a pas d' enjeu

L’enjeu comme motivation pour poursuivre sa lecture

C’est difficile de créer un réel enjeu dans un roman. Pour reprendre le roman horribilus dont j’ai tant parlé, l’enjeu était de savoir comment l’héroïne s’en sortirait… Et encore, on était plutôt sereins vu qu’elle nous avait expliqué dès le départ que c’était un faux camp de concentration. Si seulement elle avait axé son récit sur l’avenir de la France plutôt que sur son nombril… Parce que la survie d’un personnage insupportable n’est pas vraiment génial en terme de motivation pour poursuivre la lecture d’un roman… Souvent, on va faire peser le suspense non pas sur la survie du personnage, souvent admise des le départ. Surtout si le récit est écrit à la première personne en mode « journal de guerre ». Non, on va se concentrer sur le comment. Un bon roman doit avancer les faits comme inéluctables et placer le lecteur en tension. Ok, je sais que Jean-John va sauver le monde mais là, quand même, je vois pas comment. Un peu comme dans les Batman des années 70. Il parvenait toujours à s’échapper du piège beaucoup trop compliqué des méchants. Mais en moins zim bam Kaboom quoi.

Batman Kaboom

Qui est le tueur ?

Il y a aussi les polars avec l’enjeu tout trouvé : c’est qui qui a tué ? Ou éventuellement comment l’inspecteur va confondre le coupable que le lecteur/spectateur connaît. A la Columbo quoi. Mais cet enjeu ne fonctionne que s’il est bien amené. Il faut maîtriser deux paramètres : donner envie au lecteur de savoir qui a tué mais aussi pourquoi. Dans « Je suis Pilgrim », par exemple,  on ne savait déjà pas qui avait été tué au bout de 400 pages alors le « par qui » et « pourquoi », ça ne m’a pas intéressée du tout. Et puis, le polar, faut savoir le manier de main de maître. Rien n’est plus insupportable qu’un roman policier où vous trouvez la solution avant la fin… ou les retournements pétés. Je parle souvent de cette astuce d’écriture de tueur sorti du chapeau « en vrai, le tueur, c’était le passant de la page 36 qui demande son chemin. Surpriiiise ». Non, ça, c’est de la triche et ça me fait instantanément détester un roman.

Peter Falk dans Columbo

Pas d’enjeu sans empathie

En fait, créer de l’enjeu est un équilibre subtil. Il faut arriver à créer une certaine empathie vis-à-vis des personnages pour que leur avenir, voire leur survie nous importe. Même quand on sait que, forcement, il ou elle survivra (on tue rarement ses héros), on peut craindre pour son intégrité physique, celle de ses ami.e.s. Et surtout, on va s’inquiéter de son évolution. Et ça marche dans tous les romans. Peu importe qu’on vous raconte une enquête sur un crime, une histoire d’amour ou une  course contre la montre… Si vous ne parvenez pas à créer un enjeu, vous allez perdre vos lecteurs.

La lecture de l'ennui

Et donc un point crucial pour créer de l’enjeu. C’est de parvenir à induire de l’empathie pour vos personnages. On s’en parle une prochaine fois.

Nina

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Revenir en haut de page