Raconte moi des histoires

Pour bien raconter les histoires, il faut aussi savoir les écouter

Faut-il confondre crush et amour pour écrire une histoire romantique ?

Parce que ça m’agace un peu, à dire vrai. Dans le cadre de mon opération “devenons autrice de comédie romantique mais oups, j’y connais rien”, j’ai voulu me cultiver un peu. J’écoute donc des romans de Melissa Da Costa. J’en ferai un article bientôt. J’ai aussi vu pas mal de téléfilms qui, même s’ils avaient une composante thriller et suspense, parlaient de débuts amoureux. Il faudrait que je me penche sur les comédies romantiques filmiques à l’occase mais j’ai quand même bien la flemme. Toujours est-il qu’il y a un truc qui m’exaspère toujours : la confusion des sentiments. Ou comment faire passer un crush pour de l’amour.

Crush ou amour ?

Parfois, j’entends des gens dire “je suis amoureux/amoureuse de l’amour”. Sauf que non, c’est plutôt de crush dont on parle. Le crush, c’est exaltant. La légèreté, les papillons dans le ventre, l’excitation de la nouveauté. Pour peu que ça concrétise, le premier baiser semble magique, la première nuit inoubliable. Tout le monde signe pour ça. Mais ce n’est pas de l’amour. J’ai toujours différencié “aimer” et “être amoureuse” car pour moi, on ne parle pas de la même chose. Et être amoureux, c’est certes plus intéressant à raconter qu’aimer. Déjà parce que s’aimer s’inscrit sur un temps long et qu’à un moment, on perd l’excitation et la magie du début pour quelque chose de plus serein. Ce n’est pas moins bien, c’est différent et pas toujours très intéressant à raconter. Je veux dire, je trouve ma vie de couple très sympa mais en roman, ça serait sans doute chiant à lire. 

Scenes from a marriage

Alors souvent, les fictions romantiques parlent d’amour au moindre papillon qui frétille en dedans. Si c’est pour parler d’un jeune couple, pourquoi pas. Mais là où je m’agace un peu, c’est quand l’héroïne, puisqu’il s’agit souvent d’une femme, remet en cause une relation qui fonctionne bien parce qu’elle a la chatte qui pique à la vue d’une belle personne. Je vais te dire, Pauline, c’est normal. Quand je me suis mise en couple avec mon mec, je ne me suis pas aspergée les yeux avec de l’acide. Donc les personnes qui correspondent à mes critères de beauté, je les vois. Je les regarde, je te dirais même. Oui, j’ai déjà pensé à des “ah, je serais célibataire…” puisque mon couple est monogame. Mais c’est du désir. Même quand la personne, je la côtoie, je ne peux pas prétendre la connaître aussi bien que la personne avec qui je partage ma vie. Surtout qu’il me semble qu’en période de crush intense, on réécrit extrêmement les éléments pour se convaincre que l’objet de notre attention est “the one”.   

Madame Bovary

En fait, c’est ça qui m’exaspère. L’héroïne, en plein atermoiement, met sur le même plan une relation qu’elle a et une relation qu’elle imagine. “Ah mais oui mais avec David, c’est plan-plan. On ne sort plus comme au début et on n’a pas fait l’amour sur la table du salon depuis au moins trois ans”. Ok mais c’est normal que la relation évolue. Déjà, à partir du moment où on vit ensemble, y a plus besoin de sortir pour se voir. Et perso, vu ma table de salon, jamais je fais l’amour dessus. On fait moins l’amour qu’au début, on se relâche sur des éléments de séduction. Mais il y a d’autres choses. Notamment, la complicité. C’est là que je grimace, en fait. Avec mon mec, on partage 10 ans de références communes, on doit avoir une cinquantaine de private jokes. Et y a une totale confiance, une transparence du fait que mes défauts sont connus. Dans le roman romantique que j’écris, là, l’héroïne compare son mec à une pantoufle, à un moment. Mais c’est exactement ça. Le couple installé, c’est la douceur d’une pantoufle qui chauffe et bichonne ton pied. Versus un escarpin qui est beau et te fait te sentir belle mais te défonce le peton. Analogie peu glorieuse mais vous voyez. 

Un crush, c'est comme des escarpins

Peut-être que je suis trop cynique pour adhérer au truc. Ou trop exaspéré par la sacralisation d’une pseudo passion amoureuse, culture qui aide grandement les experts du love bombing. Evidemment que dans une fiction, tu ne peux pas raconter le quotidien. Il faut bien qu’il se passe quelque chose. Et une passion amoureuse étant une excellente motivation pour à peu près tout… Je ne critique pas, je fais ça, parfois. J’aime bien les histoires où les entrées en résistance sont liées à une relation amoureuse naissante. C’est pas si délirant que ça, après tout. On découvre tous des marottes, voire des passions, grâce à nos relations, amoureuses ou amicales, donc pourquoi pas une cause à défendre ? Mais la sacralisation d’une historiette, là… Ca, c’est juste un délire post-rupture. Mais normalement, à un moment, tes hormones reviennent à un niveau normal et tu réalises que cet “amour qui balaie tout sur son passage”, c’était juste une histoire brève avec une personne qui sait un peu y faire ou dans un contexte un peu magique. Genre les vacances.

Un amour de vacances

Pour illustrer un peu mon propos, je vais un peu taper sur une des comédies romantiques les plus fameuses de la fin de mon adolescence: Titanic. Near, far, wherever you are, ce Titanic, oui. La fin est relativement gênante quand même. On nous fait plus ou moins comprendre que Rose passe de vie à trépas. Et la voilà accueillie dans la mort par Jack, l’amour de sa vie. Je… pardon ? On nous raconte que Rose a eu une belle vie, qu’elle a même été mariée et a eu des enfants. Et la go, quand elle meurt, c’est le mec avec qui elle a passé une nuit, une seule nuit, qui l’accueille dans la mort ? Pas celui avec qui elle a passé des dizaines d’années. Alors qu’il n’est pas dit que ça se soit mal passé avec lui. Alors, oui, je comprends, elle a perdu sa virginité sur la plage arrière d’une voiture avec Jack… Oui, dans un certain contexte, ça peut être romantique. Oui, ils ont vécu une aventure extraordinaire ensemble et oui, sa rencontre avec lui a marqué le début de son émancipation. Mais c’était juste un beau gosse sur lequel elle a eu un crush. Elle ne savait finalement pas grand chose de lui. S’il le faut, c’était un gros macho qui lui aurait interdit de faire du cinéma, du cheval et qui lui aurait fait six ou sept gamins. On sait pas. S’il le faut, il aurait pas essayé de la sauver si elle avait été moche…

Titanic, Rose & Jack

Alors, c’est peut-être ça, l’histoire, finalement. Est-ce qu’un amour passionné est surtout imaginaire ? Nos amours les plus puissantes sont celles qui n’ont existé que dans notre tête ? Il y a un peu de ça au début de Jane the virgin où notre vierge pref’ avait eu du mal à oublier ce beau garçon avec qui elle avait passé un bon moment et partagé un baiser passionné. Mais justement, l’amour entre Jane et Rafael se construit tout au long de la série. On passe d’un crush à une réelle relation, solide, qui a transcendé la simple attirance physique et les histoires que l’on se raconte. Et je dis ça alors que j’ai toujours été team Mickaël, pour dire. 

Jane et Rafael dans Jane the virgin

Bref, je n’arrive jamais à me faire embarquer par ces histoires de coup de foudre, surtout de la part de quelqu’un en couple. Quelle ingratitude de remettre en cause une histoire de plusieurs années juste à la vue d’un petit cul frétillant. Après, c’est parfois le symptôme d’autre chose. la ficelle était plutôt pas mal exploitée dans la série Valeria dont j’ai déjà parlé où le désir de l’héroïne, mariée, pour le beau Victor était autant dû à une attirance physique qu’à une lassitude de son couple où elle ne partageait plus grand chose avec son mari. Mais quand même. C’est sans doute un phénomène de trop grande identification mais souvent… je trouve qu’elles exagèrent un peu, ces demoiselles, à jeter à la poubelle des années d’une histoire d’amour juste parce qu’elles ont la chatte qui pique. 

Nina

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