Raconte moi des histoires

Pour bien raconter les histoires, il faut aussi savoir les écouter

Disclosure day, un film de poursuite à l’ancienne ?

Depuis que je prétends être cinéphile, je me rends épisodiquement au cinéma découvrir quelques films qui m’auraient fait de l’oeil. Récemment, j’ai vu Jim Queen, Miss Mermaid et ce soir, c’est In waves. Beaucoup de flotte, oui. Mais avant de vous parler, peut-être, de ces films, parlons de ma dernière virée au pays du 7ème art avec Disclosure Day. Et franchement, j’ai adoré.

Disclosure Day avec Emily Blunt

L’histoire, rapidement. Daniel, un employé d’une organisation secrète vole des documents compromettants dans le but de les révéler au monde. En parallèle, Margaret, une présentatrice météo, pète un câble après avoir croisé le regard d’un oiseau cardinal. Elle sait intuitivement ce que vivent les gens, se met à parler coréen couramment et lors de son bulletin météo, émet d’étranges caquètements. Daniel et Margaret vont se retrouver poursuivis par la même organisation secrète qui semble vouloir les neutraliser à tout prix.

Margaret et Daniel dans Disclosure Day

Donc on situe très vite que Daniel et Margaret vont devoir tracer leur route. Surtout Daniel qui est immédiatement ciblé et qui se trimballe en plus Jane, sa petite amie qui ne comprend pas bien ce qu’il se passe au début. Le récit va se construire de façon très classique. Le danger se rapproche, on croit Daniel ou Margaret aux abois mais ils arrivent à s’en sortir avec un peu d’astuce, d’agilité et d’intelligence. La tension est correctement dosée avec des scènes de répit où les personnages reprennent des forces, l’arrivée du danger que le spectateur connaît mais pas les personnages et, donc, la partie physique avec des pneus qui crissent, des balles qui volent, des vitres qui explosent et des volants énergiquement tournés à droite et à gauche tandis que les personnages crient “baisse-toi !”. 

Disclosure Day, Daniel essaie de s'enfuir

Dis comme ça, on pourrait penser que le film est quelconque et n’invente rien de nouveau. Alors, ça dépend. Il y a une scène de fuite très inventive vers les deux-tiers du film que je ne décrirai pas ici pour des raisons évidentes de spoiler. Effectivement, certains ingrédients vous sembleront familiers. Parfois, les personnages frôlent la stupidité et se jettent limite dans la gueule du loup. D’autres fois, tu te demanderas pourquoi les méchants ne voient pas le héros qu’ils essaient d’attraper alors que le mec fait des roulades à côté d’eux, à peu près. Mais en vrai, tu l’acceptes. Parce que le film est correctement dosé dans son alternance de tensions et d’accalmie.

Daniel et Margaret discutent dans une voiture

Quand je parle de film de poursuite, il y en a un qui me vient immédiatement en tête car il y a pas mal de parallèles : Une bataille après l’autre. Je veux dire on retrouve des personnages qui se cachent dans un couvent, faut accepter de rentrer dans l’univers pour ne pas s’agacer de certaines ficelles un peu grosses. Ce que j’ai fait pour Disclosure Day et pas pour Une bataille après l’autre parce que l’un m’a embarqué et l’autre m’a profondément saoulée. J’étais restée un peu intriguée par mon rejet d’Une bataille après l’autre et Disclosure Day me permet de comprendre, peut-être, quelque chose.

Emily Blunt dans Disclosure Day

Déjà, je ne trouve pas Disclosure Day trop poseur. Pourtant, on pourrait reprocher épisodiquement ça à Spielberg. Je veux dire, Ready Player One, c’était limite “dans un futur proche où une méchante corporation fait des trucs de méchantes corporations, le seul truc encore cool se repose entièrement sur la pop culture. Comprenez mes films… Ah et allez, je mets un peu de Kubrick quand même histoire de”. Fabelmans avait ce côté très “je fus un enfant différent, si sensible et si doué pour filmer des trucs dès son plus jeune âge”. Mâtiné d’une sorte de complexe d’Oedipe un peu gênant mais ok. Ouais, j’ai pas aimé. Mais le récit est efficace. Pas de plan ultra stylisé en mode “hé, regarde comme je suis un esthète”. Non, on est dans une fuite perpétuelle avec ses hauts et ses bas. C’est ça, Spielberg. Un cinéma efficace. Ce n’est pas tant une patte esthétique qu’une maîtrise précise de la grammaire cinématographique. Certes, je ne suis pas sûre que Disclosure Day nous offre des plans iconiques comme un E.T ou Jurassic Park mais chaque plan est pensé dans sa diégèse.

Un plan étudié dans Disclosure Day

Un des problèmes que j’ai avec le cinéma actuel, c’est l’iconisation. J’en ferai un article à part entière mais, de plus en plus, dans les films ou les séries, des plans sont pensés pour satisfaire l’audience, indépendamment des personnages et de l’univers. Par exemple, dans Fallout saison 02, on rencontre une nouvelle faction et on sait que le chef, que l’on aperçoit de dos, va être interprété par un acteur connu. Comment on le sait ? Parce que son introduction est iconisée. Le mec se retourne, sort un “hé salut” de façon qui n’a aucun sens dans l’univers. On s’attendrait presque à ce que l’héroïne elle-même s’écrit “Hé mais c’est Macaulay Culkins !”. Alors que dans son univers à elle, c’est juste un nouveau gars qu’elle n’a jamais rencontré.  Ca n’a aucun sens d’avoir crée de l’enjeu là-dessus. L’introduction des personnages est plus sobre. Moins de punchlines un peu nulles aussi parce que Dieu sait que je déteste ça.

Disclosure Day, la scène du cardinal

Alors oui, le film a des défauts que l’on pardonne ou pas. Exactement la conversation que l’on a eu sur Une bataille après l’autre en sortant du ciné avec mon mec . J’ai refusé l’histoire qu’on me racontait dans le film de Thomas S. Anderson essentiellement parce que j’ai pas aimé les personnages, notamment la vulgarité très agressive de Perfidia, le côté ridicule de Lockjaw et Bob. La fétichisation des actrices, aussi. Bref, ce film m’a plus dégoûtée qu’autre chose. Alors que les mêmes défauts dans Spielberg, ça passe. Déjà parce que Spielberg n’a pas l’air de se branler sur ses actrices quand il les filme. Alors qu’ici, l’actrice principale est quand même Emily Blunt qui est magnifique. Emily Blunt qui est absolument géniale ici et à qui le film doit beaucoup. Elle a vraiment une justesse dans les moments dramatiques, les actions ou les moments comiques, c’est parfait.

Emily Blunt dans Disclosure Day de Spielberg

Alors oui, on peut rigoler de la scène ou Daniel se “cache” sur un pré avec des ennemis certainement aveugles car comment vous pouvez rater un mec mesurant 1m85 au milieu d’un pré juste parce qu’il est vaguement accroupi derrière un rondin de bois ? Oui, on a vu certains trucs des dizaines de fois (la scène du train). Mais ça marche. En tout cas, ça marche pour moi. Peut-être par pure nostalgie. Nostalgie qui n’est pas volontairement appelée par Spielberg, c’est pas Stranger Things non plus. Mais ça m’a juste rappelé les films que j’aime bien. Sans pose prétentieuse, sans iconisation forcée. Sans punchlines qui sonnent faux ou violence et vulgarité gratuite façon HBO. Ca m’a fait du bien.

Spielberg dirige ses acteurs dans Disclosure Day

Alors voilà, ce film a divisé. Moi, j’ai choisi mon camp : celui qui a vraiment kiffé.

Nina

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