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Urgences : c’était mieux avant ?

De temps en temps, une vieille série poppe sur Netflix et je ne résiste pas toujours à la tentation. Par exemple, là, revoici Urgences, série qui a pas mal compté dans ma vie car c’était la seule série que nous regardions collégialement en famille. Je me souviens des lundi puis dimanche soirs où nous installions tous les quatre pour mater la série. Quand j’ai commencé à aller à la fac et que c’était le dimanche soir, je partais après le double épisode. Mais j’avais souvenir qu’Urgences, c’était surtout bien au début mais qu’après, tout le cast original avait disparu sauf Carter, l’ultime tôlier. Alors relançons Urgences pour voir si c’était si bien que ça.

Le casting original d'Urgences

L’histoire. Vous la connaissez sans doute mais au cas où, pour les plus jeunes d’entre vous : on va suivre la vie de médecins du Cook County, un hôpital à Chicago. Enfin, des jeunes médecins, des internes pour l’essentiel, qui vont connaître leur titularisation pendant la série. Beaucoup de drames, des histoires d’amour, des sortes de tranches de vie entre machines qui bippent. On a des médecins, des infirmières, des histoires de drogue, d’accouchement qui se finit bien ou mal, de vies sauvées ou celles où on n’a rien pu faire…

Un accouchement difficile dans Urgences

En rematant Urgences, j’ai découvert que j’avais une vision erronée des personnages. Plus précisément mes souvenirs des personnages pouvaient être fausses pour certains d’entre eux et des personnages que j’aimais bien me paraissent assez discutables alors que d’autres que j’avais trouvé sans intérêt se révélaient bien plus intéressants que ce que je pensais. Et c’est bien plus de cette expérience de revisionnage dont j’ai envie de parler que de la série en elle-même. Surtout que là, en vrai, j’en suis juste à la fin de la saison 3, le cast original est encore là à l’exception de Susan qui vient de partir donc je suis loin de pouvoir vous offrir une vue d’ensemble. Parlons plutôt de la confrontation entre nostalgie et revisionnage et ce que ça dit peut-être de moi.

Urgences, cast original

Parlons d’abord des personnages dont j’avais pas un super souvenir et qui étaient plutôt pire que ce que je pensais, à savoir Doug Ross et Peter Benton. Bon, Ross, ça va être vite fait. Il est assez mal écrit. C’est le beau gosse qui pense avec sa queue et qui sabote toute relation qui pourrait se révéler sérieuse. Il aime le sexe de façon quasi maladive, ça lui vient de son père qui est un sale type. Bref, un personnage qui manque “légèrement” de nuance incarné par un Clooney quand même bien bouffi. Ce qui colle avec son côté noceur “beaucoup d’alcool, peu de sommeil”. Il était néanmoins un peu plus sympa et humain dans mes souvenirs. Surtout son côté “indomptable” et ingérable, là, nous soufflâmes. Pour Benton, je me souvenais bien de son côté dur avec ses étudiants mais, là aussi, je pensais qu’il était un peu plus humain. Alors que c’est juste un connard égoïste, carriériste et légèrement manipulateur. Et je vais pas parler de ses relations avec les femmes qu’il traite super mal. Là, encore, petit souci d’écriture avec le personnage de Carla, j’ai pas bien compris ce que les scénaristes voulaient en faire. A part donner un enfant à Peter parce qu’on n’avait pas réussi à l’humaniser un peu avec la mort de sa mère.

Le cast original masculin d'Urgences

Passons maintenant aux personnages que j’aimais bien mais que finalement, ils sont pas si fous. D’abord Mark Greene. Dans mes souvenirs, Mark, c’était la droiture, la rigueur, un mec solide. Bon médecin, ok, mais… Bon, déjà, il est un peu lâche car il ne dit pas à Susan qu’il doit cosigner tous ses dossiers. Dans le privé, c’est pas la même salade. Passons sur son amitié un peu délétère avec Doug pour se concentrer sur ses relations amoureuses. C’est vraiment pas un mec que je recommanderais à une amie, par exemple. Il néglige totalement sa femme, nous donnant des scènes de type 

“Hé salut, je suis chaude ! 

– Ah non, chérie, pas ce soir, je suis trop fatigué parce que mon métier est la seule chose qui compte dans notre couple.”

Ensuite, après avoir pourri Doug et ses multiples relations (oui, c’est un connard), il en fait autant. Il passe de “j’ai eu qu’une femme dans ma vie” à “j’ai une femme par épisode et je n’en traite aucune correctement”. Et je ne parle pas de sa volonté de retenir Susan à la dernière seconde. J’en parle pas parce que je vais parler de Susan après.

Mark Greene dans Urgences

Ensuite, parlons de Carol Hathaway. J’ai été victime ici, certainement, du “elle est trop belle donc elle doit être super”. Pas du tout. C’est une personne plutôt horrible. Déjà, elle est jalouse de toutes les femmes qui réussissent mieux qu’elle. Elle décide, par exemple, de se lancer dans des études de médecine car elle est jalouse de Maggie Doyle. Elle pourrit un peu la vie de Jeanie, également, personnage le plus vertueux de toute la série. Parfois jusqu’à la rigidité. Carol n’est pas toujours très honnête dans ses sentiments mais surtout… Sa relation avec Shep, ça va pas du tout. Le mec est border day one, manifestement raciste. Comment il la conquiert ? En se battant avec un mec dans les couloirs des urgences. Bref, un personnage qui n’a pas un si bon fond, passe son temps à accuser les autres de ses propres échecs et a des goûts plus que discutables en matière de mec. Elle finira quand même avec celui qui l’a abandonnée alors qu’elle était enceinte de lui. Ce qui est censé être une happy end. 

Carol Hathawayn l'infirmière pas très gentille
Elle a trop une tête de mean girl sur cette photo

Maintenant, dans la catégorie personnages dont je me foutais ou que je n’aimais pas mais qui se révèlent plus intéressants que prévu, laissez-moi citer… Kerry Weaver. Alors, oui, elle est chiante. En fait, c’est un manager avec qui j’aurais du mal même si rien n’est gratuit non plus. Elle réorganise ce qui allait à vau-l’eau et essaie vraiment de pousser ses collaboratrices en avant. Car oui, Kerry est la meuf la plus sorore de la série. Elle veut servir de mentor à Susan puis Carol. On la découvre particulièrement humaine avec Jeanie. Elle a une soif d’apprendre inextinguible et est extrêmement curieuse. Elle aurait pu pousser Susan très loin, par exemple, si celle-ci avait été un peu ouverte. Mais Kerry a été prise en grippe dès le départ, on ne lui a laissé aucune chance de sympathiser avec l’équipe alors que sa relation avec Jeanie prouve qu’elle n’attendait que ça.

Kerry Weaver, un manager compliqué

Mais ma grande révélation fut Susan. Dans ma jeunesse, je regardais Urgences en français, là, je le regarde en sous-titré. Je suis assez sensible aux voix donc ça va peut-être expliquer. Pour moi, Susan, c’était la bonne copine rigolote. Avec sa voix suave en VO, elle prend une toute autre dimension. Déjà, j’ai compris une chose : c’était elle, l’héroïne de la série. Ca fait sens puisqu’au moment du tournage du pilote, Sherry Stringfield était le seul nom un peu connu avec Anthony Edwards qui avait joué dans Top Gun. Son apparition est très iconisée puisque, plusieurs fois, Mark demande à ce qu’on appelle le Dr Lewis. On l’aperçoit vaguement et puis soudain, elle est là, mise en scène dans toute sa beauté. D’ailleurs, les premiers mots qui lui sont adressés sont littéralement “Vous êtes très belle”. Oui, la subtilité, parfois… Quand on sait qu’initialement, Sherry Stringfield devait être la seule femme au casting principal, Julianna Margulies aka Carole Hathaway n’était pas censée survivre au premier épisode. Pas plus que Carter.

Susan Lewis dans Urgences

En fait, j’ai adoré découvrir Susan, dont j’avais assez peu de souvenirs à part l’histoire avec sa nièce et sa non relation amoureuse avec Mark. Médecin brillante mais un peu en doute, femme forte qui affronte de front une rupture un peu nulle et les pétages de plomb de sa soeur dysfonctionnelle. Elle est un soutien sans faille pour les autres, notamment Mark et Carter. Et je sens que les auteurs de la série avaient prévu tant pour elle mais que le départ de l’actrice a dû un peu tout précipiter. Par exemple, bien qu’elle soit belle et définie comme tel, elle n’a quasi aucune relation amoureuse durant son passage dans la série. Mais je reviendrai sur Susan dans un article à part parce que j’ai un truc à dire sur elle.

Susan, une héroïne moderne
Par contre, de mémoire, son retour était assez nul

Et puis nous avons Carter, que j’aimais bien même si le côté “gaffeur et malchanceux” du personnage autorise quelques facéties un peu faciles. En fait, Carter, comme Ross, a un pattern qui rend les intrigues le concernant un peu prévisibles. Il gaffe et puis tout à coup, il est sur une pente ascendante, tout va bien pour lui. Il prend la grosse tête et il va forcément se prendre une grosse claque. Car Carter n’a pas droit au péché ou au vice. A chaque fois, ça lui retombe dessus. Comme quand il se fait jeter par sa petite amie parce qu’il a voulu se faire mousser devant elle et qu’elle lui reproche son manque d’authenticité. Un mot sur Jeanie qui rejoint le cast principal à la saison : super douce, adorable mais un peu psychorigide. Surtout qu’elle a peu à peu intégré la série en étant la maîtresse de Peter alors qu’elle était mariée, ça me paraît pas être un exemple de vertu.

Un très jeune John Carter

Mais surtout, Urgences, c’est une série woke à une époque où ce mot n’existait pas et que personne ne s’étranglait quand un acteur ou une actrice noire était casté. Dans cet hôpital, la médecin cheffe en chirurgie est noire, l’un des chirurgiens les plus brillants aussi. Mais la couleur de peau est abordée régulièrement. A travers les remarques racistes de Shep ou Jerry, quand Shirley (Haley en VO, figurez-vous) demande à Peter de prendre un gamin noir sous son aile pour le sortir de la mauvaise pente. Quand Mark considère qu’il ne voit pas les couleurs des patients et que Shirley-Haley le regarde en soulevant un sourcil. Plus tard, on aura la question des relations interraciales entre une Asiatique chinoise et un homme noir. On aura une doctoresse d’origine indienne. L’inégalité des chances par rapport aux origines, tant raciales que sociales, est un sujet récurrent. La question du coût de la santé revient également régulièrement. Et le SIDA. C’est fou de regarder ça aujourd’hui et de se dire qu’il y a trente ans, c’était absolument central dans nos vies, dans nos rapports amoureux. Aujourd’hui, j’en entends plus du tout parler.

Jeanie Boulet

Urgences est une série qui parle des Humains, dans ce qu’ils ont de plus brut. A travers des histoires de corps en souffrance, on parle de pauvreté, d’inclusion ou d’exclusion, de violences conjugales ou de celle des cartels. Si les histoires sont fortement romancées et le trait parfois exagéré, n’en reste pas moins une série qui ferait sans doute hurler les “anti-wokes” aujourd’hui alors qu’à ma connaissance, elle n’avait vocation à rien. Juste raconter des histoires médicales. Et ça reste, à ce jour, la meilleure série sur le sujet. Oui, je n’ai jamais trop aimé Grey’s Anatomy, bien trop soap à mon goût. Sans parler du fait qu’elle a piqué quand même pas mal de trucs à Urgences. Genre le massacre à l’hôpital avec un personnage sous le lit ou le personnage qui n’a plus de visage après un accident de métro et en fait, c’était un médecin ! 

Urgences, casting original

Bref, j’avais aimé Urgences à l’époque et aujourd’hui… Bah, je comprends pourquoi. Malgré quelques facilités d’écriture, ça reste une série très efficace

Nina

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