J’ai envie de vous parler d’un roman qui m’a emballée de fou mais je ne suis pas sûre de savoir par quel bout prendre le truc donc… Je vais partir en écriture libre, on verra bien où ça nous conduit. Même si je lis souvent des dystopies, de temps en temps, j’aime sortir de ce genre et me laisser guider par le hasard des algorithmes ou des rayonnages de ma bibliothèque. C’est ainsi qu’en parcourant Nextory, je tombe sur Bien-être de Nathan Hill, un roman américain sur la crise de la quarantaine. Et mais je suis dans la quarantaine et en crise, voyons donc ça.

Un couple à la dérive
L’histoire. Chicago, dans les années 90. Jack a une petite habitude : observer sa jolie voisine de l’autre côté de la rue. Ce qu’il ignore, c’est que la voisine, Elisabeth, en fait autant. Ils se rencontrent un soir dans un bar et entament la conversation. Un mariage et un enfant plus tard, les voilà quadragénaires et ça ne roule plus si bien que ça entre eux. Si Jack s’accomode tout à fait de leur petite vie, Elisabeth étouffe et veut que les choses changent. Des chambres séparées, une excursion en club libertin. Il faut rallumer la flamme.

Un portrait d’une société à travers la petite histoire
Alors du coup, je suis quadra en crise mais pas celle-là, de crise. Même si, techniquement, mon mec et moi avons chacun notre chambre, aka nos bureaux respectifs mais on dort quand même ensemble dans la troisième chambre… Celle des chats. Bon, donc, c’est l’histoire d’un couple en crise, quelle originalité… Franchement, après les premiers chapitres qui racontent la rencontre d’Elisabeth et Jack, j’ai un peu soupiré. Oh non, c’est pas trop un thème qui me branche ça. Et pourtant, ce roman m’a emballée. Parce qu’il ne parle pas tant d’un couple que d’une société. Une société qui ne va pas très bien.

Des personnages très archétypaux mais…
Ce qui frappe dans ce roman, c’est son réalisme. Sa sincérité, j’ai envie de dire. Tout au long du roman, on va croiser des archétypes. De vrais archétypes. Il y a la perfect mom qui vit dans une belle maison avec son beau mari et est parfaite en tout, grosse adepte de la méthode Montessori ou équivalent. Très branchée valeurs familiales, surtout depuis qu’elle a découvert que son mec l’a trompée. On a également Lawrence, le père de Jack qui découvre Internet maladroitement. “Pour aller sur Facebook, il passe sur Yahoo où il recherche Google puis sur Google où il tape Facebook”. Néophyte, il va tomber dans tous les posts à engagement créés par des bots et virer totalement complotiste. On a le couple libertin, aussi… Bref, des clichés ? Oui mais ils sonnent tellement vrais et c’est ça qui est fou.

Mais ce roman parle de moi ou bien ?
Plusieurs fois dans le roman, ce qui était raconté raisonnait tellement avec ma vie. J’en ai déjà fait un article sur le mode d’emploi. Comment Jack tombe aussi totalement dans le sport à un moment avec une sorte d’appli et de communauté en ligne. Tellement mon manque de mesure quand un truc me plaît. Ok, j’ai pas l’appli mais j’ai acheté de la whey, quand même. Que j’ai quasi jamais le temps de boire parce que je m’hydrate au thé et à la tisane, essentiellement. Tout un tas de passages qui me font m’identifier aux personnages. Quand Elisabeth se sent un peu nulle par rapport à Brandie, la perfect mom, on connaît tous cette sensation. Même le passage dans le club libertin entre un couple expérimenté et un couple débutant… J’ai jamais vécu ça mais tout me paraissait si vrai, j’étais à la limite de m’exclamer “c’est tellement ça”. Alors que j’en sais rien…

Des personnages imparfaits mais attachants
Le tour de force de Bien-être, je dirais, c’est de créer un sentiment d’empathie avec des personnages somme toute détestables. Jack et Elisabeth ont des défauts. Lui est plutôt mou et nonchalant, elle assez égoïste et très péremptoire. Franchement, j’aurais eu la fiche personnage avant de me lancer, j’aurais dit non direct. Et pourtant, Nathan Hill arrive à créer de l’empathie pour eux. Sans doute parce que son livre oscille entre les époques pour nous expliquer qui sont Jack et Elisabeth et ce qui les a conduit à être ce qu’ils sont. Des gens imparfaits mais pas méchants. On sent un amour sincère entre eux mais leur couple dérive petit à petit à cause de détails, de non-dits. Parce que tout le monde joue un rôle, imaginant donner à l’autre ce qu’il attend.

Un roman un peu patchwork
Ce qui m’a particulièrement fascinée dans Bien-être, c’est le côté patchwork. On rentre dans le roman sans trop vraiment savoir ce qu’il va nous raconter. Oui, ok, l’histoire d’un couple qui ne s’aime plus comme au premier jour mais ça veut tout et rien dire. On avance dans les chapitres et j’ai l’impression que Nathan Hill a glissé là des anecdotes, des scènes imaginées. Jack fait de la muscu, Elisabeth se sent nulle face à une maman parfaite. Ils se préparent à vivre dans un appartement dans un immeuble qui était autrefois une usine, nous parlant de la gentrification de Chicago. Et puis on repart dans les années 90. Et même avant, quand Elisabeth et Jack étaient enfants. Lui, fils de propriétaire terrien de la région des prairies, elle rejetonne d’un mec friqué et égocentrique. Et puis il y a le travail d’Elisabeth à la clinique du bien-être. Les photos et oeuvres de Jack.

Tout n’est question que de placebo
Bref, tout ça constitue un imbroglio fort sympathique mais je ne m’attendais pas à voir une convergence. Et pourtant. Tout ce qui semble relever de l’anecdote constitue un puzzle qui nous amène vers une conclusion logique. Les différentes histoires ne sont là que pour nourrir la fin. Nous faire comprendre les décisions d’Elisabeth et Jack. Et puis, en point d’orgue pour moi, il y a toute l’histoire autour du travail d’Elisabeth, psychologue qui gère la clinique du bien-être. Clinique qui soigne à peu près tout et n’importe quoi… Grâce à la vertu du placebo. Ce qui est la question de fond du roman : Elisabeth et Jack sont-ils réellement amoureux l’un de l’autre ou leur relation n’est qu’un placebo pour leur maux de l’âme ? Question qui vaut pour toutes les relations amoureuses, finalement. Et sans doute amicales.

Massif coup de coeur
Bref, j’ai été emballée par ce roman. Essentiellement parce qu’il dispose de la meilleure qualité pour moi pour toute oeuvre de fiction : la sincérité. En fouillant un peu pour savoir qui était Nathan Hill, j’ai découvert qu’il avait écrit un premier roman avant Bien-être. Et bien, il va falloir que je me procure ça au plus vite.