De temps en temps, je lance Netflix pour mater une nouvelle série. Assez rare ces derniers temps mais j’ai parfois envie de légèreté. Ah tiens, une télénovela un peu sexy “Entre père et fils” avec une jeune femme qui oscille entre un père et son fils. Carla Bruni, la télénovela, un peu. Sauf que chaque épisode fait 8 minutes. Ce qui peut la rendre potentiellement drôle mais qui m’interroge. Dans l’économie du temps, nous voici avec des séries réduites à leur strict minimum. Tant pis pour la narratologie.

On a pas le temps d’installer une ambiance
L’histoire : Barbara est en couple avec Alvaro qui décide de l’installer à domicile. Sauf que Barbara découvre que la belle-famille, c’est compliqué. Elle se retrouve à vivre avec sa belle-mère qui ne veut pas d’elle car la première femme d’Alvaro a disparu mais sans doute va-t-elle revenir, une belle-fille qui ne veut pas de remplaçante à sa mère. Mais surtout un beau-fils muy caliente. Et d’ailleurs, dès leur première rencontre, ça se roule une pelle dans le plus grand des calmes.

Trop de trucs pour pas assez de temps
Donc là, on a une base pour une télénovela classique et riche. Un triangle amoureux, de la rivalité, un mystère… Une galerie de personnages. Y a aussi une tante et une meilleure amie du fils qui traîne. Bref, du classique sauf que chaque épisode fait 8 à 10 minutes et la première saison tient en une vingtaine d’épisodes. Question : comment raconter une histoire riche avec plein de sous-intrigues en trois heures ? On peut pas !

Un éternel « previously »
Quand j’ai lancé la série, je n’ai pas fait attention à la durée des épisodes. J’ai lancé ça un peu en fond en faisant autre chose. J’appuie sur lecture et les micro-scènes se succèdent pour me raconter une histoire. Je fronce les sourcils. Je me suis sans doute trompée et ai lancée la saison deux et là, c’est l’espèce d’épisode récap. Je vérifie : saison 01, épisode 01. Mais je comprends pas pourquoi ce premier épisode ressemble à un “previously”. La réponse était : voici un nouveau style de série où on rushe tout parce qu’on n’a pas le temps.

S’installer chez un mec dont on ne sait rien
Ce qui crée des scènes assez cocasses. Barbara va donc rencontrer Iker, le fils muy caliente d’Alvaro donc elle ne semblait pas trop connaître l’existence. Juste rappel : Alvaro est un homme dont la première femme a disparu et toi, tu t’installes chez lui sans même trop savoir combien d’enfants il a ? Je ne veux pas te dicter ta conduite Barbara mais il semble que cet emménagement est un peu précipité, tout de même. En plus, la moitié de la famille semble vouloir ta mort parce qu’ils préfèrent la disparue. Barre-toi ?

Bonjour, je sais pas qui tu es mais je t’embrasse
Donc bon, déjà, l’emménagement n’est pas ouf. Barbara se promène dans le domaine, l’immense domaine, devrais-je dire, et trouve un cheval. Alors qu’elle s’extasie dessus parce qu’il est bien beau, apparaît Iker. Et là, je vous jure, ils s’échangent deux lignes de dialogue un peu random et Iker embrasse Barbara parce qu’il la trouve trop belle. Ah oui donc en plus de se sentir mal accueillie dans sa famille, elle subit une agression sexuelle, sympa la belle-famille. Ah… attendez… Ah, non, elle est un peu embêtée mais surtout très troublée. Et bah, écoutez…

Tu ne peux pas décrocher sinon, tu rates tout
Et ça déroule, ça déroule. Tout ressemble à un “previously”, les intrigues sont débitées à un rythme effréné, Barb’ et Iker couchent ensemble après quatre lignes de dialogue, en comptant les deux du cheval. Vraiment, ça fait “Non mais je ne peux pas tromper ton père avec toi… Oh et puis si”. Ok, Barb’, tu veux pas juste résister trois minutes de plus ? Ah ben non, trois minutes, c’est presque la moitié d’un épisode. Parallèlement, la relation entre Alvaro et Barbara se dégrade vitesse Grand V. En fait, tu ne peux pas quitter ton écran des yeux sinon tu rates deux intrigues. Et j’ai du mal à comprendre la stratégie autour de cette série.

Des spectateurs peu attentifs et qui n’ont pas le temps
Depuis quelques années, Netflix semble être le symptôme d’une génération qui n’a pas le temps. Pas le temps de se consacrer à une série, j’entends. La plateforme a ajouté la possibilité de regarder une série en lecture accélérée. Et comme elle sait que son public fait autre chose en même temps, elle simplifie ses scénarios et fait répéter des trucs un peu obvious aux personnages pour être sûr qu’à un moment, le spectateur comprend bien les enjeux. Je plaide coupable sur la partie “regarder en faisant autre chose”. Des fois, même, le verbe “regarder” n’est pas le plus adéquat, je devrais dire “écouter”. Ce que j’aimais bien à une époque sur des remontage de Plus belle la vie où j’y voyais des fictions audio tout à fait correctes. Surtout que le feuilletonnage imposait que l’on nomme souvent son interlocuteur donc parfait pour écouter plus que regarder.

Pas le droit de décrocher deux secondes
Entre père et fils s’inscrit donc bien dans cette économie du temps où tout doit aller vite parce qu’on voudrait tout voir. Mais je trouve qu’on décroche totalement du “et on fait quelque chose en même temps”. Entre père et fils a l’avantage, il faut le dire, de ne pas allonger la sauce inutilement. Je me plaignais dans les temps des télénovela ancienne génération en soulignant qu’on se noie dans les intrigues secondaires sans intérêt où des personnages dont on se moque font des trucs sans intérêt. Entre père et fils a supprimé tout ça. Mais il a aussi supprimé la base de la narratologie : créer de l’empathie pour les personnages.

Je suis censée avoir de l’empathie
Pour créer de l’empathie pour les personnages, ce n’est pas bien compliqué… Enfin, si, c’est compliqué mais imaginons une recette simple. Pour compatir avec qui que ce soit, dans la vraie vie ou en fiction, je dois comprendre ce que ressent le personnage. Tu veux que je compatisse avec sa tristesse ? Bah mets-la en scène. Là, on n’a pas le temps pour poser les sentiments. On doit les deviner. Ce qui crée des situations absurdes où Barb’ a la culotte toute mouillée dès qu’elle voit un mec dont les seules caractéristiques sont “fils de ton fiancé, possède un joli cheval”. Ouais, je comprends, moi aussi, je craquerais trop.

C’est quoi les enjeux ?
Je ne suis pas allée au bout de la série. Parce que j’en avais strictement rien à faire de leurs histoires. Et que j’en ratais la moitié parce que je faisais autre chose. Pardon mais qui regarde des télénovelas en étant parfaitement focus ? A trop vouloir faire vite, on rate sa narration. Les personnages ne sont que des coquilles vides. Des jouets que l’on place ici ou là sans chercher à les caractériser. Qui est Barbara ? Officiellement une avocate, officieusement une meuf qui se balade d’endroits en endroits pour déclencher des dialogues. Le mystère autour de la mère disparue ? On s’en souvient au besoin mais sinon, non. Tout est à l’avenant. Du coup, on ne comprend pas ce qui se joue, ce que l’on nous veut.

Une fiction entre la météo et les infos
Et à la limite, ce format me paraît intéressant. Ca fait un peu toutes ces mini-séries que l’on a entre les infos et la météo ou un truc qu’on pourrait écouter à la radio. Ca, ça me plairait bien, tiens. J’aime les fictions audio et je n’en écoute clairement pas assez. Il y en a une, L’appel des abysses, ça fait des années que j’essaie de l’écouter mais le son n’est pas toujours terrible et vu que je fais toujours autre chose en même temps… Peut-être en combinant écoute et PowerPoint Art, par exemple, ça pourrait marcher… Surtout que j’ai mes prothèses auditives depuis et que le son ne devrait plus trop être un problème. Mmm…

Les histoires courtes peuvent marcher en étant bien écrites
Bref, moralité ? On est allés trop loin dans l’économie du temps avec Entre Père et fils. A ma connaissance, aucune saison 2 n’est prévue. J’espère que si ce format est retesté, ce sera avec quelque chose de mieux écrit et mieux pensé. Je pense qu’on peut faire quelque chose d’efficace sur un temps court, à condition de choisir judicieusement ce que l’on sacrifie. Parce que là, l’histoire aurait été mieux traitée en film. L’économie du temps ne signifie pas sacrifier la narratologie. Raconter une histoire, ce n’est pas une question de minutes mais d’immersion du spectateur. A priori, ce serait un format semblable à des “drama stories” en vogue sur Tiktok ? Et bien, encore une vague que je ne prendrai pas.

Une envie de fiction audio
En tout cas, tout ça m’a donné envie d’écouter des fictions audio. Reste à savoir en quel temps parce que j’ai tellement oeuvré pour occuper mon chômage que j’ai même pas le temps de jouer aux jeux vidéos que mon mec a téléchargé sur sa console Steam.
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