Youhou. Je sais pas vous mais moi, quand on me parle de comédie musicale, j’ai le coeur plein d’entrain. Des scènes dansées, des chants entraînants. Alors même que ma comédie musicale pref’, c’est Starmania où à la fin, tout le monde meurt ou à peu près. Même si, selon l’aveu même de ses auteurs, Starmania est censé être une comédie. D’où les Johnny Rockfort ou les Stella Spotlight. Un peu la malédiction de Shakespeare qui écrivait des comédies qui sont devenues, depuis, des drames shakespeariens. Oh damn ! Bref, en lançant Annette, j’étais un peu dans un mood “allez, une comédie musicale, youpi”. Surtout que la musique d’ouverture de The sharks est vraiment entraînante. Et j’ai pris une claque.

Un couple à qui tout semblait sourire
L’histoire. Anne et Henry sont un couple en vue. Elle, cantatrice, lui, acteur de stand-up. Ils sont jeunes, ils sont beaux, ils chantent leur passion dans une forêt avant d’aller faire l’amour dans leur maison d’architecte. Très rapidement, ils se marient et Anne tombe enceinte, tout ça sous les flash des paparazzis très enthousiastes à l’idée de ce couple assez original. Anne accouche d’une petite fille Annette, dans la joie et les rires. Mais le bonheur ne dure jamais. Rapidement, Henry est accusé par plusieurs femmes de violences et Anne commence à douter. Pour se rabibocher, la petite famille part en mer. Mais un soir de tempête, Henry devient ingérable et Anne est emportée par la houle. Henry ne peut la sauver car il doit s’occuper d’Annette. Le bébé récupère le don de sa mère pour le chant. Une malédiction d’Anne pour Henry. Le bébé va devenir une sorte de star planétaire. Jusqu’à ce que…

J’aimais bien les chansons
D’Annette, je connaissais deux chansons avant de voir le film. So may we start, la chanson d’intro, donc, et We love each other so much. Fun fact (ou pas). J’adore cette chanson qui est dans ma playlist et je l’associe tellement à Adam Driver que lorsque j’ai envisagé de mater Megalopolis, je l’associais à cette chanson alors que ce n’est pas du tout le même film. Comme je le disais en intro, So may we start est une chanson plutôt entraînante et Annette nous offre une ouverture dynamique avec des acteurs souriants, ça sent la bonne humeur. Alors forcément, moi, j’étais pas prête à découvrir qu’Annette, en fait, c’est juste une banale histoire de violence conjugale qui finit mal. Oui, je ne me renseigne pas toujours avant de regarder un film.

Une marionnette qui vole
Autre point qui m’a fait buguer “parce que je n’étais pas au courant” : Annette. Donc c’est la naissance de l’enfant aimé, une scène d’accouchement plutôt chouette avec une Anne qui rit des pitreries d’Henry. On sent l’amour entre eux et Annette est accueillie par des parents aimants. C’est mignon mais… attendez… Il est chelou ce bébé. Pourquoi je vois ses articulations façon marionnette. Oui, ok, le fait que son coeur fasse de la lumière, j’ai compris que ce n’était pas un vrai bébé. Mais c’est hyper grossier, c’est fou qu’ils aient laissé ça au montage. Mais… Annette est une marionnette tout le long du film en fait ? Quoi ? Une marionnette qui vole, d’ailleurs, lors d’une représentation sur scène mais passons.

J’ai un peu peur des marionnettes…
Je dois parler de cette marionnette car sur le coup, elle m’a un peu trauma. C’est l’heure de reparler de la Vallée de l’étrange. La Vallée de l’étrange, c’est ce sentiment quand on voit une créature humanoïde qui possède une apparence proche de l’être humain mais dont les quelques dissemblances créent un sentiment de malaise, un dérangement. A peu près ce que j’ai ressenti avec Bébé Annette. Parce que je n’ai pas compris le projet jusqu’à la dernière scène où tout s’éclaire. J’avais compris que le fait que l’enfant soit une marionnette était un parti-pris assumé, ses articulations étaient trop évidentes pour que ce soit juste “mal fait”. Et j’ai eu une pensée pour Twilight que je n’ai jamais vu mais dont j’ai beaucoup entendu parlé à cause du bébé flippant que Bella pond dans l’un des derniers films*. Film que je ne verrai jamais parce que je sais que le dos de Bella se brise, ainsi que ses genoux, et vraiment, je suis pas prête à ça. Ni qu’un mec d’une vingtaine d’années tombe amoureux d’un bébé qui fait peur. Non, non.

Comédie musicale ou opéra ?
J’ai donc regardé Annette avec curiosité, cherchant à comprendre. Globalement, j’ai aimé, hein. Même si je ne captais pas tous les délires, ceux qui s’éclairent à la fin, dans la dernière confrontation entre Henry et Annette. Déjà, Annette a des airs d’opéra. Littéralement à travers le personnage d’Anne qui est chanteuse d’opéra. Le film use du foreshadowing pour nous annoncer son destin funeste, d’ailleurs. Dans un sketch d’Henry qui explique que sa femme, en tant que chanteuse d’opéra, passe son temps à mourir dans les opéras qu’elle joue. Mourir, mourir puis saluer. Il reprend cette litanie lors de sa dernière danse avec Anne, d’ailleurs. Il y a aussi la scène où ils chantent We love each other so much où Henry avance, mains brandies, vers le cou d’une Anne qui paraît particulièrement frêle. Puis nous avons droit à tout un tas de créatures d’opéra comme le fantôme vengeur, les arie ou encore la justice dans une grande scène assez terrible. Il y a aussi le combat tragique avec un rival.

Une réflexion sur la starisation
Le côté comédie musicale se ressent plus dans les moments légers de musique, notamment autour de la chanson We know each other so much qui a droit à une reprise. Il y a également les moments “paparazzades / fresh news”, que j’ai trouvé assez amusants dans leur mise en scène. Il y a aussi une critique, évidemment, du phénomène de starisation. Anne est toujours présentée comme fragile, à la merci d’un Henry qui n’apparaît pas vraiment sous un jour très positif et ce, dès le départ. Je veux dire son stand-up est… argh, légèrement gênant. Bon, déjà, ce n’est pas drôle mais c’est ma subjectivité qui parle. Même si je suis à peu près persuadée que c’est l’effet recherché. Henry débite des trucs plutôt agressifs ou dépressifs sous les acclamations d’un public hilare. Mmm. Finalement, on en revient à l’opéra avec ces personnages en pleine tragédie livrés à un public qui en redemande.

Maquiller un drame ordinaire, raconter l’horreur autrement
Forcément, la mise en scène d’un drame finalement commun me fait penser à une autre oeuvre. A savoir Twin Peaks. Twin Peaks, on enlève toute la partie un peu mystique, c’est juste l’histoire d’une ado incestée par son père qui finit par comprendre ce qu’il lui arrive alors qu’elle s’éveille elle-même à la sexualité. Le tout sous le regard volontairement aveugle de sa mère. Le fait que la mère soit potentiellement au courant reste le plus grand sujet à interprétation de la série. Elle s’évanouit dans le premier épisode en apercevant Killer Bob dans un miroir… ce qui n’était pas vraiment prévu vu que le fameux Bob vu dans le miroir était un accessoiriste et qu’il s’agissait d’un faux raccord. Elle s’évanouit par la suite quand Killer Bob tue Maddie, rêvant d’un cheval blanc. Enfin, dans le film Fire walk with me, elle ne réagit pas à la crise de panique de sa fille quand celle-ci comprend que son violeur est en fait son propre père.

Les mêmes drames racontés différemment
N’est-ce pas le rôle du cinéma de nous proposer ce genre d’oeuvres, justement ? Proposer une forme alternative pour nous raconter des histoires dures. Ca n’empêche pas de passer à côté du message ou de l’horreur d’une situation mais ça permet de l’aborder sans les oripeaux du film “drame humain” qui peut parfois rebuter. Moi, ça me rebute, souvent. Alors du coup, est-ce que j’ai aimé Annette ? Oui. Et j’avais même plus peur de la marionnette à la fin puisque j’ai compris le parti pris du réal.

*Ah pardon, je découvre qu’en fait, ils ont pas gardé l’animatronic flippant, ils ont juste mis des CGI moches sur un bébé, ça va.