Il y a une sensation que je n’aime pas. Celle d’être passée à côté de quelque chose. Fin janvier, Victor et moi mettons le cap vers le cinéma pour le festival Télérama qui rediffuse ses films pref’ de 2024. Sirât, Un simple accident, vu et vu. Ah, Une simple bataille. On l’avait raté, Victor étant moyen chaud. Mais à force d’en entendre du bien… Presque 3h plus tard, générique de fin. Victor “C’était génial !”. Moi : “j’ai pas aimé”. Oups.

Une histoire d’activistes vénères
Pour les trois du fond qui n’auraient pas entendu parler du film, petit résumé. Aux États-Unis, un groupe d’activistes s’en prennent à des lieux de pouvoir comme les banques ou des tribunaux ou des lieux de détention de clandestins. Le film commence justement sur l’attaque d’un centre de détention. On découvre à cette occasion trois des protagonistes principaux. Perfidia Beverly Hills, figure de proue du mouvement, Ghetto Pat, l’artificier, et le colonel Lowjack.

Une héroïne qui disparaît
Le temps passe, Pat et Perfidia sont en pleine love story mais ‘le colonel Lowjack, obsédé par Perfidia, les suit à la trace. Jusqu’à passer un moment intime avec elle. Bref, Perfidia et Pat ont un enfant, Perfidia vit mal le fait que Pat soit plus préoccupé par leur fille que par elle. Péripétie, péripétie, Perfidia disparaît du tableau, Pat et sa fille doivent fuir.

Sauver une gamine qui ne sait pas d’où elle sort
17 ans plus tard, Lowjack est contacté pour intégrer un groupe white suprémaciste. Il décide donc de retrouver Pat et sa fille pour clore de vieux dossiers. A partir de là, Pat est séparé de sa fille et s’engage dans une course-poursuite pour la retrouver.

Listons les points positifs
Alors on va souligner quelques points positifs tout de même. Je ne vais pas prétendre que c’était une purge. J’ai bien aimé tout le travail de réalisation et la photographie mais bon, on parle de Paul Thomas Anderson, c’est un minimum. J’ai également beaucoup aimé les personnages de Willa et de Sensei Sergio, Deandra aussi. Bref, plutôt les personnages secondaires alors que c’est carrément sur eux qu’on aurait dû faire le film. Autre point positif, Anderson joue assez bien avec les codes du film de poursuite et s’amuse à nous faire croire à une conclusion plus rapide que ce qu’elle n’a été, jouant bien ses rebondissements. En fait, toute la partie de course-poursuite est pas mal même si y a quand même des incohérences assez difficiles à avaler.

Un personnage qui t’horripile d’entrée de jeu
Et voilà le coeur de l’histoire, analysé par Victor. En sortant du film, j’ai soupiré pendant dix minutes sur l’infinie liste des incohérences du long-métrage, ce à quoi Victor me répondit “oui, ok, c’est abusé mais moi, je l’ai accepté parce que j’ai accepté de rentrer dans le film”. Oui. Et moi pas. Point intéressant, creusons un peu. Pourquoi je n’ai pas embarqué dans le film ? En général, un film qui m’agace, c’est parce qu’il y a un point de rupture. Et dans Une bataille après l’autre, malheureusement, il est arrivé quasi à la première scène. Mon problème, c’est Perfidia Beverly Hills. Et plus précisément la façon dont le personnage est écrit. Oh, encore une meuf écrite par un mec. Oups.

Un personnage effroyable malgré l’a priori positif que j’ai sur l’actrice
Clairement, ce personnage est raté. Et ce n’est pas la faute de son interprète. J’avais un petit à priori positif sur Teyana Taylor. Je ne la connaissais pas vraiment. A dire vrai, je l’avais découverte totalement par hasard sur un show Vogue night et j’aimais bien l’énergie qu’elle dégageait. Après, je l’avais trouvée très émouvante lors de son discours aux Golden Globes. J’espère même qu’elle va gagner l’Oscar. Même si j’ai pas aimé son personnage. Déjà parce que j’ai pas vu les autres films nominés dans cette catégorie mais surtout, je reconnais que cette actrice joue très bien un personnage mal écrit. Et fétichisé de façon un peu gênante. Le film commence, on voit une femme marcher sur un trottoir le long d’une route. On ne sait pas encore qui elle est mais on voit qu’elle est moulée dans un jean qui lui va très bien. Ok. On découvre vite qu’elle est activiste. Un coup se prépare, elle échange deux mots avec Pat. Jusque là, rien à signaler.

Les guerrières glamour
Et puis arrive la première attaque. Les activistes arrivent sur le camp de détention et elle braque un vigile en lui disant “mets-toi à genou comme si t’allais sucer une queue”. Quoi ? Je tique un peu. Pourquoi cette vulgarité totalement gratuite ? Mais la suite va vous surprendre. Elle tombe sur le chef du camp, le fameux Lowjack. Elle lui pique flingue et casquette puis le braque en lui demandant de bander. Quoi ? Oui. Et il n’y a aucune ambiguité là-dessus, hein, vu qu’on voit Lowjack en garde-à-vous quelques secondes plus tard. Qu’est-ce que… Bon, par la suite, Perfidia est quand même pas mal fétichisée, notamment la scène de la mitraillette alors qu’elle est enceinte. Légère fétichisation sur Jungle Pussy (un doute sur son pseudo) marchant en mini-jupe sur le comptoir d’une banque. Alerte male gaze. Heureusement, ils nous l’ont épargné sur Willa. D’ailleurs, fun fact, mes deux personnages féminins préférés sont donc Deandra et Willa qui ne bénéficient pas de cette glamorisation de la guerrière.

Lassée par le male gaze
Bref, à partir de la deuxième scène, je suis saoulée. Certes, juste avant la séance, j’étais en pleine rédaction d’un article râlant sur le monde de l’édition qui publie des vieux mecs blancs qui chouinent sur un temps d’avant qui n’a jamais existé. Genre “oh non, on ne peut plus regarder les femmes sans finir en prison, quelle vie”. Oh, ta gueule. Bref, j’étais peut-être pas dans un mood de tolérance vis-à-vis du male gaze. Peut-être parce que je trouve un peu dommage que des personnages féminins forts en soient réduits à un physique irrésistible qui dicte leur destinée.

Youpi, je suis pas la seule à ne pas avoir aimé
Et je ne suis pas la seule. Troublée par mon agacement pour le film, je suis allée voir des critiques en ligne. Histoire de voir si j’étais juste dans un très mauvais jour, ce qu’il ne me semblait pas, ou… Ah ben non, je ne suis pas la seule. “Vulgaire”, “du sous-Tarantino”. Ah ben déjà que j’aime pas Tarantino… Bande-son effroyables, acteurs en surjeu total, scénario improbable, comédie même pas drôle. Le mieux,c ‘est que j’ai vu des avis qui se plaignaient du côté manichéen qui surcaricature les néofachos en militaires débiles et d’autres qui regrettent la caricature des activistes d’ultra-gauche qui ne seraient que des baiseurs toujours défoncés.

Tout le monde est caricaturé, pas de jaloux
Et peut-être que oui, j’ai été profondément agacée par le manque de nuance. Des deux côtés. Parce que oui, c’est vraiment ados attardés contre gros teubés. J’accepterais ça d’une histoire écrite par une jeune personne qui écrit une histoire de lutte sans avoir rencontré personne d’impliqué dans la moindre lutte. Mais là, bon Dieu, c’est un film tellement immature. Quasi trois heures parce qu’un réal rêvait de réaliser une courte poursuite, c’est peut-être un peu trop, non ? Non parce que je l’ai pas encore dit mais c’est tellement long. Surtout la fin, ça n’en finit pas d’en finir. Avec, évidemment, le classico du méchant immortel. Mais ce qui m’emmerde, c’est pas tant la caricature de gauchos chauds de l’entrejambe, c’est plus le ridicule des ennemies néofachos. Avec le classique “han, c’est un raciste qui kiffe les Noires, lolilol”. Ca m’énerve parce que faire passer pour des bouffons des gens intrinsèquement dangereux, ça nous donne des Trump dont tout le monde se moque mais hé, il a la bombe nucléaire, hihi.

Bon, bah, j’ai pas compris la hype
Bref, j’ai pas aimé. Ce qui ne serait pas si grave si je n’avais pas la sensation d’être totalement passé à côté du truc. Après, au pire, j’aurai juste pas aimé le film qui aura tout raflé aux Oscars. Cependant, pour une fois que je l’ai vu…