J’avais parlé, il y a quelques temps, de montagne comme décor de fiction. Ah, que la montagne est belle. Vous allez me dire : mais tu t’y connais toi en vieilles chansons un peu random vu que tu en as citées deux en trois lignes. La ref’ du titre. Oui, c’est vrai. Mais bon, la montagne et l’île ont des caractéristiques parfaites puisque leur particularité géographique peut en faire de gigantesques lieux de huis clos, avec ses propres rites. Et permettre au real’ de la fiction ou au dessinateur de la BD de nous offrir quelques paysages époustouflants. Pratique. Donc aujourd’hui, embarquons pour une île.

Un décor d’enfer au paradis
Évidemment, quand on dit île, on pense mystère et trésor. Je vous dis fiction sur une île, il y a des chances que j’obtienne Lost, Sa majesté des mouches ou Robinson Crusoé. Ici, l’île est l’alpha et l’oméga du personnage. Unique décor de la fiction, elle fournit à la fois les moyens de subsistance du personnage et ce qui peut potentiellement le tuer. Même si le danger n’est pas toujours naturel… Ces fictions proposent généralement de longues scènes d’exploration avec fortes descriptions d’une nature vierge et luxuriante. Le pitch pourrait presque se résumer à “c’est l’Enfer au Paradis”. De nombreuses fictions détournent plus ou moins les fictions précitées, comme Seul au monde où l’effroyable I-Land. Je me demande si un des trois-mille suites/spin-off de The walking dead n’en contient pas une, aussi. Notamment celle où, à un moment, ils sont sur un bateau.

Île, refuge ou lieu d’aventure
L’île peut aussi être une promesse de survie. C’est le cas des fictions de naufrages précitées mais je pense aussi à Waterworld où une île mythique serait la Terre promise, les seules terres émergées. Les îles, en fiction, sont souvent mystérieuses voire carrément mythiques. L’une des plus vieilles légendes, ça reste l’Atlantide. Et on touche là la raison, peut-être, de cette aura mystérieuse des îles. Dans l’Odyssée, alors qu’Ulysse erre sur les mers sans retrouver la route pour chez lui, il accoste sur plusieurs îles, empreintes de magie. Il y a celle de la nymphe Calypso où il est retenu prisonnier, celle de Circé où ses compagnons sont transformés en porcs. La terrifiante île des Cyclopes. La mythologie aussi regorge d’îles étranges. Des îles qui existent dans la vraie vie (la Crête) mais peuplées de créatures effrayantes (le Minotaure). Et ce n’est pas étonnant que les récits mythologiques débordent de toutes ces îles. On parle de civilisations tournées vers la mer, qui se développent que le pourtour méditerranéen. Les îles, ce sont leur Eldorado.

Des îles à l’aura mystique
Et les îles de Méditerranée conservent, dans certaines fictions, un caractère un peu mystique. Comme dans le Comte de Monte Cristo où Edmond va passer d’une île bagne à une île déserte qu’il va transformer en Palais mystérieux. Tout le passage de Frantz sur l’île de Monte Cristo m’a évoqué les mythologies précédentes… ainsi que le repas de Perceval dans le palais du Roi pêcheur mais ça m’intéresse moins pour cet article. A noter également que dans la légende arthurienne, on retrouve une île mystérieuse, celle d’Avalon.

Décor parfait pour huis-clos chic
Mais les îles, ce sont aussi de merveilleux décors pour des huis clos. Plutôt entre gens riches. J’ai récemment évoqué les îles des riches Américains comme dans Un couple parfait ou Sirens. Je rajoute à mon paquet de cartes “L’origine du mal”, film un peu nul qui se passe à Port-Cros ou encore Glass Onion avec une île privée d’un milliardaire concon. Dans le roman La vie secrète des écrivains de Guillaume Musso, on a aussi une île qui cache ses mystères. Pratique Musso, pour étudier les archétypes. J’ai pas lu le roman mais la BD adaptée est jolie. Je rajoute à la pile de cartes « La dernière rose de l’été » où, même si l’action se passe dans un estuaire non nommé, le héros prend un ferry et le village a des airs d’île avec ses petits drames et ce côté « tout le monde se connaît et les jeunes s’ennuient ». Après, oui, il y a un ferry qui relie Le Verdon à Royan pas loin de chez moi donc bon…


On ne peut pas s’échapper
Évidemment, peut-on parler d’une île huis clos sans évoquer Ils étaient dix d’Agatha Christie ? L’archétype même de l’île huis clos. Car les îles offrent, pour l’écrivain, un avantage certain : on ne peut pas s’échapper. Et si on tente de le faire, on risque la mort. Soit en se noyant, soit en se déchiquetant sur des falaises. Éventuellement en se faisant boulotter par un requin. Vous êtes à la merci des éléments… et des horaires de la navette qui vous ramènera sur le continent. Ainsi, l’île est un lieu parfait pour une Battle royale… ou pour installer une communauté protégée des zombies, comme dans 28 ans plus tard.

Tu n’es pas le bienvenu, étranger
Bref, l’île, comme la montagne, sont des décors parfaits pour des fictions de par leur particularité géologique. Si l’île joue un peu plus la carte du Paradis perdu, il existe quelques îles sombres et terrifiantes dans la fiction aussi. Souvent le berceau de monstres comme les Cyclopes ou le Minotaure, sus-cités mais aussi de King Kong ou de créatures cauchemardesques créées par un savant fou (L’île du Docteur Moreau). Les îles sont souvent des lieux où les nouveaux venus sont finalement peu tolérés. Que ce soit des îles mystérieuses, des îles peuplées de monstres ou juste le repère de quelques socialites, le nouveau venu, l’anomalie, risque de ne jamais repartir. Croqué par une effroyable créature ou tué par un bourgeois qui voulait cacher son secret ou quelque chose dans ce goût-là. Je n’ai pas parlé des îles pirates avec leur fantastique trésor trouvé, en général, après avoir évité mille pièges. Y a un double épisode de GTO assez marrant sur le sujet.

Un espace à part
D’ailleurs les îles servent souvent de base presque secrète de justiciers de tout type. Genre les Thunderbirds ou dans Goldorak U qui est nuuuuul, au passage. Parce que ces petites îles sont faciles à créer en fiction. Des petits bouts de terre de quelques hectares qui poppent à droite, à gauche, qui irait nous reprocher d’avoir inventé une terre ? Même si, avec la montée des eaux, les îles, dans 20 ou 30 ans, y en aura plus. Pour terminer, les îles sont réputées pour avoir une mentalité. Combien de personnes ai-je entendu dire “moi, je pourrai pas vivre sur cette île parce que c’est trop dur de s’intégrer”, un truc du genre. Ca vaut pour n’importe quelle île, apparemment. Venir d’une île, c’est avoir une mentalité de clan qui rend toute intégration de l’étranger très difficile. Forcément, comment tu veux que ça n’agite pas les imaginations de tous ceux qui aiment raconter des histoires, ça ?