Raconte moi des histoires

Pour bien raconter les histoires, il faut aussi savoir les écouter

La fiction déteste les riches

Et pourtant, dans la vraie vie, on ne ressent pas tant ça et ça m’interroge. Récemment, j’ai maté Sirens, une série qui basait sa promo sur le fait qu’il y avait Julianne Moore en richarde un peu bizarre. On nous faisait croire à une histoire de secte. Mais non. C’est juste une énième série de riches cons à pleurer observés par quelqu’un qui n’est pas de leur milieu. Car la fiction adore se foutre de la gueule des riches. Et pourtant, dans la vraie vie, je ne retrouve pas du tout ces discours. 

Sirens, ça raconte quoi ? Nous voici dans un lieu de riches américains qui est, me semble-t-il, jamais nommé. Une île accessible en ferry avec des baraques de folie. Nous allons découvrir Kiki, une riche épouse qui ne fait pas grand chose de ses journées à part s’adonner à certaines lubies et organiser des fêtes. Mariée à un “homme d’affaires” qui fait des affaires dont on ne sait rien mais qui est un magistral glandos qui fume des pets à la moindre occasion. Attendez… Je me suis trompée, c’est “Un couple parfait”, ça… Ah non, pardon, c’est bien Sirens.

Julianne Moore dans Sirens

Oui, en fait, c’est peu ou prou la même série. Un couple riche sur le déclin avec une femme ivre de sa propre aura et un homme écrasé par le charisme de sa femme aux penchants adultérins. Une jeune femme issue d’un milieu plus modeste qui débarque au milieu de tout ça et a du mal à s’accoutumer à cette vie. Des socialites, des photographes de presse, des galas. Ils ont carrément réembauchée la même actrice, Meghann Fahy. Qui joue aussi dans White Lotus que je dois regarder. Une histoire de richous américains en goguette en bord de mer… Mais, attendez, c’est pas encore la même histoire ? Je rajoute au paquet Revenge : femme charismatique et désoeuvrée, mari un peu nul et volage, maison splendide en bord de plage, galas, robes moulantes. Il manque juste le personnel de maison un peu saoulé. Quoi qu’on avait Ashley, dans le rôle de l’assistante, ça marche.

Kiki et Simone dans Sirens

Bref, Sirens, ça parle de Devon, la pauvresse un peu paumée dans sa vie, alcoolique, accro au sexe, un peu vulgaire avec tous ses tatouages. Ceci n’est pas un jugement de valeur de ma part, c’est dans une conversation avec sa soeur Simone. Devon a une vie de merde. Après avoir passé la nuit en cellule pour conduite en état d’ivresse, elle retourne chez elle où elle retrouve son père, atteint de démence. Il lui apprend que Simone, la soeur, donc, a livré un bouquet de fruits. Furieuse, Devon embarque le dit bouquet de fruits et fait de longues heures de route pour aller expliquer à sa soeur qu’elle doit assumer ses responsabilités de fille. 

Devon sans Sirens

Arrivée sur place, elle découvre que sa soeur est devenue l’assistante de Kiki, une riche propriétaire qui l’a modelée à sa façon. Simone se pavane dans de ravissantes robes à fleurs, a retiré son tatouage de soeurs. Kiki est une boss faussement bienveillante qui tyrannise un peu ses employés avec des exigences loufoques. A moins que ce ne soit Simone. Bon, bref, le classico de la richarde qui impose des règles un peu connes genre “pas de fleurs rouges, pas de gluten chez moi”. Y a toute une vanne aussi sur le smoothie frais du jour qu’elle ne boit jamais, au grand dam de Patrice, la cheffe. Oui, aux Etats-Unis, Patrice est un prénom féminin. Le personnel déteste Kiki et, par ricochet, Simone.

Tout le monde déteste les riches

Devon débarque là-dedans et est choquée de ce qu’elle découvre. Elle se persuade que Kiki est la gourou d’une espèce de secte qui a totalement matrixé Simone. Et c’est vrai qu’il se passe des choses un peu étranges dans cette baraque. La proximité entre Simone et Kiki est troublante… Un peu dégueu même quand Kiki donne son chewing-gum à Simone qui le fourre dans sa bouche. De ? Sauf que… Spoiler ! En fait, y a rien du tout. Cinq épisodes où on nous fait croire à une secte, à des meurtres mais en fait, non, ahah. Cinq épisodes pour dire : quand t’as du fric, les gens font exactement ce que tu dis et quand t’en as plus, les gens te tournent le dos. Ok, on s’en fout ?

La femme de ménage se fout de la gueule de ses patrons riches

Alors voilà, des fictions qui dépeignent les riches comme des excentriques aux exigences démentielles et ridicules, à la conduite morale plus que discutable, à la passion des hommes riches pour de petits jeunettes qui le leur rendent bien, on en a à la pelle. Rien que le genre soap opera leur est dédié. Les télénovelas aussi avec cette éternelle dichotomie entre pauvres vertueux et courageux vs riches immoraux et corrompus. La même dans les dramas avec une intensité poussée à son maximum. Les riches sont souvent aussi cons. En fait, ici, on va avoir deux prototypes de riches (hommes, pour le coup) : le génie qui s’est fait tout seul, l’archétype Elon Musk d’il y a quelques années. Exemple de celui dans Salvation ou dans For all mankind. Et puis Musk ayant ruiné son propre archétype, les milliardaires des fictions sont aujourd’hui de gros cons. Comme dans Glass Onion avec un milliardaire entre Musk et Zuckerberg, Mickey 17 avec un milliardaire qui veut partir dans l’espace… 

Mark Ruffalo dans Mickey 17

De plus en plus de fictions nous racontent que les riches, en plus d’être concupiscents et infidèles, sont des… abrutis. Notamment les fils et filles de. Moi, de base, je ne les aime pas beaucoup. Le népotisme, j’aime pas. Si, dans Dynastie, Fallon n’a pas à rougir en comparaison de son père, tout comme les enfants Newman ou Abbott dans Les Feux de l’amour, du moins la dernière fois que j’ai regardé. Y a 20 ans ? Mais les séries plus modernes, un peu plus noires, adorent nous dire que les héritiers sont des petits cons ingrats, trop gâtés et terriblement décevants. Comme les enfants de La chute de la maison Usher, la moitié des gosses de riches des télénovelas genre Medusa, Les veuves du jeudi, Succession. Dans les fictions coréennes, les gosses de riche ne sont pas forcément stupides ou de giga branlos. Ils sont par contre parfaitement cruels.

Les enfants cruels de The penthouse

Bref, les séries nous racontent que les riches n’ont aucun mérite et que leur pseudo génie n’est qu’une longue suite de caprice. Mais comme ils sont riches, on les déclare fantasques, excentriques. Les capricieux et caractériels, c’est pour les pauvres. Bref. Peut-être que je surestime un peu le pouvoir de la fiction mais quand même, ce grand écart flagrant entre la perception des riches dans la plupart des fictions vs celle des médias de la vraie vie… Alors, oui, vous allez souligner que les médias appartenant précisément aux riches, il ne faut pas aller chercher bien loin. Quoi que c’est peut-être là, précisément, qu’il faut chercher. Dans le sens où il ne faudrait pas croire les histoires que l’on nous raconte soient toujours vraies. Les histoires qu’on nous raconte dans les médias, j’entends. La méritocratie, la fable qui n’est écoutée que par celleux qui aiment y croire. Les auto-entrepreneurs qui rêvent de devenir le nouveau Xavier Niel. 

Faux entrepreneur

Mais force est de constater que se moquer des riches semble être un filon. Récemment, au cinéma, est sorti “Lilian Bettencourt, le film”. Appelé “La femme la plus riche du monde”. Le film a fait un peu plus de 900 000 entrées avec un bon démarrage. Du coup, est-ce qu’on envie encore les riches ? Je veux dire, dans les années 90, il y avait tous les mois ou presque des reportages “la vie de la jet-set” mais j’ai l’impression que ça s’est un peu perdu. Certes, je ne regarde plus la télé. Mais par exemple, les derniers reportages sur les riches que j’ai vus, ce sont les arnaques du Fyre festival ou un arnaqueur qui vendait de faux tableaux à des riches qui n’y connaissaient rien. Et je suis sincèrement persuadée que les gens regardent ce type de reportages très précisément parce qu’ils adorent se rappeler que les riches sont cons. Comme avec les Kardashian ou, à l’époque, les aventures de Paris Hilton. 

Paris Hilton et Nicole Richie

Jalousie ou envie ? Je ne suis pas sûre. En attendant, la haine des riches ne fait pas de bonnes séries. Sirens, c’était chiant et j’ai poursuivi mon visionnage juste parce qu’on m’a promis un mystère alors que pas du tout. Arnaque !

Nina

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Revenir en haut de page