Raconte moi des histoires

Pour bien raconter les histoires, il faut aussi savoir les écouter

Baisers volés 

Mais qui vole les baisers ? Moi. Attention, je ne commets aucune agression sexuelle. Oui, embrasser quelqu’un sans son consentement est une agression sexuelle. Genre Ary Abittan qui embrasse de force une Miss France tétanisée et lui démet visiblement les cervicales au passage. Ahah, qu’on rigole. Ok, bref, j’aime voler des baisers. Symboliquement. Observer des amoureux dans la rue et imaginer leur histoire. Être témoin d’un moment un peu intime où se jouent des choses dont je ne sais rien. Des baisers volés. 

S'embrasser dans la rue

Je ne suis pas forcément attentive à ce qui se passe autour de moi dans la rue. Je suis une rêveuse donc la plupart du temps, je suis perdue dans mes pensées. Mais parfois, mon regard croise une scène et mon cerveau s’y accroche. Mais c’est intéressant, ça, dis donc. Parfois, souvent même, ce sont des baisers. Les fougueux, passionnés ou timides.  Ceux que je sens être les prémices de quelque chose.

Vivian Maier, photographe du quotidien
Petite photo de Vivian Maier car j’ai lu la BD de Sowa Marzena et Emilie Plateau, j’en profite pour vous la recommander

Scène 1. Paris, quelque part dans les années 2010-2015. Sur une terrasse d’un café à Etienne Marcel. Alors que je suis en train de siroter un verre avec des amies, je repère deux silhouettes, dans une ruelle. Adossés à la porte d’un immeuble, ils se jettent l’un sur l’autre pour s’embrasser avant de s’engouffrer dans ledit immeuble. Qui étaient-ils ? Je ne le saurai jamais. Quelle serait la suite de ce baiser aussi soudain que passionné ? Mon imagination a une réponse. 

Couple qui s'embrasse dans la rue

Scène 2. Paris, parvis de la Défense, été 2021. Il fait beau et chaud, les travailleurs sont sortis pour déjeuner dehors. Moi-même, je traverse le parvis. Peut-être pour retourner au boulot, peut-être pour m’acheter à manger. Mon regard tombe sur ce couple assis sur le rebord d’une fontaine. Ils sont en train de s’embrasser. Quand ils se séparent, ils s’adressent un sourire complice, un peu ému. Je le sens, c’était leur premier baiser. Là, sur ce rebord de fontaine qui sent le chlore. Je ne saurai jamais si c’était le cas. Je ne sais déjà pas qui sont ces personnes. Mais dans mon corps, ça m’a fait comme un petit crépitement. Le souvenir, ému, d’un premier baiser. 

Une fontaine à la Défense

Scène 3. Bordeaux, novembre 2025. Alors que je chemine pour rejoindre mon amoureux, j’avise ce jeune couple qui s’embrasse tendrement. Ils s’embrassent et se chamaillent un peu, comme de jeunes chatons. L’amour du début, clairement. J’ai du mal à ne pas y voir les étreintes chaleureuses d’un lendemain d’une première nuit, à l’heure de se quitter alors qu’on n’en a pas envie. Prolonger les au revoirs par la tendresse et par le jeu.

S'embrasser dans la rue

Le point commun entre ces trois scènes ? Bah, moi, du coup. J’ai capté ces scènes. Pas volontairement. Je ne sillonne pas la ville avec de grosses jumelles pour repérer les couples qui s’embrassent. Je vous ai cité ces trois cas parce que je m’en souviens mais combien n’ai-je pas vus ? Peut-être des plus superbes, des plus poignants. Parce que la plupart du temps, quand je chemine, je suis un peu distraite. Je sais pas pourquoi ces trois-là ont retenu mon attention. En fait, si pardon, je sais. Parce que c’est de la matière brute.

Mais vous êtes fous ? Baiser

J’en parle depuis des années mais un de mes buts, en tant que scribouilleuse, c’est de rendre la tension érotique. Quand je regarde ou lis une fiction, je déteste le premier baiser qui tombe un peu comme un cheveu sur la soupe. Ah ok, ces deux personnages se foutent la colle alors qu’ils n’ont aucune affinité et qu’ils se détestaient il y a genre dix minutes ? Je déteste quand une série semble avoir tiré ses couples au dé, par exemple. Ah, Jamie et Morgan sortent ensemble. Pourquoi ? Ils n’ont jamais parlé ensemble, ne semblent n’avoir aucun point commun ? C’est quoi le truc ? “Oh ben ils étaient tous les deux célibataires alors bon…”. L’ennuiiiiii. Ces baisers, ils sont sincères. Je ne connais pas du tout l’histoire de ces gens. C’est à peine si je me rappelle leur visage. Je me souviens juste que ces baisers-là, ils recelaient des choses.

Baiser entre Jules et Rue dans Euphoria

Alors oui, parfois, je m’adonne au plaisir des baisers volés. Je mate (discrètement) des couples qui s’embrassent et j’essaie de capter leur énergie, leur complicité, leur chaleur. Juste pour les replacer. Parce que j’ai envie de communiquer cette étincelle à ceux qui me liraient, un jour. J’ai envie qu’ils se réjouissent quand deux personnages s’embrassent pour la première fois parce qu’ils avaient envie que ça arrive. Je veux créer de l’authenticité, de la sincérité. Et les moments intimes sont souvent les plus durs à écrire. Parce qu’on connaît tous cette espèce d’inflammation des sens lors du premier baiser, de l’excitation qui monte, de l’explosion de joie dans le cœur. Et écrire ça, précisément, c’est quand même complexe.

Scène de baiser dans Outer banks

Alors oui, je suis la princesse des baisers volés. Enfin, quand je les vois. Et je ne peux m’empêcher de me réjouir un peu secrètement pour ce couple qui semble vivre les prémices d’une passion amoureuse. Peut-être que ce n’est pas tant ce qu’il se passe, hein. Notamment mes inconnus de la scène 01, ça aurait pu tout à fait être les protagonistes d’une one stand night. Mais on s’en fout. Parce que moi, j’aime bien imaginer que les gens sont heureux. Ah oui, ici, pas de truc de meuf vaguement jalouse de voir des gens vivre leurs premiers émois alors que ça fait 12 ans qu’elle côtoie le même mec (Mazeltov). Non. Juste un sourire attendri, peut-être un peu nostalgique. Se réjouir du bonheur des autres, même de parfaits inconnus, ça fait du bien, parfois. Quitte à leur voler discrètement quelques étincelles.

Nina

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