Raconte moi des histoires

Pour bien raconter les histoires, il faut aussi savoir les écouter

On se fait un petit triangle amoureux ?

Dans la série des ingrédients de fiction que l’on croise régulièrement, je demande : le triangle amoureux ! J’en avais parlé lors de mon dernier article sur Zoey et son incroyable playlist avec le classique triangle amoureux, listant les fictions qui nous offrent ce ressort : Jane the Virgin, Crazy Ex girlfriend… Même si, en l’espèce, le trio vire quatuor sur la fin de la série avec un passage bachelorette un peu bizarre. N’importe quel soap opera aussi. Parce que le triangle amoureux, ça titille un peu au creux des reins. Si c’est bien fait. Spoiler : c’est rarement le cas.

Triangle amoureux des années 2010 dans les séries de vampire
Ah oui, les séries de vampires avec un triangle amoureux des années 2010, j’avais oublié. Sans doute parce que j’ai pas regardé…

Un triangle amoureux, c’est quoi ? Oui, tout le monde sait mais mettons ça dans le contexte des fictions. Un personnage, souvent une femme, est partagé entre deux attirances. D’un côté, invariablement, le gars sûr, souvent meilleur ami, d’une beauté relativement normale. Plus charmant que beau. Evidemment, face à lui, le beau gosse ultime. Celui qui réveille les ardeurs de notre héroïne. Un mec un peu inatteignable, giga connard dans les dark romances pour qu’on ait droit à du “han, je le désire mais il est dangereux”. Tu sais Charlotte, des mecs ultra sexy qui ne sont pas toxiques, il y en a aussi. Ne te sens pas obligée de copuler avec celui-là en particulier.

Blair et son bad boy

Bref, le triangle amoureux ressemble pas mal à une dichotomie amour/désir, relation adulte qui assume ses envies vs la petite fille qui choisit la sécurité. Le triangle amoureux a une version toxique, celle généralement liée à la dark romance. Et une version plus “pratique pour pondre le scénario d’une trentaine d’épisodes”. On va passer les deux en revue. Parce que, il me semble, leurs objectifs sont radicalement différents.

Dear you, la nouvelle série façon Emily in Paris

Commençons donc par la dark romance. Je n’ai à mon actif que la lecture des deux premiers tomes de After, la lecture de Beautiful Bastard où il n’y avait aucun triangle amoureux… ou je ne m’en souviens pas. J’avais lu également le premier tome de La princesse de papier parce que je n’avais pas compris de quoi il s’agissait. Pas de triangle amoureux ici non plus ou alors j’ai oublié. Bref, je suis pas une grosse nerd de ce type de littérature. Je me contente de lire quelques articles ou écouter quelques podcasts. Ce qui me permet de connaître le triangle amoureux de Twilight, caractéristique du gentil meilleur ami vs le gars dangereux. Et je crois qu’il y a une tentative similaire dans 50 nuances de Grey. Verino a aussi fait un sketch sur ce type de littérature où il caricature très bien le propos. En vrai, j’ai cru qu’il parlait d’After tellement c’est le même pitch mais apparemment, c’est le pitch de beaucoup de romans de ce type.

Tessa et Hardin dans After

Le souci, ici, c’est que le fond du discours pue la merde. Pour rester polie. La femme hésite entre un homme qui offre sécurité et stabilité mais qui est décrit comme ennuyeux. After, c’était littéralement ça. Tessa était en couple avec un garçon que je prénommerai Noah, pas sûre que ce soit ça. Ils sont ensemble depuis le lycée, ils ne se sont jamais touchés. Noah est blond, mignon, prévenant. Pfffff, boring ! A côté, on a Ardin (Hardin ?), un ténébreux tatoué qui aime bien le cul. Tessa le déteste parce que… oui, c’est un trou du cul. Mais elle a quand même envie de se faire tringler par lui. Pourquoi ? Je veux dire ça nous arrive à tous de désirer une personne qui ne nous convient pas. On peut même parfois faire des rêves érotiques avec cette personne. Même si, parfois, le rêve érotique ne signifie pas que l’on a du désir pour une personne. C’est plus un désir de domination. Enfin, complexe. Bref, depuis ma puberté, j’ai dû éprouver du désir pour des centaines de personnes et évidemment que je les ai pas toutes eues dans mon lit. On aurait admiré ma santé, sinon. Et je le vis super bien. Surtout que certaines, effectivement, passé l’effet waouh de la beauté physique, leur personnalité me dégoûtait tellement que je finissais par les trouver aussi attirants qu’un crapaud. 

True blood, un triangle amoureux discutable

Mais voilà, on farcit la tête de nos jeunes filles que le désir est impérieux. Qu’il faut le suivre. Et soigner les malheureux garçons qui ont eu une enfance difficile et que bon, même s’ils se montrent violents physiquement et ou psychologiquement, c’est pas leur faute. C’est marrant, dans les fictions, quand une femme se montre cruelle ou manipulatrice, c’est son caractère, ou sa folie. A elles, on ne trouve aucune circonstance atténuante. De toute façon, la femme qui couche, hein… Petite vidéo sur le sujet d’Azz l’épouvantail que j’ai beaucoup aimé. Chaîne que j’aime bien en général alors que je ne regarde pas du tout de cinéma horrifique mais il en parle suffisamment bien pour que je suive ses vidéos avec plaisir. Bref, dans la dark romance, le message est clair : dans un triangle amoureux, prends le mec dangereux. Avec de la chance, tu arriveras à le guérir et tu auras une récompense. Dans le pire des cas, tu tomberas enceinte d’un bébé qui te pètera littéralement le dos avant de te tuer. Yay.

Bella enceinte et mourante

De l’autre côté, nous avons le triangle amoureux pragmatique. Celui que l’on retrouve dans les sitcoms sympas. Jane the virgin, Crazy ex girlfriend, Zoey et son incroyable playlist. Trois séries que j’aime vraiment bien. Je rajoute Dynastie, mon soap opera préféré du monde, avec Fallon qui oscille entre Jeff et Michaël puis entre Michaël et Liam. Je me souviens aussi d’une série qui se passait des les fraternités et sororités américaines où la belle héroïne avait un petit ami de type parfait, futur avocat, physique lisse du gendre idéal. Mais en vrai, elle tripait sur le chef de la fraternité des déglingos, un mec mal sapé et mal coiffé. Mais relativement peu toxique. Ca s’appelait Greek (j’ai dû chercher), c’était osef. La seule chose que ça m’a inspirée, c’est l’envie d’aller sur des campus américains découvrir ces drôles de baraques en style néo-classique. 

Maison de fraternité ou sororité, USA

Bref, si on retrouve le classico “le meilleur ami charmant” ou “le petit ami parfait mais lisse” d’un côté, le beau gosse de l’autre. Rarement dangereux dans ces fictions-là. C’est plus le beau gosse ultime. Vous savez, le roi de la promo qui ne sort qu’avec la capitaine des pompom girl et qui ne regardera jamais la norma girl, même si elle est adorablement mignonne. Ces fictions sonnent parfois comme une vengeance de cette fille qui attire enfin l’attention de l’ultime beau gosse. Ce mec qui n’aurait jamais posé les yeux sur elle dans un autre contexte. Encore qu’ici, la vengeance est mignonne. C’est pas la meuf qui a vrillé et est devenue totalement psychopathe parce qu’elle n’était pas populaire au lycée. Voire le beau gosse lui a fait une sale blague. Ca, c’est plus un scénario de téléfilm

Carrie au bal du diable
La Norma girl deux secondes avant que ça ne dégénère

Alors oui, le triangle amoureux permet à la norma girl d’obtenir une forme de revanche sur la vie. Mais surtout, ça permet aux scénaristes de la faire virevolter d’un bras à l’autre, permettant d’écrire plusieurs histoires mais aussi à la commu de choisir son prétendant préféré. Moi, je suis assez régulièrement dans la team meilleur ami. Pas parce que je n’aime pas les hommes beaux et charismatiques mais surtout parce que le scénario bâtit, malgré lui, un terreau plus fertile à cette relation-là. Dans Zoey et son incroyable playlist, c’était criant. Simon est vraiment très sexy et son personnage a quelques nuances intéressantes. Mais il n’a que peu de scènes de complicité avec Zoey. Leur relation évolue, oui. Ils ont des private jokes, oui. Mais ça reste superficiel. Alors que la série nous montre, en parallèle, tous les moments qu’elle passe avec Max qui est un roc, un pilier pour elle. Du coup, moi, je ressentais une sécurité avec le personnage de Max. Leur relation me paraissait évidente alors que celle avec Simon était trop on-off et je crois que leur scène de rupture a été la scène de rupture la plus osef de toutes les scènes de rupture.

Simon et Zoey, un couple osef

Car c’est souvent le problème que j’ai avec les triangles amoureux. Ils dépoussièrent des attractions qui n’ont plus rien de naturelles et ça tombe parfois à côté. Vraiment, dans Zoey, quand ils relancent l’intrigue avec Simon et que Mo dit à Zoey “tu as toujours un truc avec lui, ça se voit”, j’étais là “Heu, non ?”. J’ai un peu la même avec Rebecca et Josh qui se remettent ensemble dans Crazy Ex-girlfriend. La première tentative, je l’accepte. Elle est le couronnement d’une attente du public. Ok. Mais par la suite, ça faisait vraiment “ah, tiens, Josh s’est levé ce matin et s’est rendu compte qu’il était amoureux de Rebecca”. Ok, super Josh, on est contents pour toi. De toute façon, dans Crazy Ex girlfriend, j’étais team Greg. Ouais, le pote, toujours. Mais je trouvais leur alchimie plus évidente. Et ce n’est même pas une question d’alchimie entre acteurs puisque celui-ci a changé entre la saison 01 et la saison 03. Mais quand elle est avec lui, elle peut être elle. Elle n’a pas peur de ne pas être assez. Ou d’être trop. Et il y a cette scène étrangement adorable où ils se retrouvent dans un garage car la voiture de Greg est en panne. Assis côte à côte dans la salle d’attente, Rebecca pose sa tête sur l’épaule de Greg qui lui dit tendrement “Tu es la femme de ma vie. Tu sais, ça ?”. Alors que leur soirée est un fiasco, cette scène-là, ces deux personnes côte-à-côte et lui qui dit juste ça, sans rien attendre en retour… Autant j’ai trouvé le final de la série parfaite, autant Greg restera à jamais numéro 1 dans mon coeur.

Crazy Ex-girlfriend, Rebecca entre Josh et Greg

Bref, le triangle amoureux est un ingrédient un peu facile pour mettre de la tension érotique à moindre frais dans les histoires et permettre à l’héroïne de naviguer entre plusieurs hommes pour plus d’intrigues. Même si je ne les trouve pas toujours bien réussis, je peux les accepter. Par contre, quand c’est pour apprendre aux jeunes filles qu’il vaut mieux écouter les élans de sa chatte plutôt que ceux de sa tête et se laisser maltraiter par un sale type juste parce qu’il est sexy, là… 

Nina

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Revenir en haut de page