Parce que des fois, on va voir un film en pensant qu’il va traiter d’un sujet d’une certaine façon et en fait, pas du tout. Décembre. On va voir L’oeuf de l’ange au ciné pour sa ressortie. Un film très bizarre au passage. Ce genre de films où tu sors de la salle en mode “j’ai rien compris” puis petit-a-petit, les pièces du puzzle finissent par s’enclencher. Essentiellement parce qu’on est allés lire un article ou deux. Bref. Avant le film, je vois la bande-annonce d’un film qui a l’air splendide “Resurrection”. Avec la musique de M83 ! Ils ont participé à la BO de Dark, par exemple. Dark que j’ai aussi eu envie de réécrire. Bref, je vois cette bande-annonce et je me dis : trop bien, allons-y.

Fuir l’immortalité en rêvant
L’histoire : dans le futur, l’humanité a découvert le secret de l’immortalité : ne plus rêver. Le rêve, c’est ce qui consume, ce qui annihile. Quelques irréductibles s’y adonnent cependant, on les appelle les rêvoleurs. Une femme en découvre un et va le suivre à travers cinq périodes du XXe siècle.

C’était pas du tout ce que je croyais
Ce que j’ai compris : une course poursuite à travers le temps et les rêves dans un univers étrange et onirique. Ce que j’ai eu : un film de 2h40 où chaque époque visitée est un hommage à un genre de films. Rah non, encore un film pour cinéphiles.

Je n’ai aucune connaissance du cinéma chinois
Alors effectivement, je n’avais pas compris de quoi on parlait. Et, accessoirement, je n’ai aucune culture du cinéma chinois. Vraiment, j’ai checké la liste des 100 meilleurs films chinois, je n’en ai vu aucun. Même pas Tigres et Dragons ou In the mood for love qui me paraissent les plus connus. Même le cinéma hong-kongais, je suis passée à côté, je connais juste la chronique de Karim Debacche sur Knock-off. Le seul film chinois que j’ai maté, c’est Wandering Earth, une adaptation d’un roman de Liu Cixin (Le problème à trois corps ou encore Boule de foudre). C’était cool mais ça m’a pas du tout aidée pour Resurrection.

Un film très contemplatif
Bon, ok, Resurrection, est-ce que j’ai aimé ? Et bien vu qu’on a plusieurs segments, forcément, ça dépend. J’ai adoré les scènes du début et de fin et j’aurais clairement aimé en avoir plus. Le dernier segment en plan séquence qui se passe à Hong-Kong le soir de la rétrocession du territoire à la Chine était vraiment bon. J’ai bien aimé l’avant-dernier segment avec l’enfant prodigieux aussi. Sinon, c’était mou. J’ai peut-être un peu piqué du nez. Le problème, c’est que c’est contemplatif de fou. Alors pourquoi pas, surtout que la photographie est splendide mais… bah la plupart du temps, il ne se passe rien.

Un héros sans nom et sans identité
Ce n’est pas pour rien que mes segments préférés sont ceux où l’histoire semble avoir un début et une résolution vs d’autres sont je n’ai pas saisi tout le sel. L’histoire du thérémine, j’ai pas bien saisi. Alors qu’il y avait un train art déco qui aurait dû me séduire immédiatement. Le segment dans le temple bouddhiste, pareil. En résumé, c’est l’histoire d’un homme en prise avec ces démons mais… je ne le connais pas, cet homme. Il y a effectivement un gros problème de caractérisation. Déjà, le héros apparaît initialement défiguré, hommage au cinéma de Murnau. J’ai l’impression que dès que tu veux faire un film de cinéphile, tu dois intégrer Murnau, c’est la règle. Sauf que quand on découvre son vrai visage… bah on ne le reconnaît pas instantanément. Et comme le rêveur n’est jamais la même personne à travers ses rêves, à la fin du film, on est guère attaché à lui vu qu’on ne sait pas qui il est. Il donne certes un prénom dans le rêve Hong-kongais mais il est certainement faux. A noter que la plupart des personnages ne sont pas nommés, d’ailleurs.

Un segment, un sens… ?
J’ai lu que chaque segment est associé à un sens. Et bien je ne l’avais pas noté initialement et même après l’avoir lu, je doute. Ok, le premier segment est en mode film muet donc c’est la vue. Si tu veux. Le passage avec la thérémine, c’est l’ouïe. Mmm, ok. Le temple bouddhiste, c’est le goût. Heu, parce qu’il lèche des pierres pour trouver la plus amère ? Ça dure quelques secondes ça… Mais ok, le personnage rencontre une sorte de fantôme qui représente l’amertume, bon… Le quatrième, c’est l’odeur. Alors j’ai dû m’endormir car je n’ai aucun souvenir de cette histoire d’odeur… Et le cinquième, c’est le toucher. Parce qu’il embrasse une fille à la fin ?

Je voudrais apprécier un film même si je suis pas cinéphile
J’ai du mal avec les films de cinéphiles pour cinéphiles. Outre une giga sensation de “hé, regardez comme j’ai une grosse culture”, ça m’exclut direct et ça m’énerve. Je peux comprendre qu’on se fasse plaisir à rendre hommage à certains styles de cinéma mais quand ça devient limite un facteur excluant. Et encore, Résurrection n’est pas si rédhibitoire. Beaucoup moins que la Tour de glace. Même si je suis sortie avec une question “mais c’était quoi, l’histoire, en fait ?”. Oui, j’ai les grandes lignes mais reste un doute : en vrai, que voulait raconter l’auteurice ? Je doute.

Je voulais voir le film de la bande-annonce, moi…
Mais du coup, moi, j’ai envie de réécrire Resurrection… pour avoir le film que je pensais avoir. Cette saga incroyable où un rêvoleur traverse les époques pour échapper à sa poursuivante. Oui parce que j’avais compris que c’était hors la loi d’être un rêvoleur mais pas tant. On risque juste de mourir. Un point, d’ailleurs, que je n’ai pas compris : si rêver, c’est mourir… Pourquoi les fumeries d’opium sont acceptées ? Je veux dire, au début du film, la femme traque le rêvoleur et elle découvre qu’il est dans une fumerie d’opium. Je ne suis pas bien calée en opium mais dans la mesure où c’est une drogue, est-ce que ça n’encourage pas la rêverie ? Peut-être est-ce un lieu prohibé mais c’est pas la sensation que j’ai eue.

Une bonne occasion de faire un peu de recherche
Je pourrais écrire une fresque un peu historique comme dans le film. Sans le délire “hommage au cinéma expressionniste muet allemand”. Même si faut que je me penche vraiment dessus parce que j’ai tellement aimé Metropolis. Ce serait l’occasion de faire un peu des recherches… Bon, j’ai pas tant de temps mais c’est le concept de “je veux réécrire”, c’est plus du rêve qu’autre chose. Définitivement, je ferais une super rêvoleuse.