Raconte moi des histoires

Pour bien raconter les histoires, il faut aussi savoir les écouter

Le lesbianisme soudain

Ceci n’est pas qu’un titre racoleur mais une tendance un peu étrange que j’observe dans quelques séries depuis quelques temps. Et forcément, ça m’interroge. Vous suivez des femmes qui ont une vie amoureuse hétérosexuelle et soudain, croisent la route d’une femme. Et là, plot twist : elles ont toujours été lesbiennes mais ne l’avaient jamais admis. Je… hein ? Y a pas un manque de background là.

Clarke et Lexa dans The 100 : le lesbianisme soudain

Hétéro ou homo, pas d’entre deux

Je trouve toujours très positif d’avoir une pluralité de sexualités dans toute œuvre de fiction, pas de soucis. Mais dans ce cas de lesbianisme soudain, ça m’interroge un peu. La première fois que j’ai découvert cette évolution, c’est dans Urgences. Kerry Weaver, chef de service acariâtre présentée comme hétérosexuelle mais surtout célibataire endurcie. Puis elle rencontre une psy dont j’ai totalement oublié le nom, incarné par Elizabeth Mitchell. Actrice que je n’aime pas trop car je ne la trouve pas très expressive, surtout dans V… Mais peut-être joue-t-elle juste dans une très mauvaise série. Leur relation fait long feu et là, pof, c’est officiel, Kerry est lesbienne. Mais… idem pour Willow dans Buffy : “avant, j’étais hétéro.Puis j’ai rencontré Tara et maintenant, je ne regarde que les meufs”. Idem pour Alex dans Supergirl, Alison dans Pretty Little Liars. Je le sens fort pour Petra dans Jane the virgin… Alors ok mais sinon, la bisexualité ou une sexualité fluide, ça existe aussi, hein…

Xena et Gabrielle , les âmes soeur
Alors il faudrait que je revoie Xena (flemme un peu) mais il me semble qu’on est dans un cas intéressant de deux femmes hétérosexuelles qui tombent amoureuses l’une de l’autre. Pas par lesbianisme soudain mais plus parce que l’autre est l’âme soeu

Pourquoi la sexualité féminine est si tranchée ?

Ca m’interroge. Déjà pourquoi ce revirement sexuel ne touche que les femmes ? Alors je n’ai pas une culture exhaustive des séries télés mais il me semble que les hommes bisexuels, déjà, se comptent sur les doigts de la main. Oberyn Martell est même le seul qui me vient en tête et ce n’était juste que pour mettre une scène d’orgie racoleuse… Ah si, Sense8 où des hommes hétérosexuels se retrouvent avec quelques pulsions homosexuelles suite à leur connexion avec Lito et à la toute fin de la série… ah non, ça, je dis pas, je vous laisse découvrir. Mais sinon chez les personnages masculins, j’ai vraiment l’impression qu’ils sont homos ou hétéros et qu’il n’y a pas de fluidité, justement. N’hésitez pas à me dire si je me trompe. Il y a bien toujours ce moment un peu bizarre où un homosexuel va coucher avec une femme (Clara Sheller et son meilleur ami dont j’ai oublié le nom, Keith dans Six feet under) mais j’ai vraiment pas de référence d’un hétéro se laissant tenter par un homo. Voire devient soudain attiré uniquement par les hommes. Alors quand je dis que je m’interroge sur le pourquoi de cet étrange virement de cutie ne touchant que les femmes, comprenez que c’est ironique. On sait bien que le lesbianisme fait partie de l’imaginaire érotique commun alors que bon, l’homosexualité masculine, quand même… Curieusement, ça passe moins.

Will et Lito dans Sense8

Une grosse facilité d’écriture

Mais surtout, ce qui me turlupine un peu dans cette histoire, c’est que ça trahit une écriture un peu trop légère des personnages. Prenons Alex dans Supergirl puisque c’est le dernier cas croisé. Elle est attirée par une flic et se pose un peu des questions. Mais là, ça devient “oh mais oui, j’ai toujours su que j’étais lesbienne, je me suis juste menti”. Mmmm… Alors non. Dans la saison 1, non seulement elle a une liaison avec un homme. Jamais ô grand jamais elle ne semble avoir l’ombre d’une interrogation quant à son orientation sexuelle. Pas de regard brûlant dirigé vers un personnage féminin. Idem pour Willow qui se retrouve au coeur de deux liaisons hétérosexuelles assez majeures dans les premières saisons finit par devenir lesbienne sans retour en arrière. Alors je veux bien croire que ça arrive, je connais des personnes dans “la vraie vie” qui ont trouvé l’amour dans les bras d’une personne du même sexe alors qu’ils étaient censé être parfaitement hétérosexuels. Mais là, c’est vraiment le côté “on est un peu trop hétérocentrés, là… Tiens, elle, elle devient lesbienne.” Et le virement de cutie est balayé en deux minutes. “Oh bah c’est un peu dur de sortir du placard dans lequel je ne savais même être enfermée. Ah voilà, c’est fait, je suis lesbienne, merci bisous”.

Le lesbianisme soudain dans Desperate Housewives

Un gros manque de nuance

Du coup, ce manque de nuance m’ennuie profondément. A la limite, je trouvais le personnage d’Emily dans Pretty Little Liars qui peine un peu à faire son coming out par rapport à sa famille, ses amis… assez intéressant. Même si une fois qu’elle a révélé à ses parents son orientation sexuelle, elle passe en quelques minutes de “personne ne doit savoir” à “je roule une pelle à ma meuf à la cafet’ du lycée en toute décontraction”. Mmm… Surtout, je trouve dommage le manque de nuance qui pourrait pourtant amener des circonvolutions du récit intéressantes.

Emily et Alison, pire  couple

Avant de fermer cet arc définitivement, j’ai un dernier point à aborder : pourquoi je n’arrive pas à écrire une histoire d’amour.

Nina

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