Raconte moi des histoires

Pour bien raconter les histoires, il faut aussi savoir les écouter

Faut-il décrire ses personnages ?

A présent que j’ai terminé Green ! (et séché la réécriture…) et que j’ai entamé l’écriture d’Ofelia, je me pose un peu une question : dois-je décrire mes personnages ? Je veux dire, donner des caractéristiques physiques particulières, ok, mais dois-je, par exemple, leur donner une couleur de peau particulière ? Faut-il décrire ses personnages ou laisser aux lecteurs la possibilité de leur donner les traits qu’ils souhaitent ?

Décrire ses personnages, dessin anatomique

Jusqu’où pousser la description physique ?

Dans Green !, par exemple, j’ai mis un peu de couleur : Maja et son frère sont vietnamo-suédois. Le professeur est typé méditerranéen, une fille a une couleur “caramel”. Svea, l’espèce de doppelganger de Maja, est une beauté suédoise type, à base de cheveux blonds et yeux bleus. Dans Ofelia, j’ai donné une relative description physique d’Ofelia. Une actrice donc décrite comme très mince et assez grande mais je n’ai pas détaillé plus. Son compagnon a également quelques caractéristiques physiques propres mais pas de couleur donné. Mais on sait qu’ils sont blancs par rapport à une présentatrice télé noire qui explique à Ofelia avoir de la chance d’être à son poste alors qu’elle est une femme, jeune, et Noire de surcroît.

Une journaliste noire

Préciser la couleur, une réelle utilité ?

La question de la description physique peut paraître anodine mais elle ne l’est pas tant que ça. Evidemment, quand je base mes histoires à Stockholm ou Rome comme ici, on peut s’attendre à ce que les personnages soient blancs et c’est s’ils ne le sont pas qu’on va avoir tendance à préciser. Effectivement, je le confesse, dans Ofelia, la seule personne pour le moment dont je décris la couleur de peau, c’est celle, justement, qui n’est pas “comme les autres”. Ce qui peut avoir un certain sens dans l’histoire. De la même façon, j’ai choisi de donner un métissage à Maja et son frère car dans leur décision de se lancer ou non dans l’activisme se pose la question de respecter le pays d’accueil de leur mère.

Mylène Jampanoï, une beauté métisse

Si ces détails sont inutiles, alors… ?

Mais la couleur n’est pas tout, il y a également la silhouette. J’avais besoin qu’Ofelia soit mince pour un ressort précis de l’histoire. Et ça peut coller avec son métier d’actrice. Même si l’histoire se passe en Italie, les actrices italiennes mythique sont plus pulpeuses. J’avais besoin que Svea soit musclée pour une partie précise du récit. Par contre, je ne crois pas parler un seul instant de la silhouette de Maja, ni même de sa taille. Son métissage et ses cheveux longs sont ses seules caractéristiques physiques. Celles-ci doivent-elles donc être évacuées du récit à partir du moment où il n’y a pas d’incidence sur l’histoire ?

Générateur d'avatar

Les descriptions, c’est un peu sexiste

Car les descriptions peuvent être parfois un peu sexistes. J’avais lu un thread sur Twitter où une personne signalait à juste titre que dans pas mal de romans, les personnages masculins étaient à peine esquissés tandis que les personnages féminins, on va longuement les décrire. Jusqu’à la couleur de leur téton, limite. Parce que ça colle avec pas mal de produits culturels. Le héros n’a pas besoin d’être particulièrement beau ou svelte tandis que la femme, elle, sera toujours parfaitement mince et correspondra aux canons de beauté en vigueur. Y a qu’à voir le destin des actrices au physique “atypique” seront plus facilement cantonnées aux séries alors que les acteurs atypiques peuvent parfaitement percer et tenir la tête d’affiche. Certes, on a eu des George Clooney, Brad Pitt et Johnny Depp (pré alcoolisme pour les deux susnommés). Mais on nous vend aussi des romances avec Adam Sandler, Benedict Cumberbatch, Vincent Cassel ou encore Javier Bardem… que je trouve pour ma part totalement sexy mais qui est loin d’un lisse Clooney ou Pitt de la belle époque, voyez. Alors qu’en actrice, côté beauté atypique, on a… hmmm. Quelques unes dans le cinéma français, je dis pas, mais sinon, c’est formaté, formaté. Pire : j’ai tapé “actrice moche” dans Google pour trouver des noms. J’ai trouvé trente articles “les actrices qui sont moches au ciné/à la télé mais belles en vrai” alors que pour ces messieurs, on a droit à un “ils sont moches mais sexy”. Vous le sentez le double standard ? Alors j’essaie tant que faire se peut d’éviter de tomber dans ce cliché. Même si ma nouvelle héroïne est une actrice de cinéma donc potentiellement complètement dans les normes de beauté actuelles.

La belle Diane Kruger

Mais ne dire que l’indispensable, c’est spoiler un peu, non ?

Alors ne décrire que ce qui a son importance dans le récit ? Ok mais est-ce que ça ne risque pas de totalement tuer le suspense ? Si je dis qu’un personnage a une cicatrice mais que ça ne semble pas jouer sur sa personnalité ou son histoire, est-ce que ce ne serait pas évident que cette cicatrice va, à un moment, avoir une importance dans l’histoire ?

Dalius

Décrire ou ne pas décrire, quelle question…

Nina

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