Raconte moi des histoires

Pour bien raconter les histoires, il faut aussi savoir les écouter

Emoustillons le public avec une petite sodomie

Si vous ne vivez pas dans une grotte, vous avez très certainement entendu la grande histoire du renflement brun. Pour l’improbable cas de la personne qui lit ce blog mais ne suit pas l’actu, on résume très vite. Bruno Lemaire, notre Ministre de l’économie, a sorti un roman coquin et il y a une scène de sodomie assez surréaliste. Et moi, ça me titille un peu. Pas au niveau sensuel, non, non. Au niveau de la plume. Parce que le contenu d’une scène de sexe n’est pas anodine et le fait d’expliciter certaines pratiques comme la sodomie n’est pas un choix hasardeux.

Sodomie au cinéma

Ecrire le cul avec les pieds

J’ai déjà expliqué à plusieurs reprises que les scènes de sexe, ce n’était pas toujours ma tasse de thé. Ni à écrire ni à lire. Parce que la limite en émoustillement et gêne est très ténue. Oh, pas de fausse pudeur, ici. Une scène de sexe bien écrite, j’adore. Une scène de sexe mal écrite, ça me sort un peu d’un livre. Précisément le souci avec Bruno. Les gens n’ont pas tant réagi sur le fait qu’il écrivait une scène de sodomie… Mais qu’il l’a écrite de façon ridicule et peu crédible. Je veux dire le personnage féminin sort de la salle de bain, tend son cul et dit, littéralement “je suis dilatée comme jamais”. Personne, dans toute l’histoire du sexe, réel ou fictionnel, n’a jamais dit ça. Le seul moment où on parle de dilatation des orifices de façon aussi clinique, c’est pour un accouchement… Bon, au moins, on a bien rigolé. Pour une fois que ce gouvernement nous fait rire, on va pas bouder notre plaisir.

Bruno Lemaire, un auteur au talent discutable

Pourquoi tu précises ?

Bon, voilà, Bruno a écrit une mauvaise scène de cul parce qu’elle sonne totalement faux, je vais pas la disséquer pendant deux heures. Surtout que cette histoire dure littéralement une dizaine de lignes. Ce qui m’intéresse, c’est pourquoi la sodomie. Pourquoi pas, certes mais nous sommes dans une fiction et tout ce qui est écrit ou montré ne l’est pas gratuitement. Ici, on est sur un roman initiatique version masculine donc je suppose que la sodomie est un acte important dans la vie sexuelle d’un jeune homme. L’acte subversif par excellence, l’entrée par la porte interdite. Bla bla bla. Ce qui est plus étonnant, à la limite, c’est que pour un roman érotique, la description de l’acte est inexistante. Il n’y a rien de charnel. On pourrait résumer l’extrait à “elle m’a tendu son cul et je l’ai pris”. Ouah, regardez comme je suis émoustillée, dis donc…

Une lecture ennuyeuse

Des romans initiatiques sexuels

Des romans initiatiques relativement érotique, j’en ai lu quelques uns. J’avais chroniqué Beautiful Bastard, After puis il y a eu Royal, lu par malentendu. Je croyais tomber sur une sorte de soap façon Corée avec une pauvrette aux prises avec des méchants riches. Et finalement, ce n’est qu’une longue initiation sexuelle passant par un rite très codé : sexe oral, doigtage et enfin la sacro-sainte pénétration. J’ai arrêté ces sagas au tome 1, généralement, j’ai ingurgité le tome 2 de After avec difficulté mais je n’ai jamais lu de scène de sodomie. Peut-être que c’est juste trop tôt dans leur initiation, je ne sais pas. Il me semble qu’à l’inverse, la sodomie est un acte pratiqué dans 50 nuances de grey. Et c’est normal puisque 50 nuances de grey se veut une version épicée de Twilight.

50 nuance de grey, le mom porn

Une subversivité à moindre coût

Car la sodomie est un bon moyen de donner une image très subversive à un roman. Pratique sexuelle encore pas mal tabou dans les sphères les plus prudes de la société, c’est une façon assez simple d’illustrer la sexualité débridée de vos personnages. Elle peut être mise en opposition à une sexualité plus rangée pour illustrer le côté déglingos d’un personnage, notamment une femme. Il y avait une scène un peu de ce genre dans Les jolies choses. Le film mais je crois que c’était dans le livre aussi, je l’ai lu y a trop longtemps pour m’en souvenir en détail. En gros, l’héroïne découvre que son petit copain la trompe avec sa soeur jumelle parce qu’il les confond et joue les gros étalons avec celle qu’il prend pour sa maîtresse. Jeune femme qui avait une vie dissolue et avait une sexualité débridée. La sodomie est aussi une façon d’illustrer une domination. Dans le 50 nuances de grey sus-citées ou dans l’atroce Bonheur ™ dont je n’ai jamais dépassé le chapitre 3 et c’était déjà trop.

Les jolies choses

Un·e auteurice qui se fait plaisir

Mais la sodomie est parfois le synonyme, aussi, d’un·e auteurice qui prend un peu trop la place dans un roman. Tiens, sujet d’article intéressant, je note. Une scène de sexe, et notamment de sodomie, n’est peut-être crûment décrite que parce que c’est le kink de l’auteurice. Ah tiens, je vais écrire une scène de sexe qui va bien m’émoustiller et du coup, ça va plaire à mon audience, hihi. Alors autant écrire une scène de sexe, ça peut avoir un fort effet excitant, moi-même je sais, autant… C’est pas forcément un très bon ingrédient romanesque. J’ai beaucoup réfléchi à l’exercice de l’écriture de la scène de cul à cause de la fameuse limite entre excitant et gênant. Et clairement, si je sens que la personne qui a écrit ça l’a fait à une seule main, héééééééé… Y a des chances que je me sente un peu gênée. Parce que tu fais ce que tu veux dans ta tête mais à la limite, garde-le là. Ecris un roman bien porno pour toi-même mais voilà…

Ecrire un roman coquin

Si c’est gratos, enlève

Parce que tout ce que l’on décide d’expliciter est un parti pris. Deux personnages ont une relation charnelle, c’est une information sur leur relation interpersonnelle. Si tu considères que tu dois m’expliquer en détail comment ils s’y prennent, c’est que ça doit avoir du sens. Pourquoi tu trouves important de me préciser qu’il s’agit d’une levrette ou d’une sodomie ? Quel sens ça a pour ton personnage ? Dans le livre pseudo érotique de Bruno, ok, c’est la première du jeune héros, je l’ai. Mais souvent, bah du sens, y en a pas. C’est juste gratos. Certainement pour se faire plaisir. Mais n’oublie pas, toi qui souhaites livrer une fiction au monde : le récit va être lu. Ce serait bien que tu n’oublies pas le lecteur.

Nina

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