RACONTE MOI DES HISTOIRES

Pour bien raconter les histoires, il faut aussi savoir les écouter

La magie du hasard

Article que j’ai vraiment hésité à intituler “ah ben ça ça tombe bien !”. On va parler hasard, notamment rencontres fortuites qui font avancer le récit. Et comme des fois, c’est forcé de ouf. Exemple ? Regine Deforges. Je vous ai déjà parlé un peu du fait que je lisais la trilogie de la guerre. Je l’ai terminée depuis et si j’ai globalement beaucoup aimé, y a un truc qui m’a fait un peu plisser le nez. Le hasard. Tout le temps, systématiquement. Alors croiser des gens que l’on connaît par hasard, je peux l’admettre. Mais à chaque fois qu’un personnage met le nez dehors, vraiment ?

Le hasard

On se croise, on se recroise

C’est surtout dans le troisième volet que c’est festival. Si la première partie couvre l’année 44 jusqu’à la libération de Paris, la deuxième sert un peu à nous raconter la fin de parcours d’énormément de personnages. La narration se faisant toujours à travers des personnages et non à travers un narrateur omniscient, ça va se croiser sec. Léa, l’héroïne, va croiser se retrouver juste à côté de son cousin dans une foule en liesse. Mais le mieux (le “mieux”), c’est quand un personnage français qui se bat en Allemagne croise un autre personnage dans une forêt. Niveau probabilité, on doit être à un sur un milliard. Alors une fois, je veux bien mais quand ça devient systématique, mon sourire moqueur se crispe.

Forêt allemande

La facilité d’écriture

C’est vrai que dans les fictions, le hasard fait grandement les choses. Prenez votre vie. Si vous habitez dans une grande ville, vous savez que la probabilité de croiser quelqu’un que vous connaissez n’est pas très élevée. Alors maintenant, imaginez un Paris pris dans l’euphorie de la libération. Quels sont les chances de se retrouver par hasard à quelques centimètres de son cousin ? Oui, voilà. Alors je sais que le hasard existe, j’ai bien croisé des cousins de Bretagne en Martinique, cousins dont je ne connaissais pas vraiment l’existence avant l’enterrement de ma grand-mère quelques mois plus tôt. Oui, c’est possible. Mais à chaque fois, c’est un peu trop la facilité.

Les rouages de la vie

Je suis la déesse de mes personnages

C’est toujours un peu difficile de peser ce genre d’aléas dans un roman. Je veux dire une intrigue, c’est ni plus ni moins qu’un destin. Ca fait péteux de dire qu’on est le Dieu ou la Déesse de nos personnages mais en vérité, sauf [auto]biographie rigoureuse, on décide qui qui vit et qui qui meurt. Et c’est nous qui dessinons les rencontres improbables qui vont changer une vie. Ou nous sortir de la panade. Alors une fois en passant, on l’admet, y a pas de soucis. Mais systématiquement. Surtout que ces rencontres impromptues au coeur de Paris va permettre à Léa de côtoyer d’étranges personnages comme Raphaël Mahl. Tout au long du roman, on sait qu’elle n’a aucune confiance en lui mais elle accepte de le fréquenter alors… que c’est juste un random qui lui a adressé la parole dans une librairie. Et c’était pas genre un coup de foudre ou quoi que ce soit, il est ouvertement gay, elle n’a aucune attirance pour lui. C’est juste un personnage fonction utile pour quelques ressorts.

Des personnage fonctions victimes du hasard

Rencontre avec des anges ou des démons

Il y a du deus ex machina là-dedans. Je veux dire ces anges – ou démons – qui tombent toujours pile au bon moment pour sortir Léa de la panade, puisque c’était souvent de ça qu’il s’agissait. En fait, ça aurait pu passer si la dernière centaine de page du troisième roman ne se résumait pas en une suite improbable de rencontres pour nous renseigner sur le devenir des personnages. En gros, ceux qui sont morts ont clamsé en présence de quelqu’un qui allait pouvoir remonter l’information jusqu’à Léa. Tour de passe-passe peu utile puisque sur ces pages, précisément, on quitte Léa pour faire le tour d’autres personnages qui auraient pu mourir seuls et cette information n’étant pas primordiale… Bref, j’ai adoré cette trilogie mais cet élément forcé du hasard ou du destin, ça a fini par me faire soupirer et j’ai eu du mal à terminer ce troisième opus. Son autrice aussi, je pense. Il n’en finit pas de ne pas en finir.

La fin qui n'arrive jamais

Et une métaphore bancale en conclusion

Bref, piano sur les effets de style un peu faciles pour faire avancer le récit. Un peu de lubrifiant, c’est bien mais si on en met trop, ça glisse trop pour être maîtrisé. J’assume cette conclusion.

Nina

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