Raconte moi des histoires

Pour bien raconter les histoires, il faut aussi savoir les écouter

Everything, everywhere, all at once, un film tellement barré

L’année 2022 semble contenir un plot twist inattendu dans ma vie. Oui, ma démission, certes. Mais surtout je deviens cinéphile. Hé oui, je suis encore allée au cinéma la semaine dernière et même pas pour aller voir une dystopie. Victor et moi étions fort intrigués par Everything, everywhere, all at once, film étrange et foutraque dont je n’avais vu que des bonnes critiques. Et la bande-annonce follement barrée donnait très envie. Et bien malgré tout ça, on n’était pas prêts. Et vous non plus.

Everything, everywhere, all at once

Une vie basiquement nulle

L’histoire : Evelyn est une immigrée chinoise qui tient une laverie dans une random ville des Etats-Unis. Elle vit dans un minuscule appartement avec son mari qui a des petites envies de divorce et ils recoivent épisodiquement la visite de leur fille Joy, jeune adulte mal dans sa peau. Evelyn est dépassée par sa vie et l’arrivée de son père n’arrange rien à l’affaire. Alors qu’elle se rend en famille à un rendez-vous avec une inspectrice des impôts, son mari se transforme alors en étrange warrior et entraîne Evelyn dans l’entrelac des multivers.

Un démarrage soudain

En vrai, je sais même pas comment résumer ce film tellement c’est… complexe. Au début du film, tu fronces un peu les sourcils. Ok, j’ai bien la crise de la cinquantaine d’Evelyn mais c’est un peu chiant de voir une quinqua acariâtre épingler des factures, faire son job dans la laverie et être homophobe et méchante avec sa fille. Tu sais que ça va basculer mais en fait, ça arrive assez vite et soudain, t’es parti dans autre chose. Une sorte de film un peu aventure, un peu super héros avec de la bagarre et… du surréalisme, tant de surréalisme, nom de Dieu. Je veux dire y a une scène de bagarre où l’arme du héros c’est une banane. Pas le fruit, le truc qu’on accroche autour de la taille. Y a d’autres armes bien épicées aussi mais là, je vous laisse découvrir.

Everything everywhere all that once, Waymond is fighting

Une infinité de possibles

Les Daniels explorent le concept de multivers pour nous en proposer une réécriture hyper intéressante. En gros chaque décision prise crée un nouvel univers. Une idée déjà exploitée par ailleurs genre le film Pile ou face que j’ai jamais vu. Mais j’aimais bien la chanson d’Aqua qui servait de BO pour le film et qui passait en boucle sur MTV à l’époque. Y avait l’arbre des possibles de Bernard Werber. Bref, il existe des dizaines, des centaines de versions alternatives d’Evelyn et grâce à un appareil dont on saura peu, il est possible de sauter dans une version alternative pour choper ses compétences. Mais pour épicer un peu ce pitch, ce saut d’univers n’est possible qu’en… exécutant une action totalement absurde. Genre mettre ses chaussures à l’envers, manger un stick de baume à lèvres. Et ca va crescendo dans le film. 

Michelle Yeoh et les multivers

Un empilement de scénettes

C’est toute la force du film. On passe de la trame principale, une quinqua aigrie et peu sympa qui devient héroïne du multivers un peu malgré elle, à des tas d’historiette mettant en scène d’autres versions d’Evelyn. Par dessus ça, on créé une antagoniste totalement barrée. Je vais pas tout dire mais une de ses caractéristiques, c’est de changer de look selon sa variation et l’époque où Lady Gaga nous gratifiait des tenues les plus extravagantes, c’est rien à côté. Vraiment, rien. 

Jobu Tupaki, style inimitable

Et soudain, la douceur

Et puis viendra la résolution. Douce et légère. Une conclusion qui fait du bien à l’âme. Je parle pas forcément de la narration, d’un simple happy end toujours prévisible. Non, je parle du déclencheur de la résolution. Le fait que, pour une fois, on nous épargne du cynisme. Si vous avez vu le film, je vous renvoie à la vidéo de M. Bobine sur le sujet. Il spoile à balle mais son analyse est brillante. 

Everything, everywhere, all at once

Un bonbon pour les cinéphiles… et les autres

Et puis le film est généreux en grammaire narrative. Du foreshadowing, du set-up, pay off, un ou deux fusils de Tchekhov dont un assez épicé, ma foi… c’est ce genre de film qu’il faudrait regarder plusieurs fois pour saisir tous les indices et clin d’œil. Mais au pire, on peut « juste » regarder le film, se laisser guider par une narration au rythme enlevé. Ce film est un bonbon qu’il faut savourer. Il pique mais il est doux à la fois. Go go go ! 

Nina

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