RACONTE MOI DES HISTOIRES

Pour bien raconter les histoires, il faut aussi savoir les écouter

Don’t look up ou comment embarquer le spectateur dans ton univers

Avec réussite mais on a frôlé le mur de près. Je suis une boulimique de fictions et j’aime analyser ce qui m’a plu ou pas, les réussites ou échecs narratifs. Parce que la narration, c’est comme la cuisine. Quand on identifie un ingrédient qu’on aime bien, on a envie de le décliner. Même si ça ne fait pas l’unanimité alors que je ne comprends pas ce que vous reprochez à l’estragon. Donc parlons de ce film que j’ai particulièrement aimé, Don’t look up. Film que j’ai cependant failli couper à 30 mn car niveau suspension consentie de l’incrédulité, on y allait un peu trop fort. Mais joli rattrapage vers le milieu du film.

Don't look up

Un film à priori peu subtil dans son message

Alors je vais pas mal spoiler pour m’expliquer. Si vous n’avez pas vu le film, je vous le recommande car il est à la fois drôle et un peu émouvant. Je l’ai peut-être aussi bien aimé car j’avais lu plein de gens dire que ça méritait pas tout ce ramdam et je m’attendais à un truc un peu nul. Ce ne fut pas le cas. Mais le fait de partir avec un à priori négatif me rend peut-être un peu indulgente. Mais moi qui ne supporte pas les films chorals, là, j’ai vraiment passé  deux heures très agréables. Enfin, 1h30 plutôt. Car ce film a un message métaphorique peu subtil et pendant les trente premières minutes, la métaphore ne marche pas. Oui, on a compris, la comète, c’est le réchauffement climatique mais tu peux pas avoir un déni sur un truc tangible. Tu ne peux pas nier qu’un train te fonce dessus alors que tu le VOIS. Mais passé cette première demi-heure où je ne comprenais pas pourquoi tout le monde était si con, un rebondissement vient donner une nouvelle couleur à l’histoire. Attention, zone spoiler dès le prochain paragraphe.

Leonardo Di Caprio dans Don't look up

La connerie du personnage n’est pas un rebondissement acceptable

Dans les narrations, je déteste les personnages cons. Mon mec avait par exemple arrêté de regarder The Walking Dead parce que les personnages se mettaient toujours stupidement en danger. Bon, déjà, l’univers ne respecte pas ses propres règles. On nous explique au premier épisode qu’il ne faut surtout pas faire de bruit car ça attire les zombies. Ok. Surtout être prudent quand on utilise des armes à feu et… ils sont tout le temps en train de canarder sans raison. Genre à la saison 2, ils s’organisent un stand de tir à proximité d’une forêt qui peut cacher des trouzaines de zombies. Mais ? Pareil, ils arrivent à se créer une enceinte hyper sécure et t’as toujours un personnage qui va mal fermer la porte parce que… sinon, il ne se passe rien. Je déteste les rebondissements basés sur le simple fait que les personnages sont cons. Genre La Casa del Papel. Cette série aurait fait trois épisodes max si les personnages n’étaient pas aussi débiles. Même le Professeur dont on nous dit qu’il est super intelligent. L’idée de départ de cette série était si brillante, quel gâchis. Encore. Bref, comme dirait Ratelrock “Pourquoi tel personnage fait ça ? Parce que sinon, y a pas de film.”

Casa del Papel : une série qui existe parce que ses personnages sont stupides

Quand tout le monde est con, ça agace

Et Don’t look up commence vraiment comme ça. La première demi-heure, j’étais là “non mais ça marche pas, ton truc.” D’ailleurs, les scénaristes doivent en avoir plus ou moins conscience puisqu’ils utilisent l’irrationnalité totale des personnes comme ressort scénaristique. Alors que le danger est imminent, Kate et Malcolm ne comprennent pas le désintérêt de leurs interlocuteurs. Evidemment, ça sert aussi ce côté “deux univers qui se rencontrent et qui n’ont pas les mêmes règles”, notamment avec le personnage de Kate, très “brute de décoffrage”. En assénant une simple vérité, sans fard, elle est vite mise au ban de cette sphère politico-médiatique qui ne veut pas d’une femme qui crie. Alors, c’est drôle, je dis pas. Mais on parle d’une comète, c’est impossible que personne d’autre ne la voie arriver. D’ailleurs, ça nous donne une scène totalement pétée où les autres pays confirment l’existence de la comète mais où Malcolm et Kate se font pourrir car ils ont dit que la collision était sûre à 100% mais que les calculs de la NASA disent plutôt 99%. Quoi ? 

Kate pète un câble dans Don't look up

Une caricature de l’Amérique justement féroce

Et puis arrive la scène d’annonce de la comète avec une Meryl Streep géniale dans son rôle de Donald Trump avec ovaires et la mission sauvetage avortée caaaaaaar… y a de l’or sur la comète et tout un tas de métaux précieux. On entre alors dans un bijou de cynisme où les intérêts des uns et des autres vont s’affronter pendant des heures et… personne n’aura réussi à dégager la comète. Bon, les interventions internationales sont balayées avec une astuce scénaristique de feignant selon moi. Oh non, pas de chance, tout a pété, y a plus de fusée russo-chinoise. Ouais, bof. Mais les archétypes américains fonctionnent bien. J’aime beaucoup le personnage de Malcolm, par exemple, qui se laisse séduire par la célébrité et perd de vue sa rigueur scientifique. Et que dire du personnage de Peter Isherwell, parfaite caricature d’un Jeff Bezos ou Elon Musk. 

Meryl Streep est Président des Etats-Unis dans Don't look up

La caricature, un exercice difficile

La caricature est souvent un exercice difficile. On peut très vite passer de “féroce mais juste” à “purement gratuite et méchante”. Il faudrait que je reprenne mes travaux sur les popular teens du lycée. Mes travaux, genre “regarder des séries et des films et me dire “mmm, y a un sujet, là”. Il y a toujours une certaine cruauté dans la narration de la chute des teen queens, comme un parfum de mesquinerie et d’aigreur mal digérée. La détestation de la fille populaire, ça pue l’incel, permettez-moi de le dire. Une narration est un reflet d’opinion, quoi qu’on en pense et nos personnages sont des archétypes. Selon nos systèmes de valeur, on va placer certains archétypes dans le camp du bien et les autres dans le camp du mal. Dans Don’t look up, ce n’est pas si tranché que ça. Si “Meryl Trump” et son rejeton peu futé, tout comme le Elon Bezos local ne sont jamais du bon côté, Malcolm navigue de l’un à l’autre selon… l’activité de ses hormones, finalement. Quant à Kate, si elle reste droite dans ses convictions de bout en bout, elle s’en sort plutôt mal dans le film. Devenue un mème ridicule, elle passe de thésarde en astrophysique à caissière dans une supérette et se tape un post-ado parce que de toute façon, on va tous crever. Point Thimothée Chalamet : ça fait deux fois que je le vois dans un film où il se tape une femme plus âgée. Mmm.

Don't look up, une caricature réussie

Rendre des archétypes humains

Don’t look up marche car il a de l’équilibre. Ni plus, ni moins. Si la Présidence est totalement teubê, sans point de retour possible, les autres personnages oscillent. La caricature est féroce mais suffisamment fine pour faire rire sans vanne oppressive. Ou s’il y en a, je ne les ai pas notées. Et je crois que c’est là le Graal de la réussite narrative, finalement. L’équilibre. Ce film est souvent très drôle mais la fin m’a marquée. La scène du dernier repas est très belle. Juste parfaite. Et même les ultimes vannes qui suivent ne cassent pas la marque que cette scène laisse. Elles dédramatisent sans désamorcer ce que l’on a vu juste avant. Le cynisme s’étant jusqu’à la dernière seconde mais on a eu droit à un superbe moment de grâce. Malgré la caricature, volontaire, Don’t look up a réussi de faire de ses archétypes des personnages profondément humains. Des personnages auxquels on s’est attachés sans même s’en rendre compte. 

Nina

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