Raconte moi des histoires

Pour bien raconter les histoires, il faut aussi savoir les écouter

Choisir le bon ton pour ton personnage

Cet été, je me suis replongée dans la lecture. Je ne lisais plus depuis mars-avril, environ. Un peu sur liseuse quand je prenais le tram mais chez moi, non. Le soir, je traînais sur mon téléphone… Oui, j’ai sans doute fait une petite dépression mais peu importe. C’est revenu. Surtout que je m’offre toujours une petite séance lecture sur la plage à côté de chez moi, après ma séance de sport. Ma mère m’ayant prêté Le guerrier de porcelaine de Mathias Malzieu, je m’y suis plongée sans aucun à priori. Et j’ai pas aimé. Mais vraiment, chaque page m’exaspérait. Essentiellement parce que ça sonnait faux de fou. Donc un petit article sur le bon ton.

Le guerrier de porcelaine de Mathias Malzieu

Un enfant de dix ans qui n’existera jamais

Revenons rapidement sur Le guerrier de porcelaine. Je n’avais jamais rien lu de Mathias Malzieu. J’ai juste vu La mécanique du coeur que j’avais pas aimé parce que niveau “mec qui demande du care à une femme juste parce qu’il la trouve jolie” et qu’il manque de mourir parce qu’elle ne lui rend pas ses sentiments, comment dire… Bref. Je commence à lire donc. L’histoire d’un enfant de quasi 10 ans en pleine seconde guerre mondiale. Sa mère vient de décéder en couche et il est expédié en Alsace ou Lorraine, chez sa grand-mère. Il passe donc de la zone libre à la zone occupée et doit se cacher. Les jours étant longs et ennuyeux, il écrit un cahier et le roman est censé reprendre le dit cahier. Sauf que… ben, ça va pas du tout. Jamais un enfant de 10 ans s’exprimerait ainsi, en fait. Ou n’aurait ce genre de pensées, de préoccupation. Jamais je n’ai entrevu le bon ton, dans ce roman. Ce qui m’a empêchée d’y rentrer.

Trouver le bon ton dans l'écriture

Des enfants qui n’ont pas le comportement de leur âge

J’ai toujours eu un souci avec les enfants dans les romans. Ils ont rarement le comportement attendu pour un enfant de leur âge. J’étais particulièrement agacée par la petite Maja dans les romans de Camilla Läckberg qui, du haut de son un an, galopait et parlait assez clairement. Déjà, un enfant de un an qui marche, c’est pas la majorité alors qu’ils courent… Quant à la parole, on estime qu’un enfant commence à parler entre 10 et 16 mois. Enfin, babiller “papa”, “maman”, “non”. Pas une phrase. Et si moi, grande nullipare, je m’en rends compte, j’imagine même pas pour les parents…

Premiers pas de bébé

Un enfant qui est à la fois hyper gamin et trop mature

Et dans le Guerrier de porcelaine, c’est absolument ça tout le temps. C’est pas compliqué : avant que l’âge du narrateur ne paraisse au détour d’une phrase, je ne comprenais pas quel âge il était censé avoir. Au tout début du roman, son père lui annonce qu’il va partir chez sa grand-mère “pour l’instant” et le gamin part en délire sur la notion de “pourlinstant” qui devient une unité de mesure à part entière. J’imagine plutôt un minot de 5 ou 6 ans. Surtout qu’on l’appelle encore “Mainou”. Petit Germain. J’ai un neveu de quasi 10 ans,  je pense qu’il va faire la gueule si je l’appelle par son surnom de petit garçon. Il a la notion du temps et ne pérore pas pendant des heures sur “pour l’instant”, qu’il comprend parfaitement. Le gamin de quasi 10 ans du roman ne pine pas grand chose à la guerre. Pourquoi pas. Mais à côté de ça, il se réjouit quand une femme le serre contre lui et du contact de ses seins dans son dos. Quoi ? Alors selon les dernières rumeurs familiale, mon neveu de quasi 10 ans aurait une amoureuse mais je pense bien qu’il n’est pas particulièrement intéressé par la notion de sein et qu’il n’est pas du tout érotisé. 

Un enfant regarde rêveusement à travers la fenêtre du train alors qu'il pleut
Saturnin, quasi 10 ans

Se glisser dans la peau de celui que tu n’es pas

Bref, ça tatônne, ça tatônne mais je ne trouve aucune crédibilité quant à l’auteur supposé de ces pages. Ca sonne faux tout du long. Trop adulte, trop bébé. Jamais je n’ai ressenti le bon ton. Sans parler du style extrêmement ampoulé de Malzieu. Ok, on peut dire que c’est le style de l’enfant, un style très imagé de gosse plein d’imagination. Sauf que quand il lit une lettre écrite par la femme aux seins, elle écrit exactement de la même façon. Ca, on va en reparler. Mais à la limite, cette histoire de style, c’est une question de goût. Moi j’ai trouvé ça d’une lourdeur incroyable, y en a qui adorent, on va pas débattre là-dessus. Ce dont je veux parler, c’est du bon ton à adopter quand tu décides d’écrire ton roman à la première personne et que tu choisis un personnage loin de ce que tu es. C’est un exercice compliqué et là, justement, je trouve que c’est un échec.

Robin Williams dans Hook
Exemple d’adulte qui a bien bossé son sujet pour se comporter comme un jeune enfant

Pour écrire au je, il faut de l’immersion

C’est toujours tentant d’écrire à la première personne. Je le fais de temps en temps car je trouve mon style plus incisif, plus actuel. J’évite les ampoules et circonvolutions qui peuvent être un peu agaçantes. En choisissant le je, j’écris comme je blogue. Et comme je blogue bien plus que je n’écris, j’ai un peu plus de pratique dans ce sens-là. Sauf qu’il est assez rare que mes personnages soient proches de moi. Ils vivent dans des univers différents, ont une culture différente de la mienne, un âge qui n’est pas le même. Ce qui peut être assez bloquant. Genre dans Taylor Rent, je parle d’ados, c’est mon roman popular teens. J’ai bien mis en scène Instagram et tout mais point de Snapchat et encore moins de Tiktok. Parce que la vérité, ce roman n’a pas été écrit par une ado de 17 ans mais une adulte de environ 40 ans et forcément, j’ai quelques petites errances. Mais ça ne choquera pas tant qu’un enfant de quasi 10 ans qui a à la fois un vocabulaire très soutenu et ne saisit pas la notion de “pour l’instant” et qui s’obsède sur les seins d’une femme.

Popular teens et leur réseaux sociaux

Ne choisissez pas de parler pour un enfant si vous ne les comprenez pas

Bref, laissez les enfants tranquilles. Si vous voulez écrire un roman qui parle d’enfants, évitez de prendre leur place car vous n’êtes pas un enfant et ça va se sentir de suite. Ou alors essayez d’échanger au maximum avec un enfant de cet âge pour tenter de le comprendre. Tenter parce que moi, je viens de passer 4 jours avec un enfant de quasi 10 ans et j’ai toujours pas capté pourquoi il râle dès qu’il faut marcher trois mètres mais court quand on ne lui demande rien. Et j’ai pas capté les trois quarts des trucs qu’il disait parce qu’il parle trop vite et qu’il n’articule pas. Mais il a saisi très tôt les notions de temps vu qu’à 2 ans, quand je le taquinais pour qu’il me prête son jouet préféré, il me répondait avec sérieux “tout à l’heure”, ce qui voulait dire “jamais”. Ah, les enfants…

Nina

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