Raconte moi des histoires

Pour bien raconter les histoires, il faut aussi savoir les écouter

Le cliché du héros de type homme providentiel

Parfois c’est une femme mais un peu plus rarement. Alors aujourd’hui, on va parler de ce cliché de l’homme providentiel ou de l’Elu qui m’agace au plus haut point. D’abord parce que je déteste les narratifs autour d’un personnage “hors du commun”. Et en plus, ça a un impact sur notre quotidien où on attend souvent l’arrivée providentielle d’un individu qui changera tout. Notamment en politique. Alors que, révélation, l’homme ou la femme providentielle, ça n’existe pas.

L'archétype de l'homme providentiel

De temps en temps, une vieille série que j’avais manqué à sa sortie débarque sur une plateforme. Trop cool, je vais pouvoir rattraper mon retard ! Surtout si les gens disent plutôt du bien de cette série. Comme, par exemple, Falling Skies avec Noah Wyle, le gentil Docteur Carter de la série Urgences. Série que je me refais actuellement, en VO, et qu’est-ce que c’était bien, les premières saisons. Donc Falling skies, c’est l’histoire d’une invasion extraterrestre, on va suivre un groupe de résistants quelque part vers Boston. Parmi eux, Tom Mason, ancien prof d’histoire à l’université. Il est le commandant en second de son unité de résistance et a perdu un fils, enlevé par les extraterrestres.

Falling Skies

Dans la saison 01, on comprend rapidement que la famille Mason est la colonne vertébrale de la série. Nous comptons le père et trois enfants donc un capturé. Durant la saison 01 : un médecin hyper réputé débarque, c’est le meilleur ami de Tom, celui qui a assisté à la mort de la femme de ce dernier. Le fils aîné, Hal, a une petite amie, Karen, qui se fait kidnapper par les extraterrestres dans les premiers épisodes. Et paf, elle va devenir une antagoniste majeure. Hal qui a aussi une belle gueule qui permet à nos héros de s’en sortir quand ils sont pris en otage dans l’épisode 01 ou 02 par le gang de Pope. Le fils kidnappé, Ben, sera récupéré. On aura alors un paquet d’intrigues autour de lui en mode “est-il vraiment de notre côté ou contrôlé par les ET” ? Il a également des superpouvoirs très pratiques quand il s’agit de savoir ce que font les extraterrestres ou pour pouvoir communiquer avec eux. Tom a aussi un une liaison avec Ann, la médecin du groupe. A noter que c’était fort pertinent d’appeler des personnages majeurs Hal et Ann. Des sonorités qu’on ne confond pas du tout…

Falling skies, Tom et Ann

Bref, la famille Mason est vite au coeur de tout. D’ailleurs, dès que des extraterrestres, amis ou ennemis, veulent communiquer avec les Humains, ils réclament toujours à parler à Tom. Tom qui sera élu Président d’une communauté autonome mais ça l’embête un peu parce qu’il aimerait mieux être sur le terrain. Tom qui sera le père supposé d’un enfant magique, hybride. On n’a pas bien compris d’où sortait cette histoire de bébé hybride mais c’est peu ou prou une adaptation de l’enfant hybride de V avec juste une dose de mysticisme pété en plus. 

Lexi et Ben dans Falling Skies

Alors cette série a mal vieilli. Les effets spéciaux sont assez moches. Même si le fait qu’on s’avale les cinq saisons d’un coup permet d’admirer les progrès des CGI, notamment sur les mécas, les robots qui ressemblent à de lourdes boîtes de conserve qui font beaucoup de bruits quand ils se déplacent. Et l’écriture est assez typique des séries des années 2010. L’époque où on avait droit à un épisode par semaine, où on essayait de délayer l’histoire sur un certain nombre d’épisodes par saison avec des débuts et fins de saison tonitruants et pas mal d’ennui au milieu, quelques personnages secondaires qu’on lance au cas où on aurait besoin d’eux et qui disparaissent comme ils sont venus. De toute façon, à part la famille Mason, le reste ne compte pas trop.

La famille Mason : Tom, Hal, Ben et Matt

Le pire, c’est que l’antagoniste le dit régulièrement. “Ah mais ça concernerait un membre de la famille Mason, ce serait pas la même chose, tout le monde se plierait en quatre pour sauver un de ses gosses.” Et c’est absolument vrai. L’intégrité des personnages doit se sacrifier pour l’Humanité sauf la famille Mason. On privilégie le groupe sauf si l’individu menacé est un membre de la famille Mason. Un magistral « faites ce que je dis et pas ce que je fais » de cinq saisons. Et ce traitement de faveur a déjà tendance à rendre les membres de la famille assez agaçants car on les sent tous gonflés de leur propre importance mais en prétendant le contraire.

Hal dans Falling skies
Oui, lui, c’est censé être le fils de Noah Wyle…

Mais surtout, ça désamorce les enjeux. On n’a jamais peur pour eux parce qu’on sait qu’ils survivront à chaque fois. Surtout Tom. On nous cale plusieurs fois le suspense de “Tom va-t-il survivre ?”, ça sert de cliffhanger de fin de saison à plusieurs reprises mais… Qui a le doute ? La série est construite autour de lui, évidemment qu’il va survivre. D’ailleurs, y a qu’à voir la panique dès qu’il disparaît un demi-épisode, tout le monde se met à tourner en rond en se demandant ce qu’ils sont censés faire. A un moment, Tom disparaît pendant quatre mois, les personnages passent leur temps à parler de son absence. Alors qu’on est dans un univers post-apo où il y a des morts en permanence. On sait que Tom reviendra. On sait qu’aucun membre de sa famille ne sera sérieusement blessé ou tué. De toute façon, quand c’est le cas, la technologie extraterrestre va sauver celui ou celle qui va mal.

Et c’est tout le souci que j’ai avec les Elus. Non seulement ils sont un désamorceur de suspense puissant mais en plus, ça finit par les rendre antipathiques. Parce que tout le monde est à fond sur eux et eux, ils sont là à chaque fois : “Non mais je ne suis qu’un être humain normal, je n’ai rien de particulier”. Sauf que petit à petit, ils installent une dictature. Hé oui. Même s’ils sont censés être habités de bonnes intentions, ils finissent toujours par imposer leur volonté au groupe. C’est tellement explicité dans Falling Skies que ça en est presque risible. Vraiment, le soit-disant antagoniste n’arrête pas de dire “Quand la famille Mason dit, on n’a pas droit de contredire” mais la série passe son temps à lui donner raison ! Alors que l’antagoniste est censé être un personnage désagréable, une épave porté sur la violence et l’alcool. Même si on sent que les scénaristes avaient d’autres ambitions pour lui, surtout dans la saison 01 mais qu’ils n’ont pas réussi à la sublimer. Soit parce qu’ils sont nuls, soit parce qu’il ne fallait pas un contre-poids trop important à Tom.

Pope dans Falling Skies

Et on a à peu près la même dans de très nombreuses fictions. Genre Rick dans The Walking dead. Le mec débarque dans un petit groupe constitué et hop, en deux minutes, il décide de tout, la vie de sa femme et de son fils mérite que tout le monde se mette en danger. Alors que, encore une fois, des gens meurent en permanence dans cet univers. Notamment la soeur d’Andrea. Ou Sofia. “Oui mais Sofia, Daryl la cherche”. Oui parce qu’ils ont trouvé une planque dans le coin et c’est bien le seul à s’en préoccuper, d’ailleurs. Les autres préfèrent s’entraîner au tir alors qu’on nous répète dix fois par épisode que les zombies sont attirés par le bruit. Daryl, justement, qu’on isole assez régulièrement du groupe parce que les showrunners savent très bien qu’on le préfère, lui, à Rick et sa famille horripilante. 

La famille Grimes réunie

Bref, je rêve d’une fiction où il n’y a pas un homme providentiel qui se lèverait pour les guider tous tel un Moïse. Une fiction où les membres d’une communauté agissent à part égale, où ce n’est pas toujours le même qui décide de façon unilatérale pour tout le monde. Surtout que quand le groupe fait l’inverse de ce qu’il dit, à chaque fois, ça vire à la catastrophe. Lourdeur infinie. J’aimerais qu’on nous raconte l’histoire de vrais humains faillibles qui débattent, hésitent, se trompent. Parce que, peut-être, ça éviterait que, dans la vraie vie, on ne voit la politique que par le prisme de quelques individus qui prennent le micro pour réciter un discours. Que le charisme supposé de l’un ou de l’autre ne soit pas un critère en soi. Parfois, les politiques sans charisme ont aussi un (ersatz de) programme tout pourri et c’est de ça dont on devrait parler. De la même façon, on ne sacraliserait plus les patrons qui savent “forcément” ce qu’ils font car ce sont des leaders, bla bla bla.  Non, vraiment pas. Ma carrière est remplie de patrons qui font n’importe quoi. Juste que c’est eux les chefs et que personne n’a son mot à dire.

Manager toxique

Bref, commençons à raconter des histoires de collectivités égalitaires, ça pourrait changer la donne. C’est sûr que ce n’est pas un exercice facile puisqu’on a besoin de caractères bien définis pour pouvoir s’identifier mais après tout, pourquoi pas ? 

Nina

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