RACONTE MOI DES HISTOIRES

Pour bien raconter les histoires, il faut aussi savoir les écouter

Femme sexuelle, femme mortelle

L’avantage quand tu avales des quantités astronomiques de fictions, c’est que tu repères rapidement certains clichés qui t’exaspèrent afin de ne pas les glisser dans ta propre prose. Parmi ces clichés, il y en a un qui m’exaspère au plus haut point, essentiellement parce qu’il dégouline de misogynie : la dangerosité de la femme sexuelle. L’archétype Catherine Tramell, en un sens.

Les femmes sexuelles : Catherine Tramell

Les femmes qui aiment le sexe sont suspectes

Comme vous le savez, en ce moment, je patauge en plein bore-out au boulot donc je mate pas mal de séries ou téléfilms (ou des sketches québécois même si je comprends pas toujours tous les mots). Arrêtons-nous sur deux cas même si je pourrais multiplier à l’infini : Ascension et Under the dome. Que je ne recommande pas, ni l’une, ni l’autre. J’ai maté ces deux séries successivement et ça m’a sauté aux yeux : la meuf qui aime le cul est mauvaise. Dans Ascension, c’est la petite hôtesse ambitieuse, dans Under the Dome, c’est Maxine. Ce personnage m’a rendue folle tellement il est mal écrit. “J’aime le cul, j’aime les trucs illégaux, je suis une méchante”. Oh mais pitié !

Maxine Under the dome

Plus t’es libérée, plus t’es méchante

Au XXIe siècle, on en est encore à assimiler la femme qui a une sexualité épanouie et qui couche sans sentiments à une femme vénéneuse. Si elle est mère maquerelle, alors, là, c’est le summum de la dangerosité, regardez Altered Carbon ou Riverdale. Même dans Desperate Housewives, la plus libérée est la “méchante” de service. Dès que tu ne sacralises pas un peu le sexe, tu ne vaux rien. On est toujours dans cette vision dichotomique du “bon sexe et du mauvais sexe” dans les séries américaines. En gros : pas de sentiments, bonne levrette claquée voire un amazone endiablé. Sentiments : musique romantique et les personnages “font l’amour” les yeux dans les yeux. Sex and the city échappe légèrement à ça même si Samantha est plus un comic relief qu’un véritable personnage neuf fois sur dix. Elle est la snobinarde odieuse qu’on a tous au fond de nous.

Samantha Jones, la femme sexuelle

Personne n’aime les femmes sexuelles

Et ce côté “impur” est juste insupportable. Bon sang, c’est un archétype tellement moisi qu’on le retrouve dans toutes les productions AB production (remember Nathalie ou Ingrid, mère maquerelle en son temps). Alors on pourrait admettre ce type de personnages de temps en temps mais c’est systématique. Exemple assez troublant : le téléfilm Péchés de jeunesse. Ca se passe dans un lycée, y a une nouvelle qui débarque et qui a l’incendie de la forêt amazonienne au cul. Elle couche avec deux ou trois personnages dont le good guy qu’elle a limite violé puis elle décède dans un accident de voiture. Et tout le monde s’en fout. Littéralement. C’était un peu “oh non, Bidulette est morte. Bon, elle était un peu problématique aussi”. 

Péchés de jeunesse, téléfilm

Vraiment zéro suspense

Alors pourquoi ce cliché est insupportable. Evidemment parce qu’au 21e siècle, il serait sympathique d’admettre qu’on peut avoir une sexualité un peu épanouie (même pas tant que ça dans la plupart des cas susnommés) sans avoir vendu son âme au diable ou sans vouloir manipuler ou tuer les gens ou je ne sais quoi. Surtout que ce cliché est si répandu qu’on le voit venir à des milliers de kilomètres et ça désamorce toute la suite. Quoi qu’il arrive, on sait que la succube de service ne l’emportera pas au Paradis. Ca ampute littéralement la suite de l’histoire. Pourquoi nous injecter un personnage dont on connaît déjà la trajectoire ?

Melisandre dans Game of Thrones
La queen de la sexualité qui engendre la mort

Moralité : vous voulez écrire un personnage de femme très sexualisée ? Pourquoi pas. Evitez juste de la rendre forcément dangereuse. On peut aimer le sexe sans être vicieuse. C’est fou, non ?

Nina

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