Moi, j’aime bien ça, être sarcastique. Second degré, t’as vu. Sauf que comme dirait le grand sage Karim Debbache “C’est pas parce que c’est du second degré que ça devient bien.” Tiens, faudra que j’écrive une petite logorrhée sur le second degré sur Citizen Bartoldi… Antépénultième article sur “Je peux très bien me passer de toi” de Marie Vareille et aujourd’hui, on se demande si l’écriture sarcastique, c’est ok.

Un livre dont j’attendais plus
Est-ce que j’ai été déçue par la lecture de “je peux très bien me passer de toi” ? Oui. Parce que, pour rappel, j’aime bien Marie Vareille. Ok, ce roman est de la comédie romantique tendance chick litt. J’en ai lu pas mal à une époque et je ne supporte plus le genre. Parce qu’on dirait que c’est impossible de s’adonner à ce type de récit sans tomber dans les clichés. L’héroïne gourdasse voire totalement ridicule, passionnée de littérature anglaise. La meuf belle mais perdue dans sa vie qui part pour réaliser un projet professionnel mais n’arrive pas à se mettre en route. Et le cliché du “d’abord ils se détestent puis ils s’aiment” dont l’autrice se moque… avant de plonger dedans tête la première. Oh Lord…

Un genre bourré d’archétypes
“Je peux très bien me passer de toi” m’a laissé une impression confuse. J’ai pas bien aimé, oui. Mais je ne suis pas certaine d’avoir saisi les intentions de l’autrice. Le roman était agaçant comme une fiction chick litt avec ces personnages archétypaux et un phrasé un peu punchline. Assez typique des magazines féminins où la plume doit créer une connivence avec la lectrice via des expressions un peu rigolotes. Vous savez, ce genre de phrases “elle se sentait aussi désirable qu’un vieux camembert oublié en plein soleil d’été”. Et je suis assez friande de ce genre de formules. Mais là lecture de ce roman m’a fait réaliser qu’autant j’aimais les écrire, autant les lire… Mais c’est peut-être juste parce que là, c’était forcé.

Te moque pas de moi, s’il te plaît
S’il y a un truc que je déteste en fiction, c’est l’insincérité. Je déteste les trucs forcés ou créés pour de mauvaises raisons. C’est là que l’écriture sarcastique peut m’horripiler. Si tu écris dans un genre que tu n’aimes pas pour de mauvaises raisons genre la tune, ça se sent. Si tu écris en ricanant et en te moquant de ton public, ça se sent. Et c’est insupportable. C’est là, la clé de l’écriture sarcastique : est-ce que tu te moques avec ton audience ou tu te moques d’elle tout court ? Parce que moi, j’aime le sarcasme mais j’aime pas trop qu’on me prenne pour une teubé.

Un problème de dosage
Dans le cas de Marie Vareille, sur ce roman, je pense que le problème vient du dosage. Une fois de plus, c’est ma perception. Peut-être a-t-elle écrit son roman au premier degré, utilisant des clichés qu’elle n’avait pas identifiés tout en se moquant d’un qu’elle reconnaissait être éculé. Peut-être suis-je aussi biaisée par la bonne image que j’ai d’elle. Mais si je perçois du sarcasme, je n’ai vu ni cynisme ni insincerité. Je pense juste qu’elle a voulu adopter une écriture sarcastique mais n’a pas dosé. C’est la pincée de sel qui n’a pas suffi.

Assumer totalement son sarcasme
Dans un article publié par ailleurs, j’avais comparé Don’t look up et Mickey 17 sur l’utilisation de certains archétypes, à savoir celui du tycoon et celui du CEO visionnaire. Parce que Mickey 17 ne se montrait pas assez féroce dans sa caricature, ces archétypes tombaient un peu à plat. “Ah oui, ok, il a fusionné Trump et Musk… Super, ça me rappelle l’actu”. Dans Don’t look up, Meryl Streep incarne un alter ego feminin à Trump sans aucun doute possible. Mais la caricature et le sarcasme étant totalement assumés, on rit de bon coeur. C’est subtil mais en gros, quand on choisit l’écriture sarcastique, faut pas se cacher derrière son petit doigt à la première occasion.

Et si je tombais dans le même travers ?
Ca me plonge dans l’hésitation. Depuis quelques temps, j’ai envie de relancer une idée de soap opera que je publierais sur Wattpad. Pour rigoler. Sauf que le risque de tomber sans les travers de l’écriture sarcastique est grande. Parce que j’ai envie d’étudier les soaps et lister les détournements classiques. Quand je dis étudier les soaps, comprenez “lire les articles wikipedia sur chaque personnage. Ou éventuellement des vidéos récap mais je ne sais pas si j’aurai tout ce dont j’ai besoin. En plus, les pages les plus fournies sont en anglais donc c’est un projet à la fois fun et utile. Mais du coup, si j’utilise tous ces clichés, à quel degré vais-je le faire ? Est-ce que la moquerie ne suppurera pas de mes écrits ? Alors qu’en plus, j’ai envie de l’écrire un peu premier degré car j’adore l’intensité du genre. Même si on se retrouve parfois dans des relations quasi incestueuses vu que les enfants prennent souvent dix ans en quelques épisodes parce que les enfants de 3 à 16 ans intéressent peu les scénaristes. Et qu’on parle de personnes riches peu empathiques, plutôt incompétentes, qui passent leur vie au resto ou à forniquer au lieu de bosser… Tout ce que j’aime dans la vraie vie.