Raconte moi des histoires

Pour bien raconter les histoires, il faut aussi savoir les écouter

J’ai voulu tester pour vous la dark romance

Et ça m’a bien énervée, on ne va pas se mentir. De temps en temps, je me dis que je devrais sortir un peu de mon snobisme intellectuel car, s’il le faut, je condamne sans savoir. Genre Guillaume Musso. Je me dis parfois que je devrais me pencher sur son travail au lieu de me moquer sans savoir. Bref, j’ai lu une BD issue d’un de ses romans, La vie secrète des écrivains. Bon bah encore un auteur qui se place en personnage principal de son roman et qui ne peut s’empêcher de voir son Saint Phallus comme McGuffin du personnage féminin sensuel et mystérieux. Et j’ai voulu tenter l’expérience avec la dark romance. Autant vous dire que ça a floppé.

La dark romance

De la dark romance, je n’avais qu’une expérience limitée. Deux tomes d’After, un tome de Beautiful Bastard et idem pour La princesse de papier. Avec, souvent, ce même crescendo de l’héroïne un peu réticente mais qui va de plus en plus loin avec le héros, jusqu’à la sacro-sainte pénétration. La dark romance a été pas mal vilipendée ces dernières années à cause de ses excès. Un consentement peu respecté, des relations extrêmes allant jusqu’à la pédophilie. Mais je me disais que dans certains cas, le procès était peut-être un peu expédié et que les choses devaient être un peu plus nuancées. Ayant fini d’écouter plusieurs romans dystopiques, j’avais envie de changer un peu de style donc j’ai opté pour 365 jours, une dark romance qui avait fait polémique lors de son adaptation sur Netflix.

365 jours

L’histoire telle que je l’avais comprise à travers la fameuse polémique. Un mafieux sicilien kidnappe une femme parce qu’il la désire et il lui impose 365 jours de captivité pour voir si elle peut tomber amoureuse de lui ou pas. Sauf que c’est de la dark romance donc vous vous doutez bien qu’il va pas rester sur le pas de la porte à attendre qu’elle se décide. Il lui explique qu’il ne la violera pas et attendra son consentement. Vous êtes bien urbain, monsieur. Sauf que, comprenez qu’ici, le consentement ne concerne que la sacro-sainte pénétration. En attendant, il la tripote plus ou moins régulièrement, adorant glisser son genou entre les cuisses de la donzelle pour une petite séance de frottis-frotta. Il lui lèche le cou, lui roule quelques pelles, lui touche la poitrine. Mais tant qu’il n’y a pas pénétration, ça ne compte pas.

Douche torride

Après, oui, ok, c’est sexy cette montée du désir, l’héroïne perdue entre sa peur panique de ce mec et son désir pour lui. Ah oui, j’avais oublié de préciser : le jeune homme, Massimo, est beau. Avec une grosse bite, aussi, oui. Une bite qui affole toutes les demoiselles qui la découvrent. Du moins les trois concernées en début de roman. Oui, il se fait sucer par une hôtesse dans son avion privé mais estime qu’elle en avait envie alors ça va. Bah oui, c’est pas comme s’il y avait un potentiel lien de subordination, mon petit Massimo. Il a aussi un rapport avec sa petite amie officielle mais j’en parlerai après. Donc Massimo et sa bite sont irrésistibles. Ok.

Massimo et sa grosse bite
Ahahah, j’ai envie de voir le film juste pour voir si cette scène existe vraiment (dans le livre, oui)

Maintenant, prenons la même histoire mais le mec est repoussant. Prenez le mec qui vous dégoûte le plus et rejouez les scènes dont je vous ai parlées. Les frotti-frottas, le genou entre les cuisses… Ah bah de suite, on passe de la dark romance au thriller le plus sale. Le genre de thriller que je refuse de lire depuis quelques années. Et on arrive là au problème majeur que j’ai avec cette littérature : la question du consentement n’est pas très claire, essentiellement parce qu’on considère que seule la pénétration génitale est concernée. Mais surtout : tout repose sur le fait que les héros et héroïnes sont beaux et belles, ce qui semble rendre acceptable des agressions sexuelles à toutes les pages. Agressions sexuelles dans le cas de 365 jours, violences conjugales et emprise dans le cas de After. Même dans La princesse de papier, on a un très long passage où l’héroïne a été droguée à son insu avec de la molly et est encore plus chaude qu’une baraque à frites. Le héros, le famoso bad guy sur lequel elle craque mais quand même, est-ce bien raisonnable, décide de l’aider. Comment ? En la doigtant jusqu’à la jouissance. Mais il ne la pénètre pas avec son sacro-saint phallus donc c’est un mec bien qui n’a pas profité de la situation. Je… quoi ?

Scène de sexe tirée de la série Euphoria

Pause sur les scènes de cul pour se concentrer un peu sur l’héroïne car, à chaque fois, on retrouve des éléments un peu… boring, j’ai envie de dire. On a déjà compris que dans ces fictions, le physique est important. Mais la mode l’est tout autant. Ainsi, nous avons droit à des chapitres entiers de shopping. Tessa, l’héroïne de After, va régulièrement acheter des tenues chez Karl Marc John, une marque je ne connaissais pas du tout mais qui existe bel et bien. Et qui n’est pas super bon marché, au passage, pas l’idéal pour une étudiante manifestement accro au shopping. L’héroïne de Beautiful Bastard explique pendant un chapitre entier qu’elle a des alertes ventes privées pour s’acheter des sous-vêtements Agent provocateur que son bastard n’arrête pas d’arracher au passage. Laura de 365 jours, est plus Victoria’s Secret. Alors pardon mais je m’en fous. Tu pourrais avoir une culotte Carrefour, Undiz ou Aubade que ça n’aurait aucune incidence sur le récit. C’est quoi, ça, du placement de produits ? On se croirait dans une fiction coréenne où, soudain, un personnage féminin se passe des produits vibrants sur le visage pour avoir une peau retendue. Ce genre d’objets vendus à la Redoute, oui.

Produit de beauté pour le visage, massage vibrant

Mais surtout, l’héroïne a un corps. La première fois que l’on rentre dans les pensées de Laura, on apprend ceci : 1m65, 50 kilos. Fait du sport, a de petits seins qui ne la satisfont pas vraiment. Heu… ok, bonjour madame ? Tessa, elle, passe son temps à boucler ses cheveux blonds avec son fer à friser. Il y a de nombreux jeux de miroirs dans les dark romances, quand les héroïnes sont seules. Alors oui, on pourrait se dire que ça fait astuce du pauvre pour décrire l’héroïne. Mais il y a quelque chose d’un peu plus pernicieux, à mon sens. J’ai parlé de la très fit Laura, je rajoute la jeune Ella, l’héroïne de La princesse de papier qui commence son histoire en tant que lycéenne le jour, strip teaseuse la nuit. Parce qu’elle est super bien foutue et qu’elle sait bien danser. Ok, bien. Donc des femmes très minces, sexy… Mmm…

Showgirls

Et on en arrive au point qui me fait froncer les sourcils : la pornographie. Je vais surtout parler de 365 jours, là, essentiellement parce que je ne me souviens pas tant des autres, mais dans celui-là, il y a une scène que je soupçonne reprise d’une vidéo Pornhub ou équivalent. Au début du roman, Massimo a une copine. Elle revient peut-être après, je sais pas. Massimo revient de voyage, celui où il s’est fait pomper par l’hôtesse dans les toilettes de l’avion, là. L’autrice nous explique donc que Massimo retrouve sa dulcinée à quatre pattes sur la table basse et ça part direct en sodomie. Alors ok, question : ce livre s’adresse à qui, en fait ? J’ai déjà parlé de sodomie et ça devient vraiment un red flag pour moi. Dans les oeuvres de fiction, j’entends. La sodomie est souvent un acte perçu comme subversif dans les romans et surtout me paraît être un kif d’auteur. Au masculin. Ici, je dirais même qu’il y a quelque chose d’encore plus tordu. Si Laura est loin d’être vierge, je suppose qu’elle sera celle qui aura une conduite sexuelle exemplaire. Pas ce genre de traînée à tendre son cul au premier venu, quand bien même ce serait son mec. 

365 jours, scène SM
Ah, c’est pas dit parce qu’apparemment, ça vire SM. Ou séance de muscu, je doute

Alors certes, les femmes peuvent tout à fait être émoustillées par une sodomie, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. Mais je n’arrive pas à discerner à qui s’adresse ces fictions. Je veux dire si c’est pour réécrire des scènes de porno, pourquoi s’emmerder à inventer une histoire ? Surtout qu’à côté de ça, il y a une hiérarchie dans la dark romance. D’abord des petits attouchements, du sexe oral, du doigtage puis vers les deux-tiers ou les trois-quarts du roman, la sacro-sainte pénétration. Parfois, l’héroïne en perd sa virginité (Tessa, Ella). Cette vision du sexe “si y a pas de pénétration génitale, y a pas de sexe”, me paraît quand même assez antinomique avec celle d’écrire une scène en pompant une vidéo porno. 

Ecrire un roman érotique

Il semble donc assez évident que je ne comprends pas bien la dark romance. Peut-être ne suis-je pas le public ? Peut-être que j’intellectualise trop. Cependant, j’ai du mal à prendre du plaisir à lire une histoire qui serait absolument glauque si le mec n’était pas beau. Enfin, c’est glauque quoi qu’il en soit. J’ai surtout du mal avec ces fictions franchement pas au clair et je m’interroge forcément sur les intentions de ceux qui les écrivent. J’ai toujours l’impression que le sous-texte, c’est qu’un mec beau peut tout te faire puisqu’à partir du moment où tu le désires, c’est un consentement à tout. 2026, on en est encore là. Et aussi que tu ne sais pas vraiment ce qui est bon pour toi mais le mec qui colle son genou entre tes cuisses, lui sait, t’inquiète. Laisse-toi aller, tu vas kiffer. Ca me navre.

365 jours, une histoire d'abus

Et en plus, ça me saoule parce que j’aimerais bien de la bonne littérature épicée, moi. 

Nina

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Revenir en haut de page