RACONTE MOI DES HISTOIRES

Pour bien raconter les histoires, il faut aussi savoir les écouter

Mets de la vraisemblance dans ton écriture

Oui mais jusqu’à quel point ? Dans mon immeuble, les gens laissent régulièrement des livres aux boîtes aux lettres pour que l’on puisse se servir. Fort urbain, me direz-vous et je suis bien d’accord. Un jour, je trouve un petit livre sur les erreurs dans Anges et Démons de Dan Brown, roman qui se passe à Rome. Moi “ah cool, je vais apprendre plein de trucs sur l’histoire de l’art et l’histoire de la ville”. Alors un peu mais c’est surtout 100 pages de “Ah mais quel écrivain médiocre !”. Je… suis plongée dans une abîme de perplexité.

Le Vatican à Rome

Qui prend un récit au pied de la lettre ?

Alors pour finir sur le cas Dan Brown : je m’en fiche un peu du monsieur. Je sais que ses écrits sont pas mal fantaisistes avec des approximations géographiques. Notamment sur Da Vinci Code où son Paris est très fantasmé. Mais je sais pas, j’admets que c’est de la fiction. Quant à lui faire un procès sur le fait qu’il en fait des caisses sur les Illuminatis, je n’y vois pas un mensonge mais une ficelle scénaristique. Les organisations secrètes, ça excite l’imagination. Normalement, ce sont les templiers, je ne vois pas bien la différence. J’ai lu les Dan Brown il y a quelques années, un peu plus d’une décennie, je crois. J’ai pas souvenir d’avoir pris ces histoires au pied de la lettre, j’ai pas eu peur des Illuminatis ou je sais pas qui… Bref, j’ai pas compris le procès d’intention. Mais poursuivons.

Illuminatis ou la vraisemblance dans le récit

Un Stockholm fantasmé

Quand je commence à broder une histoire dans ma tête, je choisis un lieu. Si l’histoire se passe dans notre monde contemporain, j’entends. Exemple : le roman de Maja se déroule à Stockholm, ville où je n’ai jamais mis les pieds. Je ne peux pas vraiment expliquer ce choix. Je ne voulais pas que ça se passe en France pour éviter qu’un message politique passe au-dessus de l’histoire. Du coup, je travaillais sur Google Map pour repérer des coins qui correspondaient à mon histoire. Mais après, peut-être que si un Suédois lit mon histoire, il va rigoler de me voir placer un super resto bobo dans un quartier hyper mou et résidentiel. Mais est-ce que ça fait vraiment sortir du récit ?

Une terrasse sur le Stockholm Ström

Ne rien laisser au hasard… ?

Car c’est une vraie question : jusqu’où pousser la vraisemblance ? Concrètement, si je lis un roman américain qui fait du XVIe parisien un quartier ultra branché ou que le personnage vit dans 150 m² alors que c’est un étudiant assez fauché, ça va me faire rire. Mais est-ce que ça va me sortir de l’histoire ? C’est un peu l’histoire de l’appart de Monica dans Friends. Pas mal de “critiques” tournaient autour du fait qu’il était inenvisageable que Monica puisse avoir un tel appart. Du coup, dans la saison 03, Monica explique au détour d’un dialogue qu’elle sous-loue cet appart à sa grand-mère. Du coup, tout redevient vraisemblable. Mais est-ce que ça m’empêchait de regarder le show. Non, pas vraiment. Je veux dire, plus près de chez nous, des étudiants glandeurs puis des chômeurs longue durée louent des baraques immenses où ils vivent en communauté… Mais là, encore, souci de vraisemblance “ohlala, le/la propriétaire nous a trop kiffé et nous a fait un super loyer, hihi”. 

Le miracle de l'amour

Trop de détails réalistes, pourquoi faire ?

Mais est-ce que la vraisemblance, ça intéresse ? C’est souvent plus une vanne qu’autre chose. Les femmes qui se réveillent déjà maquillées et coiffées, la scène de baise qui se termine par un couple qui s’endort et pas du tout un mec qui se lève pour jeter sa capote ou la fille qui se rue aux toilettes pour éviter tout écoulement de fluides… Est-ce que l’on se perd en détails réalistes ? A-t-on une scène d’attente sur le quai du métro ? Une scène aux toilettes ? Un brossage de dents qui se respecte, c’est 3 mn. Est-ce que quelqu’un, dans l’histoire de la fiction, a déjà écrit ou filmé une scène d’un personnage qui prend le métro et doit passer trois fois son passe Navigo pour que le portique s’ouvre ? Ou la version ultra agaçante du pass validé sans que le portique s’ouvre et tu restes coincé·e avec tous les gens qui te râlent après ? Non, personne n’a jamais écrit ça. Dans la fiction, les portiques du métro n’existent pas, sauf si le personnage saute par dessus pour montrer qu’il refuse les règles de la société.

Un portique ratp, le grand absent de la vraisemblance

Crédibilité plutôt que vraisemblance

Alors quoi ? Quelle conclusion ? Faut-il être vraisemblable à tout prix ? Meeeeh. Je crois qu’il faut se concentrer sur la crédibilité. Faire un minimum de recherche ne fait pas de mal. S’amuser à expérimenter pour être plus réaliste dans la description des sensations, pourquoi pas. Mais faut pas s’obséder du détail. Sauf si on aime ça mais là, c’est une autre question. 

Nina

Un commentaire sur “Mets de la vraisemblance dans ton écriture

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Revenir en haut de page