Raconte moi des histoires

Pour bien raconter les histoires, il faut aussi savoir les écouter

Joue la comme Wes Anderson

Récemment, je suis allée au cinéma. Pour de vrai ! J’ai pas commencé mon expérience sociale “je deviens une pro du ciné sans voir les films”. Et qui d’autre que Wes Anderson peut me faire déplacer en salle de ciné ? Oui, je suis follement originale, j’adore Wes Anderson. Ce doit être le seul réalisateur dont j’ai vu tous les films. Volontairement. Du coup, quand The french dispatch est sorti, j’y suis allée. Et oui, j’ai trop aimé, surtout au niveau narratif.

The french dispatch de Wes Anderson

Mon avis : c’était trop bien

Donc mon avis vite fait sur le film parce que c’est pas le sujet de mon article : j’ai vraiment beaucoup aimé. J’ai trouvé ça touchant, une belle galerie de personnages hors normes, souvent à la limite de la caricature. Mais c’est pas un film que je recommande dans l’absolu. J’ai lu pas mal de critiques sur le fait que le film était chiant. Je ne serai pas aussi péremptoire mais il y a effectivement quelques longueurs. Notamment sur l’arc narratif du peintre. A la fin, j’en avais plus rien à faire de cette histoire. Donc je ne sais pas trop qui peut aimer ou pas. Disons que c’est comme une boîte de chocolats belges. Certains adorent et se réjouissent d’avoir un cocktail de différents chocolats à goûter. D’autres détestent et sont écœurés après un seul chocolat. Métaphore un peu branlante car j’ai aimé The French dispatch et j’aime pas les chocolats belges. 

The French dispatch de Wes Anderson

Un melting-pot de genre

Voilà, point critique ciné passé, on enchaîne ! Parce que y a des questions de narration. L’Histoire, c’est celle d’un dernier numéro d’un journal et donc chaque reportage va donner lieu à un court-métrage encapsulé dans le long. Et chaque court s’offre un style narratif et visuel différent. Comme chaque journaliste a sa plume, finalement. Et ça, j’aime, j’adore. Déjà parce qu’on sent que le réalisateur s’est bien amusé. Il teste des genre et mises en scène improbables. L’humour naît de l’absurde entre l’histoire un peu grandiloquente et les personnages un peu perdus, parfois victimes du décor. 

The french dispatch de Wes Anderson
Oui, y a aussi du dessin-animé, c’est fou !

Amuse-toi dans ta création

Alors certes, je ne peux pas m’inspirer stricto sensu de travail de Wes Anderson qui joue beaucoup sur le visuel. Le visuel existe en littérature romanesque mais il faut tout décrire. Imaginez le pavé indigeste que pourrait donner un récit écrit de The French dispatch si on veut rendre compte de toute la dimension visuelle des scènes. Non, Wes Anderson, ça se regarde, ça ne se décrit pas. Oh et puis, point de non comparaison : lui n’a plus rien à prouver à personne… donc il peut s’amuser à faire une œuvre qui lui plaît plutôt qu’une machine à cash. On pourrait en dire autant de Tim Burton, je crois. A un moment, si tu as les moyens, fais les trucs pour toi. Mais voilà le point où je veux en venir : il s’amuse et ne s’interdit rien. 

Wes Anderson dans le décor de The french dispatch

Un film hors case

Souvent, quand on parle d’un roman ou d’un film, la première question est « c’est quel style ? ». Les cases sont strictes et étroites. C’est un polar, une comédie, un drame sentimental ou social, parfois, on accole un adjectif. Comédie horrifique pour Scream, par exemple. Et puis parfois, tu as des récits qui ne ressemblent pas vraiment à un genre défini, on aime parler d’ovni dans ce cas, même si… C’est juste une expérimentation du réalisateur et est-ce si grave de pas arriver à classer ? Pour revenir à the French dispatch, c’est difficile à définir. Il y a de la comédie, de l’aventure, un peu de policier, de la comédie romantique perverse à la 50 nuances (si), de la tristesse et de l’émotion… et même un étrange clip touristique. Et c’est précisément ce que j’ai aimé. Il y en a pour tous les goûts. C’est pas un film de genre spécifique, c’est un Anderson et puis c’est tout.

Le Sans blague, le french dispatch

Créer par plaisir ou par rentabilité

Et ca pose la question du plaisir de création. Il y a quelques années, j’avais tiré à boulets rouges sur un roman auto-édité que j’avais surnommé “le roman horribilus”. Le temps n’a pas modéré mes ardeurs : j’ai détesté ce roman comme jamais. Cependant, j’apporte une grosse nuance à mon jugement. Déjà, de 1, aucun roman ne peut faire l’unanimité. J’ai pas du tout aimé Les choses humaines, par exemple, dont l’adaptation filmique vient de sortir. J’ai vraiment souffert à la lecture du pire roman du monde mais son autrice, elle, elle a dû s’amuser à l’écrire. Trouver ses personnages bons, son intrigue solide. Ou elle s’est rendue compte que c’était abusé mais peut-être était-ce sarcastique, un peu comme un bon vieux Verhoeven ou Twin Peaks. Ecoutez ce podcast pour comprendre. Car finalement, c’est quoi le succès ? Arriver au bout d’un projet et en être satisfait ou gagner what mille pépettes avec ?

Twin Peaks
A propos d’univers visuel…

Réussir en déprimant ou échouer en se faisant plais’

Je parlais de Tim Burton plus haut et ce n’est pas tout à fait anodin. On parle souvent du déclin de Burton depuis, quoi, le début du siècle ? Tout est relatif. Oui, j’ai une vénération absolue pour ses Batmans et son Gotham, surtout Batman Returns qui est visuellement parfait. Je n’ai plus rien vu de lui depuis Charlie et la chocolaterie… un des premiers films que j’ai vu en arrivant sur Paris, tiens. Drôle d’écrire ça alors que je pars dans 11 jours (aaaaaaah). J’en ai un souvenir… un peu confus. J’avais vu Dark shadows sur OCS à l’époque et j’avais pas aimé du tout. Trop vénère, je crois. Je crois comme “je m’en souviens très peu mais j’avais pas aimé”. Sauf qu’on oublie un peu vite qu’au faîte de sa gloire, Burton s’est pris quelques gamelles dont Pee Wee (pas vu, pas envie), Ed Wood et Mars Attacks. Mars Attacks qui est un de mes films préférés, vraiment. Je rajoute à ça que Burton a détesté les Batman et était en souffrance sur ces tournages, je repose la question : c’est quoi le succès ? Amasser de la tunasse indépendamment de son plaisir ou de sa santé ?

Gotham City de Burton
C’est moi ou en vrai, ce que j’aime au ciné, ce sont les identités visuelles fortes ?

Mon art comme je veux

Evidemment, facile à dire quand notre art (petit a) n’est pas notre gagne-pain. Justement, c’est un luxe. Je peux écrire ce que je veux, comme je veux. Et ça, mes amis, ce sera l’une de mes résolutions 2022, je pense. Je vais expérimenter, mélanger, m’amuser. Ca et réaliser un PowerPoint Art so Wes Anderson parce que cette esthétique, j’en suis raide dingue.

Nina

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Revenir en haut de page