RACONTE MOI DES HISTOIRES

Pour bien raconter les histoires, il faut aussi savoir les écouter

J’en ai marre de la subversion

Voilà, c’est dit. Mais je vais expliciter un peu parce que dit comme ça, ça veut tout dire et rien dire. Déjà, il faudrait que je définisse ce que j’entends par subversion et surtout pourquoi je trouve que c’est le pire cache-misère de tout l’univers de la création fictionnelle. Pire que les scènes de baise gratuites, pour dire. Même si, nous allons le voir, la subversion aime le sexe. Surtout si ça passe par derrière.

Subversion, provocation

Il faut choquer la bourgeoisie

Donc la subversion, c’est quoi ? Selon le Larousse, c’est toute “Action visant à saper les valeurs et les institutions établies”. D’un point de vue de l’écriture, j’appellerais ça “choquer à tout prix ou encore “bouleverser la bienpensance bourgeoise”, un truc du genre. Sarcastique, moi ? Absolument. C’est une tentation assez forte en début de “carrière” d’écriture, quand on est jeune et qu’on veut un peu se démarquer de l’éducation peut-être un peu trop stricte que l’on a eue. Pourquoi pas, après tout. Sauf que “choquer” n’est in fine pas une bonne raison d’écrire une fiction, selon moi.

Choquée par un roman

Je déteste Bret Easton Ellis

Par exemple ? Bret Easton Ellis. Je déteste le travail de cet auteur. Déjà neuf fois sur dix, je me perds dans ses romans écrits sous acide ou je ne sais quelle substance. Flemme de chercher. Et j’ai lu du Philip K. Dick donc je ne suis pas vierge de toute expérience d’auteur sous prod. Mais K. Dick raconte une histoire. Bon, j’avoue, faut parfois s’accrocher, je me souviens avoir été bien perdue durant une longue partie de Substance Mort mais j’avais bien aimé quand même. Car il y avait un propos. Pas juste “alors c’est un mec, il est riche et beau, il va écouter du Whitney Houston à la Fnac du coin puis il va baiser une prostituée avant de la tuer de la façon la plus dégueulasse qui soit”. Oh, je ne doute pas qu’il y avait une pseudo critique de la vie New-Yorkaise où tous sont interchangeables et inutiles. Mais qui a retenu ça, franchement ? Et c’est une meuf qui a aimé les Particules élémentaires de Houellebecq qui vous dit ça.

American Psycho

Je veux bien ne pas avoir tous les outils culturels… mais quand même

Récemment, j’ai lu Bonheur ™. Enfin, non, la vérité, c’est que j’ai tenté de l’écouter et j’ai renoncé au bout d’une heure sur les sept que faisait le roman. En cause ? Alors déjà une écriture effroyable. Je vous jure, j’essaie de ne pas être dans le jugement sur le monde de l’édition mais vraiment, c’est de la merde. Mais ils ont réussi à vendre ça en mode “oui, mais c’est fait exprès, c’est pour imiter les documentaires historiques”. Mais quoi ? Et le pire, c’est que j’ai lu des critiques de gens qui trouvaient ça vraiment extra, cette pauvreté d’écriture. Non mais… Je déteste les gens qui vomissent sur l’art contemporain en mode “ouais, je vais chier sur une toile et l’appeler “Point de vue sur le monde” parce que l’art contemporain, c’est que de la merde”. Je n’ai pas d’avis particulier sur l’art contemporain parce que tout ne se vaut pas. J’ai pas les outils culturels pour tout capter, déjà, et je m’en remets à mon appréciation première. J’aime ou j’aime pas. Et si je peux admettre qu’il y a une certaine fumisterie dans ce milieu, je ne jette pas bébé avec l’eau du bain. Du coup, pour l’édition, je me rappelle que je suis pas éditrice et que je dois pas toujours avoir tous les tenants et aboutissants.

Le monde de l'édition

Trash, trash, prout

Mais là, je crois que si ce roman a vu le jour, c’est pas tant pour une question de plume que de subversion. Alors je n’ai lu que le premier septième du roman mais j’en pouvais déjà plus. On part direct sur la femme droïde du héros qui lui demande s’il veut qu’elle lui fasse une fellation. Quoi ? Puis vulgarité, vulgarité, un mec transhumé en vampire qui a des esclaves tout de latex vêtus avec boule dans la bouche, viol de la femme droïde déchargée pendant un scène tellement longue. Et évidemment, on nous précise bien qu’il y a sodomie. Si y a pas sodomie, c’est pas subversif, attention. Et puis des transhumé qui ont une bite de cheval ou un double pénis, une droïde à trois gros seins pour aucune raison… Putain, mais tuez-moi. Ca me fait penser à un film que j’ai vaguement vu qui avait une promesse de trash fort élevée. “Une affaire privée” qui se passait dans les milieux interlopes à base de boîtes échangistes, sadomaso, je sais plus quoi. C’est le genre de film que j’ai vu mais dont j’ai à peu près zéro souvenirs. Sauf d’une scène où Thierry Lhermitte mate des gens en train de baiser dans ladite boîte, semblant se demander ce qu’il fout là. Nous aussi, on se demande.

Le pire argument-vente

Je déteste la subversion quand elle le seul prétexte qu’on a trouvé pour vendre un bouquin ou un film. Choquer, je veux bien mais pourquoi ? Surtout que, pardon, mais la pipe ou la sodomie, c’est pas non plus incroyablement subversif, à partir du moment où c’est fait avec consentement. Calmez-vous, un peu. Quant aux longues scènes de viol, j’en ai déjà parlé et à part exciter l’auteur, ça n’apporte strictement rien. On peut chercher le choc chez le lecteur ou la lectrice, spectateur ou spectatrice. Mais la gratuité du procédé, si c’est juste pour faire parler, je suis pas sûre. Parce que les quelques oeuvres que j’ai citées, je ne me souviens quasiment d’aucune. Je me souviens plus avoir levé les yeux au ciel à chaque tentative de “hé, c’est trash, t’as vu ? T’es choquée, hein ?”. Non parce que t’as même pas amené ça de façon à ce que ça me fasse réagir. Tu crois qu’écrire une scène de sodomie ne justifie aucune préparation car elle sera suffisamment forte en elle-même ? Si tu me mets pas un peu d’enjeu, je vais juste penser que t’es un·e écrivain·e frustré·e qui a écrit ça d’une seule main. Et franchement… next. 

Nina

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