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Pour bien raconter les histoires, il faut aussi savoir les écouter

Enfants de fiction : je les déteste

Il y a quelques années, genre au tout début de mon blog il y a 18 ans (la vieillesse), j’avais écrit un article sur les enfants de fiction. N’étant plus toujours en phase avec les vues de mon moi du passé, je me pique de réécrire certains articles. Dont celui-ci. Parce que les enfants de fiction sont souvent un gros problème narratif qui me font sortir du récit. Et si moi, nullipare revendiquée, je ressens qu’un personnage d’enfant est mal écrit, c’est vraiment qu’il est mal écrit. C’est quoi donc le problème avec les enfants de fiction ?

Enfants de fiction, ils sont insupportables

C’est compliqué les enfants dans les fictions. Selon le personnage que tu crées, il est parfois nécessaire de lui donner un ou plusieurs enfants. Je veux dire si tu veux raconter la vie de Betty, bourgeoise quadra qui vit dans une suburb où toutes les maisons sont identiques, tu ne peux pas ne pas lui donner d’enfants. Sauf si c’est le sujet de ton roman. Typiquement, Desperate housewives. Elles ont toutes un à plusieurs rejetons et chaque nouvelle relation doit se matérialiser par un nouveau rejeton. Au début de la série, le fait que Gabrielle n’ait pas d’enfants est un sujet de conversation, par exemple. Donc oui, il est parfois légitime que tes personnages aient des enfants. Parfois, dans les séries notamment, ça permet de raconter des histoires les concernant aussi et d’étendre ta palette d’intrigues.

Lynette, l'ultime desperate housewife

C’est le cas de Madame est servie, par exemple. Que je n’ai pas vu depuis bien 20 ou 30 ans mais de mon souvenir, les deux enfants étaient plutôt bien écrits, assez cohérents dans leurs réactions. Ils n’étaient ni angéliques ni démoniaques. Parfois sympas, parfois chiants. De vrais gosses, quoi. Dans l’histoire des séries que j’ai pu voir, le pire gamin dont je me souvienne, c’est Bryan de Dr Queen. Bon, déjà, je n’ai jamais bien aimé cette série. Je la trouvais niaise et caricaturale. Genre le gentil Indien et la gentille docteure face aux bouseux du Midwest. La docteure avait adopté deux enfants qui sortaient de je ne sais plus où, Colleen et Bryan. Et Bryan était une sorte d’archétype d’über fayot niais et sirupeux. Il aimait tout, des oiseaux aux petites fleurs en passant par l’école, sa maman (adoptive), la vie, les champs… Peut-être qu’il allait fouiller dans la mallette de sa mère pour piquer des pilules roses, néanmoins, ça expliquerait. Encore que le personnage soit niais, c’est agaçant mais…

Bryan, l'enfant de fiction insupportable
Bon, peut-être que je l’aimais pas à cause de sa coupe de cheveux

Mais le pire, c’est qu’il parle comme un adulte. Pas juste la locution mais les pensées, la logique. Vous savez, ces gamins dans les fictions qui se mettent à philosopher sur la vie, la mort, accepter son destin et les épreuves de la vie parce que ça nous rendra plus fort. Aucun enfant, jamais, ne dit ça. Pas en première réaction, en tout cas. Un enfant frustré par un coup du destin va pleurer, vitupérer ou, à minima, bouder. Oui parce que faire face aux pépins, c’est pas inné, finalement, ça s’apprend. Et je parle des enfants mais moi, en tant qu’adulte, ma première réaction face à une contrariété un peu mastoc, c’est pas de hausser les épaules en mode “mmm, j’ai pris une leçon de la vie aujourd’hui, je me sens plus grande et plus forte”. Non, ma première réaction en général ressemble plus à un “fais chier !!!”. Ce n’est que quand je suis redescendue de l’émotion de réaction que je peux un peu lisser ma réaction. Et plot twist : parfois, je n’y vois aucune leçon de vie. 

Jeune et golri
J’ai pas vu cette série donc je sais pas comment l’enfant est écrit

Les enfants trop matures ou en avance sur leur âge, c’est un grand classique. Je me souviens des romans de Camilla Läckberg où la jeune Maja, âgée d’à peine un an, marchait, courait et avait un vocabulaire plutôt développé. Peut-être même faisait-elle des phrases. Alors je sais que tous les enfants n’avancent pas au même rythme mais si on considère que les premiers pas se font  entre 9 et 18 mois. Les rejetons de ma soeur ont tous passé le cap à 11 mois. Autant vous dire qu’un mois plus tard, ils n’étaient pas prêts à galoper. Les premiers mots ? Entre 12 et 16 mois. Du coup, je comprends que les personnages de Lackberg trouvent que Maja est une enfant prodigieuse… C’est surtout une enfant qui n’existe pas. 

Poupon Corolle

C’est quoi le problème avec ces enfants de fiction ? Et bien, malgré eux, ils cassent ma suspension consentie de l’incrédulité car ils introduisent un hiatus dans mon acceptation de l’univers. En plus d’être souvent insupportables. Même s’ils sont globalement moins insupportables que les enfants de pub qui eux, en plus d’être peu crédibles, sont extraordinairement mal élevés. Non mais ce sont souvent de petits tyrans impertinents qui causent mal à leurs parents et hyper capricieux. Chaque enfant de pub a été une brique dans ma décision de ne pas avoir d’enfants. Les enfants de fiction sont agaçants parce qu’en plus de ne pas être crédibles, ils ont souvent la rasade d’eau en trop pour rallonger la sauce. Là, par exemple, je mate une série coréenne sur les tourments de couples établis où il y a des enfants. Notamment U-Ram, un petit garçon de 12 ans qui utilise son argent de poche pour acheter une robe à sa maman ou pour se payer des cours particuliers. Non. Vraiment. Les petits enfants (moins de quinze ans) dans les séries coréennes ont vraiment ce pouvoir de l’irréalité. Déjà, leur principale caractéristique, c’est d’être mignon. C’est vrai. Bon, tous les enfants sont potentiellement mignons. Ils sont même précisément castés pour ça, pour leur petit nez et leurs joues pleines. Dans toutes les fictions du monde. Mais être mignon, c’est un peu léger comme caractérisation. Donc en Corée, tu as des scènes où les enfants sont trop mims et leur grand-mère arrive et dit “et maintenant, on rit” et ils le font. Je vous jure, cette scène existe telle quelle dans Love, marriage and divorce. 

Love, marriage and divorce

Je n’ai pas beaucoup d’enfants dans mon entourage. Un neveu de 11 ans et quatre nièces de 8 à  3 ans que je vois quelquefois par an. Je vois parfois passer les filles de mes voisins : l’aînée qui doit être au collège et qui a l’air un peu timide et la petite, 8 ou 9 ans, qui semble avoir beaucoup d’énergie vu que ses parents ont mis des bornes d’athlétisme dans son jardin et que pendant les vacances scolaires, je la vois faire du vélo dans la résidence. J’ai la fille de ma meilleure amie, aussi, que je croise épisodiquement. Les filles d’Anne également, que jevois une ou deux fois par an. Bref, pas de quoi écrire une thèse sur le comportement des kids. Du coup… Je n’écris pas de roman avec des enfants. Enfin, si. J’ai pu écrire un roman où l’héroïne, Iris, a deux enfants à sauver. Deux enfants qu’on ne voit pas puisqu’ils sont retenus prisonniers et qu’elle va les chercher. Comme ça, j’ai bien le côté mère courage mais sans enfants qui sonnent faux et créent une dissonance au mieux gênante. Au pire rédhibitoire.

Mère protectrice

Les enfants parfaits n’existent pas. Et ils n’ont aucune raison d’exister dans les fictions. Même l’enfant le plus sage et le mieux élevé du monde a ses humeurs. Un enfant toujours poli et mature, c’est un robot. Ce qui peut être un axe de fiction, je dis pas. Les enfants de fiction, souvent un peu anecdotiques dans les histoires, sont un bon exemple d’écriture cliché et peu réfléchie. Je peux comprendre si ce n’est pas le coeur du récit. Betty doit avoir des enfants et interagir avec eux mais le vrai sujet, c’est Betty qui fait je ne sais quoi. Pas son fils de 8 ans qui se serait fait tirer ses cartes Pokemon à la récré. Donc comme il n’est pas le sujet, juste un accessoire parlant, on ne le travaille pas, on ne le bichonne pas. Mais c’est aussi incongru que de coller un poster de Nabilla dans un salon bourgeois avec des meubles Louis XV. Ca n’a aucun sens et ça va attirer l’attention alors que ce n’était pas le sujet.

Robot et enfant

Bref, je déteste les enfants de fiction et si vous n’avez pas d’exemple de kids dans votre entourage, évitez de leur donner trop de place dans votre roman. Surtout que neuf fois sur dix, les scènes les impliquant seront ennuyeuses. Si c’était juste pour gagner trois pages, je suis sûre qu’il y aurait toujours mieux à écrire. Au pire la fameuse recette de la daube de Betty qu’elle prépare avec soin pour coller à son image de desperate housewife, par exemple. En plus, si vous décrivez bien ce qu’elle fait, vous finirez peut-être dans un recueil de recette de cuisine de fiction. Allez savoir. 

Nina

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