Raconte moi des histoires

Pour bien raconter les histoires, il faut aussi savoir les écouter

L’archétype Heatcliff

Bien le bonjour. Ca va ? Ca vous dit qu’on parle d’histoire d’amour tragique ? Moi, moyen parce que j’en ai marre de cet hiver qui n’en finit pas*, de mon corps qui enchaîne les maladies depuis trois semaines. Mais vu que la sortie ciné qui fait sensation, ce sont Les hauts de Hurlevent, je pense qu’il est temps de parler de l’archétype Heatcliff. Parce qu’à un moment, la romantisation des “pauvres mecs tourmentés”, ça me fatigue un peu.

Les Hauts de Hurlevent avec Margot Robbie et Jacob Elordi

Parlons peu, parlons bien : j’ai lu les Hauts de Hurlevent et je ne compte pas voir le film. Je ne fétichise pas particulièrement ce roman et surtout, pour moi, les Hauts de Hurlevent… C’est d’abord une chanson de Kate Bush. Ce roman fait partie de la liste des romans qui peuplent les fictions américaines. Il arrive régulièrement qu’il soit cité soit comme une oeuvre étudiée par les personnages étudiants, soit comme roman préféré. Il me semble que la première fois que j’ai entendu ce nom, c’était dans Madame est servie où Samantha devait le lire. On le retrouve donc au rayon “les Américains en parlent tout le temps”, au même niveau que Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur (j’ai adoré), Moby Dick (j’ai vu le film de 56 au collège ou lycée), L’attrape-coeur (j’ai détesté) ou Une chatte sur un toit brûlant (connais pas). Donc c’est un roman qui existait depuis longtemps dans ma vie, bien avant de le lire.

Kate Bush dans le clip Wuthering Heights
It’s me, Katiiiiiie !

Puis je l’ai lu. J’ai bien aimé même si, j’avoue, j’ai été un peu amusée par la méconnaissance de l’écrivaine sur comment qu’on fait des bébés. Non parce que jamais de la vie Heatcliff et Isabelle n’ont consommé leur mariage mais passons. Même si je n’aime pas l’archétype du mec “trop malheureux mais l’amour pourrait quand même le sauver”. L’archétype Heatcliff. Sauf que résumer Heatcliff a un homme malheureux car il n’a pu avoir la femme qu’il aimait vraiment, la seule à pouvoir le canaliser, c’est omettre deux ou trois ingrédients qui ont du sens, quand même. Genre qu’Heatcliff est métis et victime de racisme, notamment de la part d’Hindley qui le martyrise. Et en plus d’être métis, il vient d’un milieu pauvre. Heatcliff est une anomalie au sein de cette bourgeoisie de la lande. Ses comportements sont avant tout dictés par la vengeance. Et surtout, surtout : l’amour ne le guérit pas. Au contraire, l’amour entre Catherine et lui rend cette dernière folle et ça finit par la tuer.

Les hauts de Hurlevent, Cathy et Heatcliff

Bref, ce n’est pas une histoire heureuse. Et surtout, ce n’est pas une histoire d’amour. Certes, le lien entre Heatcliff et Catherine est central mais vraiment, c’est une histoire de folie, avant tout. Une histoire de moeurs, aussi. Emily Brontë décrit des familles dysfonctionnelles, rongées par mille maux. D’ailleurs, il semble que le personnage d’Heatcliff, ainsi que celui d’Hindley, soient inspirés de son… frère. Bran Brontë, fameux pour son alcoolisme et sa consommation d’opiacés et dont la violence terrorisait ses jeunes soeurs. Emily Brontë se passionnait pour la tragédie humaine et a écrit son roman en fonction. C’est brutal, violent, une toile emplie de désespoir où rien ne finit bien. Des personnages méchants, immoraux, ravagés par la vie. Alors oui, ce roman est rattaché au mouvement littéraire du romantisme. Mais, spoiler, ce mouvement littéraire n’a rien à voir avec le romantisme tel qu’on l’entend aujourd’hui. Les Hauts de Hurlevent n’est pas une histoire d’amour tragique. C’est une histoire de violence et de vengeance.

L'archétype Heatcliff, le mec malsain

Mais manifestement, Heatcliff est un personnage parfait pour des milliers de romances. A commencer par After qui ne se gênait pas pour faire un parallèle entre Heatcliff et Cathy et les personnages navrants de ce roman, Hardin et Tessa. Hardin, petit fils à maman qui avait pour traumatisme que son papa l’aimait pas. Il me semble, j’ai un doute. Du coup, ça justifiait sa violence et ses infidélités. Alors non. Déjà, avez-vous remarqué qu’excuser la violence et le comportement de trou du cul à cause d’une enfance malheureuse, ça ne marche que pour les mecs ? Alors que selon les très rares chiffres que l’on a, les femmes ont été un peu plus victimes que les hommes dans leur enfance. Néanmoins, ces stats se reposant sur les déclarations des adultes et les hommes étant élevés dans la culture du mâle alpha qui peut pas être victime… Pas sûre que ce soit si évident que ça. Et puis surtout… va chez le psy ? Il y a une vanne qui dit que les salles d’attente des psys sont pleines des compagnes des hommes qui ne se font pas soigner. Ça illustre bien l’archétype Heatcliff.

Heatcliff, l'homme sombre

Hé oui, c’est ça, l’archétype Heatcliff. Un homme torturé avec, quand même, un bon fond. Mais qui pourrait être guéri grâce à l’amour d’une femme… Ce qui n’arrive absolument pas dans Les hauts de Hurlevent où tout le monde meurt malheureux et misérable. Outre, donc, que le cliché se base sur une incompréhension totale de son matériel de base, il nous offre un fond bien toxique. Ces pauvres cœurs, ils sont méchants mais ils ne le font pas exprès. Faut les aider. Moi qui espérait qu’on sortait un peu de cet archétype, la promo du film me fait assez peur. On nous fait tout un cinéma sur la “relation de codépendance » entre des deux acteurices. Même si ça semble être purement marketing, je ne suis pas rassurée quand au virage que prend la définition Hollywoodienne de la romance.

Affiche du film Les hauts de Hurlevent

L’ère post me too commence à avoir une sale gueule, je vous le dis.

* Article écrit y a 15 jours…

Nina

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