Raconte moi des histoires

Pour bien raconter les histoires, il faut aussi savoir les écouter

Testosterror, une BD qui scrute son époque

Hé yo, ça va ? Telle que vous me voyez, je suis primesautière parce que j’écris cet article avant le résultat des législatives. Donc je peux encore faire semblant de vivre dans un riant pays. Et justement, aujourd’hui, comme ce sont les vacances d’été, si je vous recommandais une BD bien sarcastique à lire… Plutôt dans votre jardin car elle est volumineuse. Mais promis, Testosterror de Luz, c’est drôle. Et ça se moque des mecs à la virilité mal placée. Pile ce qu’il nous faut.

Testosterror de Luz

L’histoire : Jean-Patrick est un mec lambda. Concessionnaire auto, il possède un petit pavillon et invite ses amis pour des barbecues. Ses amis sont des mecs “qui en ont”, un brin macho tandis que leur femme sombre peu à peu dans la dépression, gérant comme elles peuvent leur travail, leurs enfants et la tenue de la maison. Mais un nouveau virus arrive et s’attaquent… aux testicules. Ne touchant que les hommes, ceux-ci sont désormais confinés, cédant les rênes du pays aux femmes.

Testosterror, invasion viriliste

Cette inversion des rôles étant mal vécu, certains hommes commencent à préparer la résistance dont Jo, un coach sportif proche de Jean-Patrick. Alors que Jean-Pat fréquente un peu malgré lui le groupe viriliste de Jo, persuadé que c’est ce qu’il est censé faire, il est à son tour touché par le virus. Et commence à reconsidérer les injonctions virilistes qu’il subit depuis son enfance, avec son père qui l’exhortait à sortir la “boîte à couilles”. 

La boîte à couilles

Bon, vous l’aurez compris, Testosterror croque notre société avec un supplément acide. Je suis toujours un peu méfiante de ce genre de caricature car on peut tomber trop facilement dans le cliché. Et le cliché m’énerve. Mais surtout, en volant dénoncer certains travers, on peut créer des protagonistes insupportables. Je le dis souvent “aimez vos personnages”. J’ai lu Testosterror suite aux conseils d’un collègue et j’ai commencé avec une légère appréhension. Sur les premières pages, il m’envoie pas du rêve, ce mec qui parle bagnole, est fier de son barbek et de son découpe-saucisson électrique. Je tremble quand je vois que le fils de Jean-Pat est un “garçon sensible” qui est inséparable de son ami Ced qui est clairement en phase de transition de genre. Le dérapage me paraît imminent.

Testosterror, la résistance viriliste s'organise

Mais non. Parce que le viril Jean-Pat n’est qu’une façade et que l’effondrement du patriarcat, puisque c’est bien ce dont il s’agit, est peu à peu une libération pour lui. Cependant le chemin est difficile. Car il faut se défaire des injonctions, retrouver une place dans la famille, ne pas décevoir son fils, soudainement radicalisé dans le clan de Jo. Il y a aussi une histoire de chien que l’on doit castrer car il se frotte à tout ce qui passe et une rechute suite à une prise de testo. 

Jean-Pat est perdu

J’ai hésité à traiter cette BD sur mon blog dystopie car on est à la limite. Une maladie qui refaçonne la société, c’est un sujet qu’on retrouve régulièrement dans le genre. Le labyrinthe (l’épreuve de son vrai titre), L’autre côté, Hot skull, La mort rose et toutes ces sociétés post invasion zombie qui se créent genre The walking dead. Ici, on retrouve pas mal d’ingrédients du genre comme une réorganisation de la société suite à un événement majeur, une résistance qui s’organise, quelques radicalisés. Ca se rapproche pas mal d’Y, the last man où tous les hommes meurent d’un coup sauf un. 

Sauf que ce n’est pas l’histoire que veut raconter Testosterror. La réorganisation de la société semble transitoire, le temps que le virus disparaisse, mais surtout, Luz n’a pas l’intention de raconter un nouveau système. Juste croquer ses contemporains et se moquer, pour l’essentiel, du virilisme mal placé. Genre la possession d’un découpe-saucisson électrique, l’importance de tenir la broche au barbecue ou de faire du cross-fit alors qu’on n’en a pas envie. Mais faut être un bonhomme. A noter que les hommes ne sont pas les seuls à être croqués puisque les femmes apparaissent aussi, notamment la femme de Jean-Pat qui raconte que quand son thermomix like a claqué, elle a hésité entre en racheter un… et fuir loin de la maison pour toujours.

Virilisme et perceuse

Ce que j’aime dans Testosterror, ce sont les détails. L’histoire est drôle et bien gérée mais il y a aussi les arrières-plans, les petites phrases. Je vais donner un exemple pour illustrer un peu ce que je veux dire. Ca arrive en début de BD, je ne spoile rien. Donc on est au fameux barbecue organisé chez Jean-Pat pour l’anniversaire de ses gamins. Un garçon et une fille pour une petite vanne sur les jouets genrés. A un moment, on amène les enfants devant une pinata avec la consigne explicite que chaque enfant donne un coup. Une première petite fille tape, suivi d’un garçon qui s’acharne et défonce la piñata. Larmes des petites filles qui n’ont pas pu taper et là, les mères les prennent sur le côté “allez, venez, ce n’est pas grave, on va faire des dessins”. Ca se passe pas directement au premier plan mais bon sang, c’est tellement ça. Les petites filles qui doivent être toujours sages, que l’on cantonne aux activités calmes quand un petit garçon peut défoncer une piñata sans être repris alors que ce n’était pas la règle. 

Bref, si vous frissonnnez à l’idée du prochain barbeuk chez votre voisin ou pote de pote un peu beauf, lisez Testosterror. Vos merguez seront toujours trop cuites avec un goût de carbone ++ mais au moins, vous pourrez trouver un peu de comique à la situation en repensant à Testosterror. 

Nina

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